LIVRE X
«toit publique, et que le sujet de leur brouillerie •étoit fort secret, il crut qu'il y alloit de son honneur de sacrifier en cette occasion son ressentiment particulier, et se déclara hautement pour lui. Il s'avança en Picardie et perdit la bataille de Rethel contre le maréchal du Plessis-Praslin. Le duc de Bouillon, de son côté, fut plus heureux à Bordeaux : il soutint quelque temps la guerre par son courage et par une action bien hardie. Il ■apprit que les généraux de l'armée du roi avoient fait pendre quelques officiers de ses troupes ; il crut devoir user de représailles, et, dans le milieu de Bordeaux, il fit pendre, sans autre forme de justice, un officier des troupes du roi qui étoit prisonnier sur sa parole '. Cela fit un bon effet, et Ton se fit quartier de part et d'autre.
Peu de temps après, les princes furent mis en liberté, et la paix fut faite. Le duc de Bouillon et le vicomte de Turenne y furent compris expressément. Le duc, après avoir rendu Bordeaux, salua le roi, et se retira en Périgord, à son château de Lanquais.
Cependant M™e de Bouillon sortit de la Bastille, et avec la permission de la reine prit le chemin de Périgord pour y aller trouver son mari.
I . Le baron de Canole. Voir les Mémoires de Montglat. ^Note de l'édition Michaud,)
Mémoires de Choisy, IL 17
l3o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
Elle étoit accompagnée de M^^^ de Bouillon, sa belle-sœur, et de sa fille aînée, qui a été depuis duchesse d'Elbeuf. Elle s'arrêta à Tours, et envoya un valet de chambre nommé François, en qui elle avoit une grande confiance, à M^^ de Fléchine, pour lui rendre mille grâces, et la prier de lui remettre entre les mains le chevalier de Bouillon. M^^ de Fléchine, qui ne connoissoit point l'écriture de M°^^ de Bouillon, et encore moins le valet de chambre, lui répondit qu'elle ne savoit ce qu'on vouloit dire, et lui dit de se reposer et de manger. Elle alla cependant à la petite tour dire à ses deux prisonniers ce qui se passoit, et les fit monter au haut de la tour afin qu'ils pussent voir dans le jardin le nommé François, et le reconnoître. Cela fut bien exécuté; ils le reconnurent, descendirent, l'embrassèrent comme leur libérateur et partirent avec lui, pour aller à Tours, sur des chevaux de paysans. Monsieur le cardinal m'a conté toutes ces petites particularités, dont il se souvenoit avec plaisir au bout de cinquante-six ans. Il m'a fait la description de la ville de Tours et de l'abbaye de Marmoutier, quoiqu'il n'y ait pas été depuis; et il croyoit être encore sur un certain grand pont où il trouva M™« de Bouillon, qui répandit bien des larmes en l'embrassant. Il ne reconnut point sa sœur, tant elle étoit changée de la petite vérole. Ils arrivèrent heureusement à Poitiers, et il se