LIVRE X
derniers efforts pour se soutenir jusqu'à la fin. Ainsi sa conversion fut sincère, et la meilleure preuve qu'il en donna fut le zèle pour le salut de ses frères errans. Il dit à l'évêque de Condom , avec lequel il fit depuis une amitié très intime, que la plupart des huguenots ne se convertissoient pas faute d'entendre la véritable doctrine de l'Église catholique, et lui donna peut-être les premières vues qui ont produit le livre admirable de VExpo^ sition de la Foi, en lui exposant les articles qui lui avoient fait le plus de peine , et qui ne lui en faisoient plus de la manière dont Tévêque de Condom les expliquoit.
Je n'oublierai pas que M. de Turenne, ayant pris sa dernière résolution de se convertir, dit un matin au duc d'Albret : « Vous allez être bien aise et bien fâché ; je vais me faire catholique, et je vous en ai fait le secret de peur qu'on ne dise que vous m'avez converti. Je voudrois, si cela se pouvoit, que personne ne le sût, et je veux trouver un simple prêtre qui reçoive mon abjuration. » Le duc d'Albret l'assura que la joie étouffoit en lui tout autre sentiment; mais qu'il le supplioit de se souvenir que monsieur l'archevêque de Paris étoit son pasteur, et qu'il devoit recevoir ses instructions, quand même il ne seroit pas autant de leurs amis qu'il l'étoit. 11 y alla, et fit son abjuration entre ses mains le lendemain, en présence
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de Perthuis, capitaine de ses gardes, de Desroziers, son maître d*hôtel, et de Duhault, son premier valet de chambre, tous trois catholiques, qui fondoient en larmes en voyant leur maître rentrer dans le bon chemin. M. Boucherat et M. l'abbé Le Sauvage y furent aussi- présens; je ne sais pas pourquoi le duc d'Albret ne s'y trouva pas.
M. de Turenne n'étoit pas alors en faveur. La campagne de 1667 avoit été trop brillante pour lui ; les ministres s'étoient réunis contre un si grand crédit naissant, et l'année suivante le roi lui avoit caché son entreprise sur la Franche-Comté, et s'étoit servi de M. le Prince. Son crédit recommença en 1670, lorsque le roi, ayant pris la résolution secrète de faire la guerre aux Hollandois, envoya Madame en Angleterre signer le traité avec le roi son frère. Il n'y eut dans le secret que cette princesse et M. de Turenne; mais il faut avouer qu'en cette occasion ce grand homme fit une faute impardonnable : il die à sa maîtresse le secret de son maître. Il avoit la foiblesse d'aimer M"ie de Coatquem; elle étoit jeune, il avoit près de soixante ans. On veut réparer l'âge par un grand amour, qu'on croit marquer par une grande confiance. Il lui disoit tout ; elle avoit de son côté une passion bien plus vive. Le chevalier de Lorraine à vingtsix ans devoit l'emporter sûr un vieux guerrier. Le chevalier sut par elle le traité d'Angleterre, et le