‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 22 sur 125 · LIVRE Vin · texte numérisé non relu

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tiques de la maison, de sorte qu'à la première proposition que l'abbé de Cosnac fit à M. le prince de Conti de demander cet évêché pour lui, le prince de Conti lui parut fort peu empressé. «Quoi! Monseigneur, lui dit Tabbé de Cosnac, à moi, de vos secrets le dépositaire, vous répondez froidement? Ah! Monseigneur, continua-t-il, pre* nez garde que Ton ne découvre que vous m'avez incertainement répondu dans une occasion où il s'agit de l'établissement du principal domestique de votre maison. » Et, sans lui donner le loisir de répliquer, il sortit et passa dans l'appartement de M»« la princesse de Conti, qui n'étoit pas éveillée. « Qu'on l'éveille, dit l'abbé, il s'agit de son honneur, et je veux lui parler. » Il fit tant de bruit que ses femmes ouvrirent. Cette princesse aimable s'éveilla. <f Levez-vous, dit l'abbé, il s'agit de sauver l'honneur de M. le prince de Conti, le vôtre et celui de sa maison. L'évêché de Valence est vacant, je viens de prier Son Altesse de le demander pour moi. Mais levez-vous, Madame, les momens sont chers. Monsieur votre oncle ne vous refusera pas s'il sait que vous savez vous faire éveiller, vous lever en robe de chambre et ne pas hésiter à servir noblement vos créatures. — Mais, Monsieur, lui dit Mrae la princesse de Conti, donnez-moi le loisir de parler à monsieur mon mari. — Je m'en garderai bien, lui dit l'abbé; il s'agit de vous lever

et de passer chez monsieur le cardinal. » Il la pressa tant que, sans lui vouloir donner le temps de parler à M. le prince deConii, cette princesse prit uniquement sa robe de chambre et s'en alla demander Tévêché de Valence au cardinal.

Le Mazarin n'étoit pas un homme qui donnât aisément; cependant cette princesse obtint de son oncle qu'il nommeroit l'abbé à un évéché qui Yaquoit, de moindre valeur que Valence. Cette princesse toute gracieuse revint à son appartement; l'abbé Vy attendoit. « Nous avons à peu près votre affaire, lui dit-elle, mais ce n'est .pas de Valence dont il est question. » Et tout de suite elle lui conta ce que le cardinal lui avoit promis. « Comment, Madame, lui répliqua-t-il, vous revenez contente et n'avez rien obtenu? Ce n'est plus mon affaire, c'est la vôtre ; je vous déclare que c'est l'évêché de Valence dont il est question, et, dès que Votre Altesse sera habillée, elle retournera achever ce qu'elle a commencé. » En effet, quelques jours après, l'abbé de Cosnac prêcha devant la reine; toute la cour y étoit; et, comme il descendoit de la chaire, le cardinal s'avança et lui dit : « Monsieur, vous nommer évêque de Valence au sortir d'un aussi beau sermon que celui que vous venez de faire, cela s'appelle recevoir le bâton de maréchal de France sur la brèche ; remerciez le roi de cet important bénéfice. » Il n'eut

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