LIVRE VIII
noient d'où Monsieur étoit parloient de sa valeur avec éloge. Le roi fit au matin ses promenades et donna ses ordres de général; après quoi, entrant chez lui, il demanda Monsieur, qui n'étoit pas revenu, et lui envoya dire qu'il Tattendoit pour diner. A cela Monsieur répondit respectueusement qu'il le supplioit de ne pas l'attendre, qu'il avoit fait commencer un travail qu'il seroit bien aise de voir achever, et qu'il avoit fait apporter un morceau pour manger à la tranchée. En effet, sur les quatre heures du soir. Monsieur revint et rendit compte au roi de l'état de la tranchée, de ce qui s'y étoit passé depuis le matin, et finit par dire que, puisqu'il n'étoit pas assez heureux pour pouvoir le servir dans ses conseils, il étoit résolu de se rendre digne de le servir de sa personne et de son bras. Le roi, sans paroltre ému, lui répliqua avec un ton assez ironique : a Diable, mon frère, je vous conseille de vous faire sac à terre. Oh bien! allez vous reposer, car vous en avez grand besoin. »
L'évêque de Valence, qui entendit ce discours, n'en fut guère moins frappé que Monsieur, qui continua depuis son premier train de vie, c'est-àdire de suivre et de voir le roi, sans se mêler de rien.
Le roi prit Douai et Tournai, Lille, et plusieurs autres places. L'hiver il porta ses armes en Franche-
yO MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
Comté : rien ne résistoit à sa valeur, aux bonnes mesures qu'il prenoit, ni au chemin qu'il se frayoit à la gloire que Sa Majesté s'est depuis si légitimement acquise. Tant de prospérités dans ses armes ne pouvoient longtemps se maintenir sans réveiller les puissances voisines. L'Angleterre, la Hollande, TEspagne, offensées, proposèrent la paix, qui fut faite, et la plupart des conquêtes que le roi fit pendant cette belle campagne, qui porta le nom de la campagne de Lille ' , lui restèrent.
Le duc de Monmouth passa d'Angleterre à la cour dans ce temps-là. C'étoit un prince mieux fait et plus beau qu'il n'étoit aimable. L'intérêt que Madame parut prendre à ce prince, qu'elle honoroit du nom de son neveu, et auquel elle eut soin d'ordonner les plus magnifiques habits de France, la manière dont il dansoit les contredanses qu'il apprit à Madame, la familiarité que doniie la commodité de parler quelquefois une même langue que les autres n'entendent pas, l'assiduité de ce prince à se trouver aux heures auxquelles Madame étoit visible, les manières de cette princesse, toujours charmantes : tout cela fit croire qu'il y avoit entre eux une sorte de jargon dont il n'est que trop aisé de soupçonner ceux qui sont naturellement galans. Le chevalier de Lorraine, dont la faveur auprès de
i« C'est la campagne de 1667.