‹ Mémoires de l'abbé de Choisy pour servir à l'histoire de Louis XIVChapitre 83 sur 125 · LIVRE X l · texte numérisé non relu

LIVRE X l

Coasiin , premier aumônier du roi depuis trente ans, avoit tiré parole de Sa Majesté que personne n'auroit à son préjudice l'agrément de traiter de cette charge avec le cardinal Antoine , soit par démission, soit par coadjutorerie. Les choses étoient dans cet état-là lorsque le cardinal de Bouillon partit de Paris, au mois de décembre 1669, pour aller à Rome avec le duc de Chaulnes, ambassadeur de France, assister au conclave qui se tenoit pour élire un pape après la mort de Clément IX. Il apprit en chemin que le cardinal Antoine étoit fort malade, et prit dès lors sa résolution de faire tous ses efforts, au cas qu'il le trouvât encore en vie, pour obtenir de lui la démission de sa charge de grand aumônier. Il en vint à bout : la santé du cardinal Antoine se raffermit un peu, et son amitié pour le cardinal de Bouillon fut si grande qu'il lui donna parole de lui envoyer sa démission dès que le roi l'auroit agréée ; mais, pendant que le cardinal de Bouillon négocioit cette affaire à Rome, l'évêque d'Orléans fit dire à M. de Turenne par Perthuis , capitaine de ses gardes et l'ami particulier de l'évêque , que , s'il songeoit à faire tomber à M. le cardinal de Bouillon la charge de grand aumônier, il n'y songeroit plus, ne voulant pas se trouver en son chemin. M. de Turenne, qui ne savoit rien des vues de son neveu, et qui dans le vrai n'avoit eu aucune idée pour cette

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charge, répondit à Perthuis qu'il n'y pensoit point, et qu'il souhaitoit de tout son cœur que M. d'Orléans pût l'obtenir. Il l'en assura lui-même dès fe Fendemain , et tous les Coaslin , ravis de n'avoir point un compétiteur si dangereux, l'en remerciècent et s'en vantèrent hautement. Le cardinal fut aussitôt averti à Rome d'un engagement pris si légèrement, et capable de renverser son projet. Il n'en écrivit rien à M. de Turenne, et lui manda seulement qu'il ne pouvoit suivre son conseil, qui étoitde demeurer encore longtemps à Rome; qu'il SToitdéjà pris congé du Pape et du sacré collège; que son équipage étoit parti pour s'en retourner en France, et qu'il alloit à Munich voir M«n« la duchesse de Bavière; qu'il y attendroit des nouvelles de M. de Turenne, et que, s'il le vouloit absolument, il retourneroit à Rome, quelque dépense qu'il fût obligé d'y faire à cause de son âge et de sa naissance. M. de Turenne lui manda à Munich qu'il n'avoit qu'à revenir en France, ce qu'il fit aussitôt. Il lui rendit compte en arrivant de ce qu'il avoit négocié avec le cardinal Antoine , sans faire semblant de savoir les engagemens que M. de Turenne avoit pris avec Tévêque d'Orléans. Alors ce grand homme vit bien qu'il s'étoit engagé un peu vite, et dit à son neveu qu'il pouvoit aller son chemin; mais que, pour lui, après la sottise qu'il avoit faite (ce sont les termes dont il se servit en

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