LIVRE VIII
Le roi porta ses armes en Flandre, commandant lui-même son armée avec une netteté, un ordre, une vivacité, une intelligence de la guerre, et un bonheur qui ne s'étoit jamais vu pareil. Chacun sait comme ce grand prince s'exposoit, prenoit la peine et entroit lui-même dans les moindres détails du commandement de son armée.
L'évêque de Valence, qui ne trouvoit plus dans Monsieur ce qui Tavoit déterminé à se donner à lui quand il entra dans sa maison, et qui ne se trouvoit de rien parce que Monsieur n'étoit guère consulté, n'avoit pas laissé de conserver auprès de lui une extrême liberté de parler; quoiqu'il fût ennemi du chevalier de Lorraine et parfaitement attaché aux intérêts de Madame, Monsieur le consîdéroit et le consultoit. Il mit en tête à Monsieur que le temps de travailler à sa réputation étoit venu et qu'il ne lui devoit pas suffire de s'exposer à la guerre et de s'acquérir la gloire d'être vaillant; qu'il devoit avoir part aux conseils et demander au roi l'honneur et la liberté d'y entrer. Monsieur le fît, et fut refusé. Les donneurs d'avis parmi les princes sont en quelque manière garans du succès de ce qu'ils proposent. Monsieur se plaignit aigrement à M. de Valence de ce qu'il l'avoit embarqué à se faire refuser. <t Comment! Monsieur, répliqua monsieur l'évêque de Valence, vous vous affligez d'un refus que vous fait votre frère.
et VOUS VOUS laissez abattre par une bagatelle dont il me semble qu'à votre place je me ferois un mérite important! Crojez-moi, Monsieur, continua M. de Valence, dès que le roi ne pourra vous refuser son estime, il faut qu'il vous en donne des marques effectives; son amitié vous est immanquable. Travaillez à vous faire une réputation dont il soit jaloux, et je vous réponds du reste. » En effet, Monsieur résolut que dès le lendemain de grand matin il iroit visiter les gardes, qu'il iroit à la tranchée avant que le roi en pût avoir connoissance, qu'il répandroit de l'argent aux troupes, qu'il feroit avancer le travail du siège, auquel on étoit alors, et qu'enfin, quand le roi lui demanderoit au retour des nouvelles de ce qu'il avoit fait, Monsieur lui répondroit avec fermeté que, puisqu'il n* étoit pas encore assez heureux pour pouvoir le servir de son conseil, il vouloit tâcher auparavant de se rendre digne de le servir de sa personne. Monsieur suivit exactement ce projet et dès le lendemain se montra vaillamment aux postes les plus avancés. L'évéque de Valence lui servit non pas d'aumônier, mais de trésorier, jetant de l'argent à tous les blessés et aux travailleurs pour faire avancer les ouvrages.
Le roi fut averti de bonne heure que Monsieur étoit à la tranchée et envoy\ un de ses aides de camp savoir de ses nouvelles. Tous ceux qui revé-