LIVRE VIII
Monsieur subsistoit avec plus d'éclat que jamais, «ut le malheur d'être regardé comme celui qui entretenoit les petites divisions qui renaissoient souvent entre Madame et Monsieur. Les grands sont assujettis à être vus de plus près que ceux qui mènent une vie privée. Je ne sais si le roi fut averti de ce commencement de chagrin par Monsieur, ^ui prétextoit son inquiétude des manières de Ma- -dame avec le duc de Monmouth, ou si le roi en fut informé par Madame, qui prétextoit la sienne du crédit que le chevalier de Lorraine avoit sur l'esprit de Monsieur; le roi fit ce qu'il put pour empêcher l'éclat que ces divisions préparoientdanssa anaison ; mais les rois, quelque puissans qu'ils soient, ne peuvent jamais étouffer le principe des affections ni des haines. Il exila pour quelque temps le chevalier de Lorraine, qui se retira en Italie ; et le •duc de Monmouth, après un séjour de quelques mois à la cour, repassa en Angleterre.
J'ai oublié de remarquer que, quand le roi revint àe Flandre, il avoit séjourné à Villers-Cotterets. Monsieur l'avoit précédé de quelques jours pour mettre sa maison en état de le recevoir; et, comme <e prince ordonnoit et travailloit lui-même à ranger des chaises dans ses appartemens, l'évêque de Valence ne put s'empêcher de dire « qu'en attendant que Monsieur fût en état de ranger une armée en bataille, il s'apprenoit à ranger des fau-
teuils ». Ce discours fut redit à Monsieur, et quelques jours après, quand la cour fut revenue à Saint-Germain, le roi, se ressouvenant du jour que Monsieur s'étoit tant tourmenté à la tranchée, lui demanda qui lui avoit donné ce beau conseil, et Monsieur eut la foiblesse de lui dire que c'étoit Tévêque de Valence, « Mon frère, lui dit le roi, son conseil n'étoit pas trop obligeant pour moi, mais il ne vous conseilloit pas trop mal pour vous. »■ Monsieur souffroit impatiemment Texil du chevalier de Lorraine, auquel il envojoit magnifiquement tout ce qui pouvoit contribuer à diminuer la peine de l'absence ; il s'en prenoit à Madame et à tout ce qui Tapprochoit. M. de Valence devint l'objet de son aversion ; il crut qu'il avoit eu part à l'exil de son favori. L'attachement qu'il voyoit que cet évêque avoit pour les intérêts de Madame l'offensoit; et l'évêque de Valence, qui s'en aperçut,, supplia Madame de lui permettre de se retirer. Madame s'y opposa tant qu'elle put ; les dégoûts que Monsieur lui donnoit renaissoient toutes les fois que l'occasion s'en présentoit. « Au nom de Dieu, Madame, lui disoit l'évêque de Valence, laissez-moi sortir honnêtement par la grande porte,, et évitez- moi que Monsieur ne me fasse sortir par les fenêtres. » Cette princesse se rendit à une infinité de raisons que M. de Valence lui dit, de sorte qu'ayant assez secrètement traité de sa charge avec