‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 4 sur 125 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

mille hommes pour en faire la circonvallation) ; le fort Louis, Brisach et Huningue bordoient le Rhin, Mont-Royal et Sarrelouis assuroient un grand pays.

Le roi avoit fait bâtir ces deux places avec une dépense prodigieuse. Choisy, maréchal de camp et le plus habile des ingénieurs, avoit fait Sarrelouis comme pour lui : le roi lui en avoit donné le gouvernement, et, se fiant à sa capacité, il lui avoit donné la permission de tailler en plein drap et d*y faire tous les ouvrages qu'il voudroit. Ce Choisy est mon cousin issu de germain ; nos grands-pères étoient frères ; sa branche étoit cadette et gueuse. Il se fît d'abord mousquetaire, et, se trouvant propre aux mathématiques, il se donna tout entier aux fortifications et prit son parti de se faire tuer ou de faire fortune ; il avoit essuyé dix mille coups de mousquet et n*étoit encore que lieutenant de roi de Limbourg, lorsque le prince d'Orange assiégea Maëstricht'. Il fit en cette occasion un coup bien hardi. Il quitta Limbourg sans ordre de la cour et s'alla jeter dans Maëstricht, où il entra à la nage par le fossé. Calvo, qui commandoit dans la place, fut ravi de le voir, et se reposa sur lui de la défense. « Ce que je sais bien, Messieurs, dit Calvo aux officiers de la garnison,

!• En 1670.

lO MEMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY

c'est que je ne me rendrai jamais. » Mais ce qui fut fort heureux pour Ch'oisy, c'est que le roi lui avoit envoyé un courrier à Limbourg avec ordre de se jeter dans Maêstricht, et, quand le roi sut qu'il y étoit entré, Sa Majesté témoigna beaucoup de joie, et dit tout haut : « Je suis sûr qu'ils se défendront bien. » En effet, après quarante-trois jours de tranchée ouverte, le prince d'Orange leva le siège, et Choisy apporta la nouvelle à la cour ; il eut des gratifications et des pensions, il fut ensuite fait maréchal de camp, gouverneur du château de Cambrai et puis de Thionville et enfin de Sarrelouis. J'aurai une belle occasion de parler de lui, lorsque, après la blessure du comte de Tallard, il eut ordre du roi d'aller commander l'armée qui assiégeoit Rhinfeld, où il eut un honneur que Vauban lui-même n'a jamais eu : il commanda une armée.

Mais, pour revenir aux mesures que le roi prenoit pour se défendre, en cas qu'on l'attaquât, il jugea à propos de faire faire de nouvelles fortifications à Huningue, de l'autre côté du Rhin, et les ministres eurent ordre d'avertir les princes d'Allemagne qu'il étoit prêt à dédommager le marquis de Bade, sur le fonds duquel on alloit élever ces nouvelles fortifications; ils dirent encore que Sa Majesté n' avoit voulu rien innover pendant le siège de Bude; mais que, Tissue en ayant été heu-

Page 1