LIVRE VIII 5l
discours de Tévêque de Valence fut un coup de poignard qui fît son effet. Le prince de Conti se trouva mal le soir; et, depuis ce moment, sans en rien témoigner à M^^ la princesse de Conti, Vardes s'aperçut si bien qu'il étoit mal avec le prince de Conti que, sans jamais en avoir su la raison, il ne songea plus à faire sa fortune par lui et se retira tout à fait de rattachement qu'il avoit eu pour la princesse de Conti.
Le duc de Caudale étoit ami de M. de Vardes et ne pouvoit souffrir Tévêque de Valence. Villars le haïssoit; Tabbé de Roquette, et toute la cabale opposée à sa faveur essayoit de le perdre. L'évé^ que de Valence s'en aperçut; il étoit du jeu de la reine, et avoit conservé assez.de familiarité avec le cardinal, du jeu duquel il étoit aussi. M. le prince de Conti avoit pour intendant de sa maison un nommé de Pile qui passoit pour honnête homme, et dont ce prince, pour quelque mécontentement, voulut se défaire. L'évêque de Valence entreprit de le soutenir, et en parla au prince de Conti. a Monseigneur, lui dit M. de Valence, si Votre Altesse se défait de cet honnête homme-là, les honnêtes gens ne doivent plus espérer de salut chez vous. » Ce discours déplut au prince de Conti. L'évêque de Valence répondit peut-être avec plus de fermeté qu'il ne convient de parler à son maître. Enfin M. de Valence lui mit, comme
Ton dit, le marché à la main, et lui offrit de se retirer. Le prince de Conti, blessé de ce discours, 1< prit au mot, et, quelques jours après, la division augmenta au point que Tévêque de Valence exigea absolument de M. de Pile qu'ils prendroient congé pour sortir de la maison le même jour; de sorte que de Pile ayant rendu ses comptes, et Tévêque de Valence ayant la dernière fois fait ses fonctions de premier gentilhomme de la chambre, dès qu'il eut donné la chemise à M. le prince de Conti, au lever duquel il y avoit beaucoup de gens, cet évéque prit la parole, demanda pardon à Son Altesse d'avoir peut-être eu le malheur de ne l'avoir pas toujours aussi bien servi qu'il l'avoit désiré, le remercia des grâces qu'il avoit reçues, et pour finir son discours par une espèce de turlupinade : « Monseigneur, lui dit-il en prenant M. de Pile par une main et en tenant sa croix d'évêque de l'autre, cet homme a bien conduit vos finances, il a le malheur comme moi de sortir de votre maison ; aussi laissons-nous votre maison sans croix ni piU, » Cette Hberté de langue ne plut pas à M. le prince de Conti, qui ne laissa pas de sourire^ et donna dans ce moment l'emploi de premier gentilhomme à Villars, qui n'a jamais su peut-être que la fantaisie d'un duel imaginaire, dont it n'a de sa vie entendu parler, avoit fait le fondement de sa fortune. Le roi commençoit à devenir grand, et Mon-