‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 28 sur 125 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

hommes ne sauroient fixement observer sans en ressentir l'effet ; ses yeux paroissoient eux-mêmes atteints du désir de plaire à ceux qui les regardoient. Jamais princesse ne fut si touchante, ni n'eut autant qu'elle l'air de vouloir bien que l'on fût charmé du plaisir de la voir. Toute sa personne étoit ornée de charmes, l'on s'intéressoit à elle, et on l'aimoit sans penser que l'on pût faire autrement. Quand quelqu'un la regardoit, et qu'elle s'en apercevoit, il n'étoit plus possible de ne pas croire que ce fût à celui qui la voyoit qu'elle vouloit uniquement plaire. Elle avoit tout l'esprit qu'il faut pour être charmante, et tout celui qu'il faut pour les affaires importantes, si les conjonctures de le faire valoir se fussent présentées, et qu'il eût été question pour lors à la cour d'autre chose que de plaire. Le roi étoit aimable, jeune, galant, magnifique; le goût de Monsieur n'étoit pas tout à fait tourné du côté des femmes, parmi lesquelles rien ne paroissoit plus digne d'être aimé que Madame. Peut-être eût-elle voulu l'être du roi, dont les regards, les soins, l'attention, le goût et la tendresse se tournèrent entièrement du côté de Mïl« de La Vallière. L'inclination avoit formé cette union, et deux personnes nées pour s'aimer véritablement ne se sont jamais aimées de meilleure foi ni plus tendrement.

Le chevalier de Lorraine, fait comme on peint

les anges, se donna à Monsieur, et devint bientôt favori, maître, disposant des grâces, et plus absolu chez Monsieur qu'il n'est permis de l'être quand on ne veut pas passer pour le maître ou la maîtresse de la maison. Madame parla avec horreur et douleur de ce désordre, dont elle se plaignit d'abord à M^^ de Saint-Chaumont, intime amie de l'évêque de Valence, qui, de son côté, ne pouvoit souffrir le chevalier de Lorraine. Ce conseil résolut que Madame entretiendroit le roi de ses malheurs. Je ne sais si le roi parla durement à Monsieur, mais Monsieur bouda quelques jours, et, sous des prétextes imaginaires de jalousie, dont Madame ne lui donnoit aucun sujet effectif, il feignit de vouloir aller passer quelques semaines à Villers-Cotterets et y conduisit Madame. Il y étoit quand la mort du prince de Conti arriva. Ce prince laissoit par sa mort le gouvernement de Languedoc. Monsieur voulut le demander, et crut que l'évêque de Valence étoit plus capable qu'aucun homme de sa maison de presser le roi sur la demande qu'il lui ordonna de faire, de sa part, de ce gouvernement pour lui ; de sorte qu'il le chargea d'une lettre qu'il écrivoit au roi son frère, et il le fit partir de Villers-Cotterets pour se rendre à Saint- Germain, où la cour étoit alors. L'évêque de Valence demanda au roi une audience de la part de Monsieur, qui lui fut accordée sur-le-champ, a De

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