‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 3 sur 125 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

ment; il apprit qu'on avoit signé à Augsbourgune ligue qui paroissoit faite uniquement contre lui. L'Empereur, le roi d'Espagne et le roi de Suède y avoient signé pour les Etats qu'ils ont dans l'empire et y avoient fait entrer l'électeur de Bavière, tous les princes de la maison de Saxe et les cercles de Bavière, de Franconie et du haut Rhin ; ils disoient, dans le traité, qu'il n'étoit fait que pour la conservation de l'Allemagne et l'exécution tant des traités de Westphalie et de Nimègue que de la trêve conclue en 1684 entre l'Empire et la France; mais ils y avoient inséré des clauses par lesquelles l'Empereur pouvoit, quand il le voudroit, les obliger de déclarer la guerre au roi. Ils s'engagèrent à entretenir une armée de soixante mille hommes, dont l'Empereur devoit fournir seize mille hommes, le roi d'Espagne six mille, l'électeur de Bavière huit mille, le cercle de Bavière deux mille, celui de Franconie quatre mille, celui du haut Rhin quatre mille, la Suède et la maison de Saxe à proportion. Le prince de Valdeck étoit nommé général de cette armée, le marquis de Brandebourg général de cavalerie, et le comte Tugen général major d'infanterie.

Le roi, en apprenant la ligue d'Augsbourg, apprit aussi que le prince d'Orange l'avoit négociée; mais, ce qui le surprit davantage, on lui manda de Rome que ce prince y avoit des agens

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secrets qui ne soDgeoient qu'à décrier la conduite de Sa Majesté ; ils a?oient déjà gagné quelques-uns des ministres du pape; ils protestoient que ce prince, en faisant des ligues contre la France, n'a- Yoit en ?ue que le repos de l'Europe, et qu'il n'ayoit aucun éloignement pour les catholiques; que les princes d'Orange les ayoient toujours traités a?ec beaucoup de douceur, et qu'on yojoit assez par l'histoire que ses pères ayoient renoncé à notre religion presque malgré eux, et seulement pour s'opposer à la tyrannie des Espagnols et à l'inquisition qu'ils vouloient établir dans des provinces naturellement portées à la liberté. Ainsi, après avoir fait des ligues contre les princes protestans et avoir travaillé sous main à réunir les princes catholiques contre le roi, le prince d'Orange espéroit encore mettre dans ses intérêts celui de tous les hommes du monde qui devoit lui être le plus contraire.

Ces nouvelles obligèrent le roi de songer aux moyens de se défendre si on l'attaquoit. Les frontières en Flandre étoient en fort bon état; Menin et Maubeuge, places toutes nouvelles, tenoient en bride les garnisons ennemies et mettoient à couvert les pays nouvellement conquis. Les frontières d'Allemagne n'étoient pas moins assurées. Strasbourg, par les vastes fortifications qu'on y avoit faites, étoit devenu inattaquable (il eût fallu cent

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