‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 5 sur 125 · LIVRE VII II · texte numérisé non relu

LIVRE VII II

reuse pour TEmpereur, et que d'ailleurs, apprenant les ligues qui se formoient contre lui dans TEmpire, il étoit bien aise de mettre ses places hors d'état d*être insultées par ceux qui voudroient faire la guerre ou interrompre le commerce de ses sujets.

Il apprit en ce temps-là que le roi de Danemark avoit fait une entreprise sur Hambourg, et qu'il y avoit échoué. L'électeur de Brandebourg et les princes de la maison de Brunswick avoient fait marcher des troupes de ce côté-là, et Tavoient contraint de retirer les siennes; il étoit même assez embarrassé dans sa retraite, et pou voit craindre d'être attaqué à son tour, lorsque le roi fit dire à ces princes qu'ils avoient bien fait de secourir la ville de Hambourg ; mais que, puisque le roi de Danemark n'y pensoit plus, il leur conseilloit de le laisser en repos, et de se souvenir que ce prince étoit son allié.

Une si grande application aux affaires nuisit peut-être à sa santé ; il eut la fièvre double tierce assez violente, des accès de dix-huit heures. Les médecins voulurent d'abord le traiter suivant l'ancienne méthode : on le saigna, on le purgea, le mal en devint plus grand; il fallut avoir recours au quinquina, qui fit le miracle ordinaire, et le guérit parfaitement.

Les soins de l'État et ceux de sa santé ne l'em-

pêchoient pas de se faire rapporter, dans son conseil d'en haut, les affaires des particuliers quand elles étoient importantes; le procès du marquis d*Ambre contre Mll« d'Arpajou fut fort discuté ; M. de Châteauneuf, rapporteur, conclut pour le marquis. Monsieur fut du même avis, ainsi que MM. de Beauvilliers, de Croissy et l'abbé Le Pelletier; monsieur ^ le [chancelier, le contrôleur général, MM. de Louvois, de Ribaire, Bernard de Rezé, Bignon et Villacerf * furent pour la demoiselle, qui gagna son procès, le roi s'étant joint au plus grand nombre.

Il commença en ce temps-là à aller souvent à Marly; il nommoit ceux qui dévoient le suivre, et Bontemps les logeoit deux à deux dans chaque pavillon. On y trou voit tout ce qui étoit nécessaire à la toilette des femmes et même des hommes, et, quand les femmes étoient nommées, les maris y alloient sans demander. M*»® de Maintenon y faisoit là grande figure : le roi passoit toutes les soirées chez elle. M>»e de Montespan se rongeoit les doigts et ne pouvoit se résoudre à quitter la partie; elle lâchoit de temps en temps au roi quelques mots piquans et lui dit un jour qu'elle avoit une grâce à lui demander, qui étoit de lui laisser le soin d'entretenir les gens du second car-

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