LIVRE VIII
<iepuis roi d'Angleterre, auquel en arrivant à la -cour il vouloit faire une querelle, uniquement parce qu'il étoit prince comme lui et qu'il avoit la réputation d'être brave. Cette chimère s'augmenta -peut-être par l'ennui du voyage de la litière. L'esprit d'un homme, naturellement bercé de ses humeurs, l'est encore par le triste branlement de cette voiture ; et tout cela fit, comme vous allez le voir, le commencement de la fortune de Villars.
Villars venoit de perdre le duc de Nemours, auprès duquel il étoit en qualité de gentilhomme. Il l'avoit servi dans le fameux duel qu'il fit contre le duc de Beaufort, qui le tua : Villars s'étoit acquis beaucoup d'estime dans ce combat; et, comme en perdant son maître il perdoit le principal espoir de sa fortune, il se retira avec sa femme auprès de l'archevêque de Vienne, son frère. Il •étoit à Vienne quand le prince de Contî y passa et eut l'honneur de lui faire la révérence. La bonne mine de Villars, la présence d'un vaillant homme, <]ui venoit récemment de faire un combat éclatant, l'idée de se servir du même homme dans la querelle qu'il avoit déterminé de faire au duc d'York, tout cela séduisit le prince de Conti. Les princes veulent plus ardemment que les autres hommes ce qu'ils désirent, parce qu'ils sont moins contrariés. Dès le soir, quand il fut couché, il ordonna à
Tabbé de Cosnac de rester auprès de lui, et dès qu'ils furent seuls : « Monsieur l'abbé, lui dit le prince de Conti, j*ai trouvé l'homnie qu'il me faut pour me servir dans le dessein dont je vous ai parlé. Je veux attacher Villars à mon service; dites-lui qu'il me suive, et que je lui donnerai les moyens de se consoler de la perte qu'il a faite du duc de Nemours. » L'abbé de Cosnac obéit, et Villars se rendit à Paris quelques jours après le prince de Conti. Ce prince étoit tellement pressé de l'idée de Villars, qu'il regardoit comme celui qui le -serviroit dans l'issue du grand desseia qu'il avoit projeté, que, dès Montargis, il proposa à l'abbé de Cosnac d'accommoder Villars de la charge de premier gentilhomme de sa chambre. L'abbé de Cosnac fit si bien qu'il refusa de quitter sa charge. Le duc d'York, qui servoit sur la frontière, et qui ne revint pas sitôt à la cour, n'a jamais eu connoissance de ce dessein bizarre, qui s'effaça peu à peu.
Dans ce temps-là l'évêché de Valence vaqua.
L'abbé de Cosnac avoit fait quelques sermons en présence de la reine, et y avoit réussi; il étoit de son jeu et de celui du cardinal; il pria le prince de Conti de demander cet évêché.
L'abbé de Roquette n'osoit paroître son ennemi, mais il avoii soulevé contre lui la cabale de M, de Vardes, de M. de Villars et des principaux dômes-