‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 26 sur 125 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

sieur étoit la plus jolie créature de France. On parloit de faire sa maison. Le cardinal vouloit faire argent de tout; il savoit que Pévêque de Valence en avoit; il lui fit proposer de Taccommoder de la charge de premier aumônier de Monsieur : cette charge ne lui convenoit qu'en ce que c'étoit une certitude de n'aller guère à son diocèse, et de demeurer à la cour. La reine lui fît cette propo* sition comme chose qu'elle souhaitoit; et, l'ayant fait appeler dans son cabinet au sortir de son jeu, elle lui dit obligeamment qu'elle eût été ravie de l'attacher auprès de Monsieur. « Votre Ma»* jeslé me fait trop d'honneur, Madame, lui dit-il; mais la cour des princes, qui ne sont pas rois, est trop orageuse. J'en viens d'essuyer les bourrasques chez M. le prince de Conti ; et, si Votre Majesté me laisse le maître de décider, je voudrois être au roi, ou demeurer comme je suis. » La reine ne prit pas cette réponse comme un refus; elle le congédia, en l'exhortant d'y songer. Son parti de ne point entrer dans la maison de Monsieur étoit pris, quand il survint entre le roi et Monsieur, son frère, un petit démêlé d'enfans qui se disputent quelque chose. Le roi voulut prendre un poêlon de bouillie, Monsieur en tenoit le manche; et, avant que les gouverneurs eussent fait finir ce tiraillement, Monsieur fit mine d'en vouloir frapper le roi. La reine, avertie, vint faire fouetter Mon-

sieur; et Téclat que cela fit détermina Tévêque de Valence à aller trouver le cardinal. « Monseigneur, lui dit-il, j*ai songé à ce que Votre Éminence m*a fait Thonneur de me faire proposer; je craignois que Monsieur ne fût qu'un joli prince; mais je vois qu'il y a en lui de quoi faire un homme, et de tout mon cœur j'entrerai à son service. » Ce marché fut conclu, et, dès qu'on fit la maison de Monsieur, l'évêque de Valence fut nommé son premier aumônier.

Quoique la guerre fût vive pendant l'été, la magnificence, le jeu, l'amour et les intrigues renaissoient l'hiver. Le duc de Caudale avoit fait une campagne assez malheureuse en Catalogne et revenoit à la cour. L'évêque de Valence étoit dans son diocèse, prêt à revenir pareillement. Le duc de Caudale et lui étoient mal ensemble dès le temps que de Vardes se détacha de M. le prince de Conti. Le chemin du duc de Caudale étoit de passer indispensablement à Valence ; il envoya un gentilhomme à l'avance faire un compliment à Tévêque, et lui demander à souper, a Volontiers, répondit l'évêque , je vous supplie même de lui dire que j'espère qu'il viendra coucher céans, à la charge que nous ne parlerons pas du passé. » Le duc de Caudale fut reçu de monsieur l'évêque de Valence comme si c'eût été le roi qui l'eût honoré d'une visite. Les vrais Gascons deviennent

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