‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 79 sur 125 · LIVRE X iSy · texte numérisé non relu

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la promotion du duc d'Albret. M. de Turenne avoit eu là-dessus plusieurs conférences avec Morosini, qui seul de tous les ambassadeurs et ministres étrangers eut la permission de suivre le roi à son voyage en Flandre. Il fit le voyage avec M. de Lauzun, qui étoit une espèce de favori. Le maréchal de Navailles, qui devoit conduire les troupes du roi à Candie, disoit aussi tous les jours à l'ambassadeur que la République en avoit Tobligation à M. de TurenQe : ce qui étoit d'autant plus beau à lui qu'il avoit une liaison très intime avec M. Le Tellier, qui n'étoit pas des amis de M. de Turenne. Navailles étoit honnête homme €t rendoit honneur à la vérité. Les choses paroissoient assez bien disposées, lorsque le cardinal Rospigliosi, par ordre du Pape, écrivit à M. de Lionne que, si le roi vouloit donner la nomination à M. de Turenne lui-même, il le feroit cardinal le lendemain de l'arrivée du courrier, persuadé que les plus grands ennetnis de la France ne pourroient pas y trouver à redire. M. de Lionne lut à M. de Turenne la lettre du cardinal Rospjgliosi, et lui cita l'exemple récent de M. le cardinal de Vendôme, a Ah! Monsieur, lui dit M. de Turenne, que ferois-je d'une calotte et d'une grande queue? Cet équipage m'embarrasseroit fort. Je vous prie de remercier bien^ le Pape pour moi, et de le prier de faire mon neveu cardinal. » M*. de Lionne en

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rendit compte au roi, qui lui dit : « J'eusse été bien surpris si M. de Turenne avoit topé à la proposition. » M. de Turenne ne laissa pas de vouloir s'en divertir un moment, en disant au duc d'Albret : « Vous avez un concurrent pour le cardinalat bien dangereux. Le roi n'a qu*à lui donner sa nomination, le Pape offre de le faire cardinal à l'arrivée du courrier. Ne craignez rien, ajouta-t-il; ce concurrent, c'est moi. »

C'étoit le temps des incidens, tous capables de retarder la promotion du duc d'Albret. M. de Bonzi, ambassadeur du roi en Pologne, s'étoit trouvé à l'élection du roi Michel Wiesnowieski, et, lui ayant persuadé qu'il y avoit beaucoup contribué, quoique ce prince eût été mis sur le trône par la faction d'Autriche, il avoit tiré de lui parole de sa nomination au cardinalat, pourvu que le Pape promît d'y avoir égard à la promotion de^ 'couronnes, et ne fît pas comme Alexandre VII, qui avoit méprisé la nomination du roi Casimir. Bonzi, sans perdre de temps, avoit dépêché un courrier au roi pour le supplier d'écrire au Pape pour tirer cette parole de Sa Sainteté, qu'il croyoit assez bien disposée en sa faveur. Ils étoient du même pays, tous deux sujets du grand-duc. Le duc de Chaulnes, ambassadeur du roi à Rome, avoit obtenu du Pape cette parole verbale dans le temps qu'on croyoit que les Polonois éliroient pour

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