‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 27 sur 125 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

çlus grands à proportion qu'ils trouvent des gens plus Gascons qu'eux. Le duc de Caudale étoit suivi de quantité d'officiers de l'armée, et de beaucoup de gentilshommes de ses gouvernemens de Guienne et d'Auvergne, qui le conduisoient jusqu'à Lyon. Il fut charmé de la réception et de la bonne chère qu'on lui fit. Le soir, avant que de se retirer tout à fait, ils s'éclaircirent de plusieurs choses, et se couchèrent après assez tard. Cependant, comme le duc de Candale déjeunoit le lendemain matin f>our partir, la vanité de se voir suivi de tant de noblesse fit qu'un moment avant que de monter à «cheval, il dit d'un ton assez haut, en embrassant M. de Valence : «Au moins, Monsieur, permettezmoi, devant tous ces messieurs, de marquer publi- ^juement que notre réconciliation est sincère. Je vous fais devant eux mille excuses des mauvais offices que je vous ai rendus auprès de M. le prince de Conti, j'en suis repentant et je vous prie -de me pardonner. — Monsieur, reprit l'évêque ^e Valence d'un ton encore plus haut, ne vous repentez point, je vous en prie, car je vous promets publiquement, devant tous ces messieurs, que, 51 vous m'avez rendu de mauvais offices auprès de M. le prince de Conti, je vous les ai bien amplement rendus auprès de monsieur le cardinal. »

Quelques années après l'on commença de parler àe la paix. Elle étoit nécessaire à l'État ; la reine

la vouloit; elle fut conclue^ et Ton fit le voyagé de Saint-Jean-de-Luz, où le mariage du roi s'acheva. Le cardinal, que Tévêque de Valence réjouissoit,ravoit mis de son jeu pendant le voyage. Un jour que monsieur Tévêque d'Orléans, Tabbé Le Camus, depuis cardinal, Tabbé de Bonzi, pareillement depuis cardinal, quelques autres aumôniers du roi et Tévêque de Valence, se promenoient avec liberté le long de la mer, quelqu'un d'eux, mécontent du cardinal, en dit mille maux : Tévêque de Valence ne l'épargna pas, et l'abbé de Bonzi en parut très mécontent; chacun s'en plaignit. Ces messieurs s'échaufToient à en dire du mal, quand tout d'un coup l'évêque de Valence cessa, prit son chapeau, ses gants, et son manteau, que la liberté de la promenade lui avoit fait quitter, et leur dit : « Mes,sieurs, je vous donne le bonsoir, je me retire, et vais conter à monsieur le cardinal tout ce que j'en ai dit, et tout ce que vous en avez dit : car j'aime encore mieux, pour vous et pour moi, qu'il en soit informé par messoins que par ceux de l'abbé de Bonzi, qui ne manqueroit pas de lui en rendre compte. »

Le roi fut marié en 1660, et Monsieur le fut l'année d'après. Jamais la France n'a vu une princesse plus aimable que Henriette d'Angleterre, que Monsieur épousa. Elle avoit les yeux noirs, vifs et pleins du feu contagieux que les

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