‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 30 sur 125 · LIVRE VIII bl · texte numérisé non relu

LIVRE VIII bl

fidence de leurs domestiques. M^^ de Monaco crut qu'en avouant à une de ses femmes, qui couchoit dans son antichambre, que le roi la devoit venir trouver à deux heures après minuit, cette femme, sans laquelle le roi ne pouvoit entrer commodément chez elle, la serviroit fidèlement. Cette femme de chambre lui promit le secret, qu'elle lui tint en effet, à cela près qu'elle avertit M. de Lauzun du rendez-vous, et que Ton étoit convenu qu'à deux heures le roi trouveroit, en passant le long du corridor de l'appartement de M"»® de Monaco, la clef qu'elle auroit soin de laisser à la porte de cette antichambre, où couchoit cette fille. M. de Lauzun paya magnifiquement cet avis, et exigea seulement de cette fille que dès une heure après minuit la clef seroit à la porte; de sorte que M. de Lauzun, passant lui-même par ce corridor dès que tout le monde lui parut couché, ferma à double tour, prit la clef et se retira. Le bruit que fit le mouvement des ressorts d'une serrure alarma cette fille et M"îe de Monaco, qui raisonnoient sur cet événement, quand le roi vint à deux heures, comme il l'avoit promis. Mais quel moyen y avoit-il d'entrer? Un éclaircissement à l'heure qu'il étoit, et au travers d'une porte, étoit impossible. Le roi s'en retourna, et n'a su que longtemps après, quand M. de Lauzun fut arrêté, par où et comment cette porte s'étoit fermée, ayant trouvé, dans une espèce

de mémoire que M. de Lauzun tenoit dans une de ses cassettes, qu'il avoit donné trois mille pistôles à cette fille de M^e de Monaco, qui lui rendoit compte des actions de sa maîtresse. Je ne sais si le roi prit des rendez-vous plus certains ou plus commodes avec M™e de Monaco, mais ce commerce n*eut que peu ou point de suite.

La faveur du chevalier de Lorraine continuoît, et Madame prenoit sur elle la peine que sa présence lui faisoit toutes les fois qu'elle le rencontroit. Cette princesse pleuroit souvent, et de Tenvie qu'elle avoit eue certainement de plaire au roi , il lui restoit au moins que Sa Majesté la consoloit, et qu'elle trouvoit dans ses conseils le charme que la confiance peut donner. Le chevalier de Rohan avoit aussi bonne mine qu'homme du royaume; c'étoit un homme d'un esprit dérangé, plein d'imaginations vagues, brave et magnifique; il y auroit eu du bon dans sa sorte d'esprit si quelque règle avoit pu former en lui quelque chose qui ressemblât aux usages et à ce que les autres pensent. Sa vanité lui fit croire que Madame lui sauroit gré d'une insulte qu'il avoit faite au chevalier de Lorraine ; et, sans avoir peut-être d'autre prétention sur le cœur de cette princesse que celle que lui donneroit l'inimitié du chevalier de Lorraine, il le querella, et se vanta de l'avoir frappé; le chevalier de Lorraine assura le contraire. Le roi

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