‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 10 sur 184 · LIVRE PREHiER · texte numérisé non relu

LIVRE PREHiER

ne soienl parvenus qu'à une réputation moyeiuie, on ne peut nier que tous les quatre n'eussent du talent. Jobert étoit affectif et d'Harrouï éloquent, Brossamin étoit pathétique, Hénestrier ne l'étoit pas moins. Ces Père» d'ailleurs avoienl leur mérite particulier. Jobert étoit grand directeur, Brossamin grand poète latin, d'Harrouï grand mathématicien ; à l'égard de Ménestrier, c'étoit un homme quasi unique pour conduire une grande fête et pour arranger un spectacle. Si chacun dans sa sphère se Tût adcHuié à perfectionner son talent particulier, il y eAtajCquis plus de gloire qu'à la prédication, pour laquelle ils n'avoient que des dispositions médiocres.

Il y avoit longtemps que le Père Giroust ' régnoit ; je mot n'est point trop fort, tantctoit absolu l'empire qu'ils'étoil acquis sur l'esprit de ses auditeurs, et quels auditeurs I les gens les plus distingués en toutes professions et principalement les savants. Ses desseins étoient si bien pris et ordinairement si beaux, ses preuves si solides et rangées dans un si bel ordre, ({ue quoiqu'il eàt l'air hagard, le geste assez rebutant et la voix un peu glapissante, il ne laissoit pas de plaire et de persuader par la force de ses raisons. Le Père Giroust régna jusqu'à l'apparition du Père Bourdaloue. Ce nouvel astre obscurcit le brillant de l'autre. Grand chagrin pour Giroust qui, ayant été jusque- < là quasi seul en possession de l'estime publique, souffrait impatiemment que ce jeune prédicateur fût venu la partager avec lui et même la lui enlever. Sa jalousie alloit jusqu'à dire du Père Bourdaloue : a On se plaint qu'il

uufnge» doal I* liste *e troure dîna les ll^oîret de Niceron, Le |ilus coDiin de lous eat la Héthode du Maton.

' Giroust (Jacques, né en 1021, mort rn 1680. Le Père Dretonimu, ton eonfrêre, ■ pibKé lee Sermofu ; 1700 et 170t.

Do,l,.cdtyGoOglc

30 UÉNOIRES Db L'ABBK LB GENDBF:.

prononce trop rapidement, et moi je dis qu'il ne va pas encore assez vite ; s'il donnoit le temps de réUcchir sur ce qu'il dit, on verroit que ce n'est pas merveille. »

Peut-être n'y a-t-il pas eu de prédicitteur pins suivi que le Père Bourdaloue ', j'ajoute ni qui ait plus mérité de l'être. Il avoit un air prévenant ; sa voix étoit d'une étendue prodigieuse; il prononçoit fort vile, et cependant si distinctement qu'on ne perdoit pas une seule de ses paroles. Quoiqu'il gesticulât un peu trop, son action ne déplaisoit jHiint. A l'égard de ses sermons, ils ont élé accueillis par les acchmalious de tous ceux qui les ont entendus, et on les a trouvés aussi beaux quand ils ont été in;)primés. Ils ont été traduits en latin, en italien, en espagnol et en allemand ; il n'y a pas jusques aux protestants qui ne les estiment. Est-il une plus Torle preuve d'un mérite extraordinaire? Je n'hésite pas à rendre justice au Père Bourdaloue, quoique je n'aie pas lieu de me louer de lui. Lorsque je vins à Paris dans le dessein de m'y établir, je l'allai voir croyant qu'il se souviendroit des services que des gens à qui j'apparlenois lui avoient rendus à Rouen où il avoit commencé à briller ; mais il les avoit tout à fait oubliés et je fus loin d'être satisfaitde ma visite.

Le Père de La RuG* étoit un bon humaniste, il avoit régenté la rhétorique avec éclat. Cette haute réputation ' qu'il s'étoit acquise au collège déclina insensiblement quand il se fut mis à prêcher. Les connoisseurs ne le trouvèrent pas à beaucoup près aussi éloquent en françois qu'il l'avoit paru en latin. Il ne laissa pas de faire du

■ BaunUlouc (Louis), ni le 30 août 1652, mari en mii 1701. Miukme de SéTJgnJ i'appcliit le Grand Pea.

• L* nue (Charles de), a& en 1613, monta I7'J5.

Do,l,.cdtyGoOglc

Page 1