LIVRE Vlli
Tabbé de Tressan, aumônier ordinaire, il pria Monsieur de lui permettre de se retirer et fut pris au mot, Monsieur ayant durement ajouté que, s'il n'avoit pas pris ce parti, il étoit résolu de Vy obliger.
Quelques jours après qu*il eut donné la démission de sa charge, et qu'il en eut touché l'argent, Monsieur lui envoya dire par Varangeville qu'il s*étoit souvenu qu'il lui devoit quatorze mille livres du jeu, et qu'il les lui enverroit incessamment. « Monsieur, répliqua l'évêque de Valence, me fait trop d'honneur; dites-lui que je les lui donne de tout mon cœur; mais, puisqu'il veut payer ses dettes, que je le supplie de se souvenir de dix mille écus que j'ai été assez heureux pour lui prêter, car, pour ce qui est des quatorze mille livres du jeu, c'est une bagatelle dont je suis récompensé par l'honneur que j'ai eu de jouer avec lui. » Varangeville ne diminua rien de la signification gasconne de ces paroles, et Monsieur ordonna à Boisfranc de lui porter le lendemain dix mille écus^ avec l'intérêt du jour que le prêt avoit été fait.
Boisfranc se rendit sur les dix heures du lendemain matin chez l'évêque de Valence. Le hasard fit qu'alors qu'il y arriva, plusieurs gens qui avoient affaire à cet évêque s'y trouvèrent. L'arrivée de Boisfranc leur fit croire qu'il étoit mieux de les laisser seuls. « Point du tout, Messieurs, dit M. de
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Valence, nous n'avons rien de particulier à dire, M. de Boisfranc et moi. » Boisfranc s'approcha de son oreille et lui dit tout bas qu'il lui apportoit dix mille écus que Monsieur lui devoit. « A moi, répliqua M. de Valence tout haut; à moi, dix mille écus? Monsieur se moque-t-it de moi? Il est trop régulier. » Boisfranc, qui ne pouvoit plus tenir le cas secret, lui répondit : <t Oui, Monsieur, j'ai ordre de vous rendre dix mille écus que Monsieur vous doit, et que je vous apporte. — En vérité, reprit M. de Valence, je ne comptois plus que cela me dût être payé. Je suis un pauvre prêtre, qui puis me passer de peu ; mais un grand prince comme Monsieur, obligé à une inBnité de dépenses, s'a* vise-t-il de payer ses dettes? J'avob même oublié celle-là. — J'ai même ordre, reprit Boisfranc, de vous payer les intérêts. — Oh ! Monsieur de.Boisfranc, vous vous méprenez. Quand j'ai été assez heureux de prêter dix mille écus à Monsieur, je les lui ai prêtés en gentilhomme, et non comme celui que vous placez souvent. Ainsi, profitez ou faites profiter Monsieur, ou tel autre qu'il vous plaira, de ces intérêts, mais Monsieur sait que jamais je n'en ai prétendu d'autre dans sa maison que celui que j'ai rencontré dans l'honneur d'être son domestique. »
Boisfranc fit apporter les dix mille écus, que M. de Valence consentit de prendre sans vouloir