LIVRE X
souvenoit que pendant le voyage M™e de Bouillon, qui étoit bonne catholique, et M^le cle Bouillon, qui étoit bonne huguenote, avoient souvent des disputes assez aigres sur la religion, vivant en toute autre chose dans une parfaite union. Elles aroient l'une et l'autre beaucoup d'esprit et de mérite; le corps étoit bien différent. L'une étoit belle et bien faite, et Tautre étoit laide et bossue.
Après quelque temps, M. et M"»* de Bouillon revinrent à la cour, et furent fort bien reçus. Le cardinal Mazarin, pour leur marquer une parfaite réconciliation, les vint voir; et, en faisant des caresses à leurs enfans, il dit au petit chevalier, qui n'avoit que sept ans et demi, et qui étoit beau comme un ange : « Et vous aussi, ne voulez-vous pas être de mes amis? — Non, reprit brusquement le petit garçon, vous avez trompé mon papa. » Ce qui déconcerta fort la compagnie, à ce qu'a dit depuis le vieux duc de Charost, qui étoit présent, et qui en fut bien aise. Charost n'aimoit pas le cardinal Mazarin; il avoit été au cardinal de Richelieu, qu'il ne nommoit jamais sans l'appeler mon bon maître.
Après avoir conduit le duc d'Albret à l'âge de vingt-quatre ans, et l'avoir fait passer par tous les degrés d'esprit, de vertu, de science et de capacité, pour parvenir à l'estime générale, que personne ne lui refusoit, il est temps d'expliquer
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la manière dont il se fit cardinal : car on peut dire, et je m'en vais le prouver, que, si la naissance et la considération de M. de Turenne commencèrent l'ouvrage, il ne fut achevé que par une prudence infinie, une pénétration sans bornes et une ferpieté à toute épreuve. M. de Péréfixe, archevêque de Paris, avoit lié une amitié très étroite avec le duc d'Albret depuis qu'il avoit présidé à son acte de tentative en 1664, et qu'il avoit voulu être le grand maître de ses études pendant sa licence. La fréquentation augmentoit chaque jour la tendresse; et le bon archevêque ne lui cachoit point que la chose du monde qu'il souhaitoit le plus étoit de le voir son coadjuteur, persuadé que l'Église de Paris seroit heureuse d'être conduite par un si digne pasteur. Le duc d'Albret, qui demeuroit dans le cloître Notre-Dame, cultivoit une amitié qu'il pouvoit si bien rendre utile, et alloit souvent les soirs à l'archevêché, par la petite porte, y passer les après-soupers. M. de Péréfixe étoit le meilleur homme du monde, violent, aisé à mettre en colère, mais qui revenoit un moment après ; il avoit aussi bien de l'amitié pour moi, et me fit l'honneur de présider à mon acte de tentative, que je dédiai au roi. Il me souvient que la veille il me vint voir au Luxembourg, et me fit ses trois argumens; après quoi il me dit : « Monsieur l'abbé, vous savez que l'abbé Le Tellier, qui est en licence»