‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 6 sur 125 · LIVRE VII l · texte numérisé non relu

LIVRE VII l

rosse et de divertir l'antichambre . Ces manières désagréables auroient pu la faire songer à la retraite ; mais son heure n'étoit pas encore venue» et la Providence, pour la punir du passé, lui devoit faire avaler encore bien des couleuvres. La princesse de Conti fut quelque temps sans être de ces parties de divertissement; elle avoit fait des railleries piquantes d'une personne que le roi honoroit de son amitié et ne Tavoit pas épargné lui-même. Il avoit senti l'ingratitude de ce procédé, et le plus grand des rois, le meilleur des pères, avoit eu du chagrin de la part de ses propres enfans. Sa bonté les reçut bientôt à miséricorde : il oublia tout et les traita à l'ordinaire.

Monsieur avoit reçu depuis peu une partie de ce qui devoit revenir à Madame pour la succession de monsieur l'Électeur palatin; madame l'Électrice sa mère étoit morte il y avoit cinq ou six mois. Elle étoit fille du landgrave de Hesse et de cette fameuse landgravine, si bonne amie des François. L*£mpereur lui devoit plus de cinquante mille écus, et ses sujets lui en dévoient plus de deux cent mille ; il y avoit dans ses greniers et dans ses caves au moins pour cinq cent mille livres de grain et de vin, et beaucoup de beaux meubles, entre autres plus de quarante tentures de tapisseries, outre les prétentions que Madame avoit sur des terres qui ne dépendoient pas de l'électorat. Monsieur acheta

des pendans d'oreilles de quarante mille ëcus et se fît un grand plaisir de meubler sa galerie du Palais- Royal.

Au commencement du mois d'octobre, le roi partit de Versailles pour Fontainebleau; il avoit avec lui dans son carrosse Monsieur, M"»® la duchesse de Bourbon, la princesse de Conti et M™« de Maintenon. Sa faveur se déclara de plus en plus à Fontainebleau ; elle eut un fort bel ap« partement de plain-pied à celui du roi, qui commença à aller chez elle tous les soirs comme il avoit accoutumé d'aller chez M^ne de Montespan; il y faisoit venir souvent M*»« de Bourbon, dont la gaieté extraordinaire l'amusoit et le divertissoit. Elle étoit très jolie, avec beaucoup d'esprit, plaisante, railleuse, n'épargnant personne, se réjouissant d'une bagatelle, coiffant son genou comme une poupée quand elle n'avoit rien de mieux à faire, voulant plaire à tout le monde et trouvant le moyen d'y réussir, caractère singulier et qui plaît d'abord, mais qui n'est pas trop bon à l'user.

Mwïe de Montespan arriva à Fontainebleau après les autres; le roi, qui la craignoit assurément plus qu'il ne l'aimoit, retourna les soirs chez elle et lui donna extérieurement des marques de considération. Il fit aussi un grand plaisir à Madame en déclarant le mariage de Mll^deThéobon, sa favorite, avec le comte de Beuvron; il leur donnoit depuis

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