LIVRE X l
pontificat; il lui avoit dédié le recueil de ses thèses de théologie, ce qui lui avoit valu, sans que le roi s'en mêlât, le gratis de ses abbayes de Tournus et de Saint-Ouen. Il lui avoit écrit en d'autres occasions par M. le duc de Chaulnes, ambassadeur à Rome. Il résolut, pour avancer cette affaire, d'envoyer à Rome l'abbé Bigorre, qui y avoit déjà été le secrétaire de l'ambassade sous le duc de Chaulnes, et qui étoit fort connu et aimé de M. de Lionne. M. de Turenne en parla au roi, qui fit écrire au Pape et au cardinal Rospigliosi qu'ils lui feroient un plaisir sensible d'avancer la promotion du duc d'Albret, Sa Majesté leur' promettant de ne point demander d'autre chapeau à la promotion des couronnes. Le roi eut même la bonté de le dire de sa propre bouche à l'abbé Bigorre lorsqu'il prit congé de Sa Majesté, afin qu'il en pût rendre compte au Pape. M. de Lionne écrivit en conformité, quoiqu'il crût faire en cela des pas fort inutiles. M. de Turenne se fit prier pour en parler au roi. Il n'aimoit pas à faire le suppliant, et souvent manquoit les affaires parce qu'il ne vouloit pas se donner la peine d'y travailler. Il écrivit néanmoins au Pape pour informer Sa Sainteté, comme vicaire de Jésus-Christ en terre, de la grâce que Dieu venoit de lui faire de le faire rentrer dans son Église. Dès que l'abbé Bigorre fut arrivé à Rome, il eut audience du
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Pape. Il lui fît sa proposition. Sa Sainteté l'assura qu'avec une véritable joie elle comprendroit M. le duc d'Albret dans la promotion des couronnes, et lui fît bien des complimens pour M. de Turenne. Elle répondit à la lettre du roi dans les mêmes termes, et s'expliqua encore plus nettement avec Tabbé de Bourlemont , auditeur de rote, qui faisoit les affaires de France en l'absence de l'ambassadeur. Le roi, sur ces nouvelles, dit à M. de Turenne : « Il n'y a rien à espérer pour votre neveu; mais il est bien jeune, il peut attendre. » Cette indifférence que le roi témoignoit là-dessus donna occasion au duc de Créqui, qui avoit été ambassadeur à Rome, et qui y avoit conservé quelque commerce, et au coadjuteur de Reims (il n'aimoit pas M. de Turenne), d'écrire à leurs amis, afin sans doute que cela parvînt aux oreilles du Pape, que le roi ne se soucioit guère de cette affaire. L'abbé Bigorre, en ayant eu connoissance, le manda au duc d'Albret, qui trouva moyen d'en tirer avantage. M. de Turenue et M. de Lionne le dirent au roi, qui renouvela ses instances avec plus de vivacité, ajoutant qu'il savoit les mauvais offices que des courtisans envieux avoient voulu rendre au duc d'Albret; mais il arriva quelque temps après un incident qui pensa tout gâter. Le prince d'Aversberg, l'un des principaux ministres de l'Empereur, avoit obtenu sa nomination secrète au