LIVRE vm
ordonna au duc de Noailles de les raccommoder. Le chevalier de Rohan désavoua ce qu'il avoit avancé et en signa même le désaveu ; et, le même jour, il écrivit à dix de ses amis que, pour éviter la rigueur des ordonnances, il avoit cru pouvoir nier un fait, lequel étoit pourtant tel qu'il Tavoit publié. Ces billets, dont le chevalier de Lorraine et Monsieur eurent connoissance, firent encore un nouvel éclat. Quoi qu'il en soit, ce démêlé, dont les procédés n*ont jamais été bien nets, n'a pas fait grand honneur ni à la vie du chevalier de Lorraine, ni à la mémoire du chevalier de Rohan, qui eut le col coupé, quelques années après, pour d'autres choses qui n'ont nul rapport à celte affaire.
Dans ce temps-là il s'imprima un livre en Hollande, dont M. de Louvois eut le premier exemplaire. Ce livre étoit une histoire merveilleusement bien écrite; elle portoit pour titre : Les Amours du Palais'KoyaL
Madame s'y trouvoit cruellement traitée; et la prétendue passion qu'on l'accusoit d'avoir eue inutilement pour le roi y étoit tout au long.
M. de Louvois remit ce petit livre au roi, qui crut que Madame en devoit être informée, afin de prendre quelques mesures avec Monsieur, au cas qu'il en eût connoissance. Il est inconcevable combien Madame fut pénétrée de cet imprimé; et, sans rien décider avec le roi sur ce qu'il y avoit à
faire pour prévenir Monsieur, elle s'enferma dès que le roi fut retourné chez lui, et envoya chercher Tévèque de Valence, a Je suis perdue, lui ditelle, mon pauvre Valence. Lisez (en lui donnant ce petit livre), lisez toutes ces fausses horreurs que Monsieur ne croira que trop, et puis, ajouta-t-elle, quand même je serois justifiée avec Monsieur, le serois-je avec le public, auquel Ton ne peut cacher la lecture de tout ce que contient cette fable? » L'évêque de Valence la consola tant qu'il put, et la rassura sur la fausseté des circonstances. Le lendemain. Madame, outrée, qui ne s'étoit ouverte de cette aventure qu'à M. de Valence, l'envoya chercher; on lui rapporta qu'il étoit allé à Paris; elle lui écrivit un mot pour l'obliger de venir lui parler. Le page qu'elle envoya à Paris l'assura que l'évêque de Valence n'avoit pas couché» chez lui, et que ses gens disoient qu'il étoit allé faire un tour de huit jours à la campagne, chez un de ses amis. « Mon Dieu, disoit cette princesse à M^e de Saint-Chaumont, que votre ami prend mal son temps l Je lui ai confié la chose du monde la plus importante; je n'en puis parler qu'à lui, et il est assez indiscret pour s'absenter. » M™« de Saint-Chaumont, qui ne savoit effectivement ce qu'il étoit devenu, envoya de tous côtés pour en savoir des nouvelles. Tout ce qu'elle fit pendant dix jours fut inutile. Enfin, le onzième, M. de Valence