LIVRE VIII yy
prêtre et évêque, et qu'en rendant à Monsieur tout ce que le respect le plus profond peut exiger de moi, ne parlant jamais de lui et ne. me trouvant jamais où il sera, il est trop juste pour me faire assassiner; et qu'à l'égard des autres violences, je porte à mon col, par la croix que j'ai, une sauvegarde pour laquelle il aura toujours lui-même de la considération. » Madame, à qui M>n« de Saint- Chaumont rendoit compte de tout ce procédé, n'étoit pas trop fâchée de la mortification de Monsieur, qui, de son côté, ne vouloit pas rendre public le peu de succès qu'avoit eu le dessein de faire sortir de Paris M. de Valence. Enfin, le même homme que Monsieur ayoit chargé de le menacer le revint trouver de sa part, et, après une répétition à peu près des mêmes choses, il lui dit qu'il lui conseilloit comme son ami de se retirer dans son diocèse , et que , s'il ne le faisoit pas de bonne grâce et pour plaire, à Monsieur, Monsieur étoit résolu de demander au roi une lettre de cachet pour l'exiler, a Je n'ai point d'emplâtre à ce malheur, répondit l'évêque de Valence : j'obéirai quand cela sera, parce que je ne pourrai faire mieux ; mais, puisque Monsieur me pousse à bout, je vous supplie de lui dire, de ma part, qu'il obtiendra plutôt une lettre de cachet qu'un gouvernement. »
L'imprudence de ce discours, relatif à ce qui s'é-
yS MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
toit passé du temps que Monsieur demanda le gou- Yernementde Languedoc, fit que Monsieur le redit au roi, qui sut très mauvais gré à M. de Valence de cette étrange imprudence, dans laquelle le secret du roi, c'est-à-dire ce qu'il avoit uniquement dit à M. de Valence, se trouvoit révélé; de sorte que M. de Valence fut exilé, et partit pour son diocèse, laissant Madame, qui avoit une entière confiance en lui, très fâchée de se voir privée de l'entretien d'un homme dans lequel elle avoit toujours trouvé des ressources de fidélité, de consolation, de service et d'attachement à ses intérêts.
La paix qui s'étoit faite après la glorieuse campagne de Lille n'avoit été pour ainsi dire qu'un essai de ce que la grandeur du roi lui promettoit. La Hollande n'avoit pas eu une conduite dont la France pût être contente ; elle avoit obligé le roi de faire la paix, et avoit personnellement offensé Sa Majesté dans ses relations, dans ses lardons et dans ses gazettes. M. de Furstemberg, qui gouvernoit l'électeur et l'électorat de Cologne, répondoit que cet électorat et l'évêché de Liège demeurecoient dans la situation que le roi pouvoit désirer pour en tirer les secours nécessaires à la guerre qu'il délibéroif de porter en Hollande. Les forces d'Espagne étoient dans un anéantissement qui ne pouvoit tout au plus faire qu'une diversion très médiocre. Ce qui s'étoit passé à la campagne de Lille faisoit craindre aux