LIVRE X
compagne de pluie et de tonnerre ; le petit chevalier, qui n'avoit que sept ans, et qui étoit seul dans son buisson, fut fort désolé en voyant un ver luisant, animal qu'il ne connoissoit point ; il crut que c'étoit le tonnerre : il cria à son valet de chambre, qu'il aimbit fort, et qui vouloit rentrer dans le buisson, de prendre garde à lui. Desfargués prit aussitôt à la main le ver luisant, et rassura le petit chevalier, qui lui dit qu'un pareil tonnerre ne le feroit plus trembler. Un autre jour ils trouvèrent leur pâté tout plein de fourmis; ils ne laissèrent pas d'en manger, faute d'autre chose. Ils passèrent huit ou dix jours dans ce buisson» jusqu'à ce que, la cour étant partie de Blois, Mme de Fléchine les fit cacher dans une grange, et ensuite dans une petite tour qui étoit au bout de son parc, où ils étoient enfermés toute la journée, s'occupant à faire de petits paniers d'osier; elle leur donna aussi la VU dts Saints, et quelquefois la Gazttte, que le petit chevalier dévoroit, parce qu'il y apprenoit quelquefois des nouvelles de M. de Bouillon. Il fut un jour bien fâché de voir que la populace de Bordeaux s'étoit voulu révolter contre M™e la Princesse, et que les ducs de Bouillon et de La Ro(^hefoucauld avoient bien eu de la peine à l'apaiser.
Ils s'étoient servis pour cela d'un fils de M. de Bouillon qui n'avoit que douze ans; on l'appeloit
alors le prince de Raucourt, et il s'est appelé depuis le chevalier de Bouillon, parce que celui dont j'écris la vie, en embrassant Tétat ecclésiastique, prit le nom de duc d*Albret. On mit un buffle au petit prince de Raucourt, une cuirasse et un casque en tête, et, monté sur un petit bidet, il alla dans toutes les rues de Bordeaux haranguer le peuple. Son esprit passoit son âge , il est mort à Tâge de vingt-trois ans; et, selon les apparences, il eût égalé, s'il eût vécu, les plus grands hommes de sa maison.
Dans le temps que le duc de Bouillon s'en alla à Bordeaux, il écrivit à M. de Turenne que le cardinal de Mazarin avoit manqué à toutes les paroles qu'il lui avoit données; que l'on ne le regardoit à la cour que comme un misérable solliciteur de procès, et que, s'ils ne trouvoient l'un et l'autre le moyen de se faire rendre justice en se faisant craindre , ils pouvoient compter leur maison abattue et ruinée. C'est ce qui obligea M. de Turenne à se remettre à l'armée d'Espagne, et à la faire entrer en France. Il y avoit joint quelques régimens d'infanterie et de cavalerie sur lesquels il avoit un pouvoir absolu ; il avoit hésité quelques momens à prendre le parti de M. le Prince, dont il n'avoit point sujet d'être content, ce qu'il lui avoit signifié en parlant à sa personne huit jours avant qu'il fût arrêté; mais, comme leur liaison