LIVRE Vin
quoi est-il question, Monsieur? lui dit le roi. Mon frère boude-t-il encore sans savoir pourquoi, ou ne s'est-il éloigné de moi que pour être moins gêné?
— J*ai ordre, Sire, répondit monsieur Tévêque de Valence, de remettre à Votre Majesté une lettre dont Monsieur m*a chargé, et de prendre en même temps la liberté de lui représenter qu'ayant l'honneur d'être son frère unique, il a lieu d'espérer que vous ne lui refuserez pas le gouvernement de Languedoc. — Le gouvernement de Languedoc !
s'écria le roi. Je croyois que tous les gouvernemens particuliers des provinces étoient au-dessous de mon frère. » En prenant la lettre, le roi acheva de la lire; après quoi, regardant l'évêque de Valence : « Est-ce là tout, Monsieur? lui dit le roi.
— Oserai-je, Sire, répliqua M. de Valence, prendre la liberté de représenter respectueusement à Votre Majesté la juste douleur que Monsieur recevra, si Votre Majesté le refuse? et, puisque Votre Majesté m'a fait l'honneur de me demander déjà si Monsieur boude encore, il semble par là que Votre Majesté croit qu'il en a quelque sujet, bien ou mal fondé. Il n'y a personne. Sire, qui puisse ni doive entrer dans le sacré détail de ce qui se passe entre vous deux; mais enfin. Monsieur est votre frère, il vous demande avec empressement le gouvernement de Languedoc, et Votre Majesté s'est aperçue qu'il n'est pas content. —
6o MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
Monsieur, lui dit le roi, je vous ferai donner la réponse que je vais faire à mon frère dans demiheure; dites-lui que les princes du sang ne sont jamais bien en France ailleurs qu'à la cour; et qu*à l'égard du gouvernement de Languedoc, je le prie de se souvenir que nous sommes convenus, lui et moi, qu'il n'auroit jamais de gouvernement. » En achevant ce mot, le roi ouvrit lui-même la porte de son cabinet et congédia M. de Valence, auquel il fit remettre, demi-heure après, la réponse qu'il fit à Monsieur, qui, de son côté, après avoir encore boudé quelques jours, revint à la cour, où le roi le combla d'amitiés, de présens et de manières charmantes.
Cependant Madame ne pouvoit pardonner à Mlle de La Vallière d'avoir su si parfaitement se faire aimer du roi. Je ne sais si elle eût plutôt pardonné à une autre maîtresse. Elle essaya de lui donner Mm« de Monaco. Les hommes ne croient pas toujours que c'est une infidélité que de profiter des conjonctures que Tamour-propre, le plaisir ou la vanité peuvent offrir. Le roi avoit agacé M»ne de Monaco, et M*»® de- Monaco ne s'étoit pas éloignée de ce jargon auquel elle eût bien voulu prêter l'oreille. M. de Lauzun l'aimoit depuis longtemps, et, quand on aime véritablement, l'on regarde de bien près. C'est un grand malheur aux gens élevés de ne pouvoir se passer de la con-