LIVRE PREMIER
bruit et de se soutenir, tant par la prévention que l'on avoit en sa faveur que par les Intrigues de sa Compagnie, celles de ses amis et les grandes louanges qu'ils lui donnoient. Sa physionomie d'honnête homme, sa voix forte, quoique un peu rude, et sa science attjroient grand monde à l'entendre. Lorsqu'il se fut avisé d'imprimer ses sermons, croyant se mettre par là sur la ligne du Père Bourdatoue, on les trouva si ordinaires qu'on eut honte d'y avoir applaudi en les entendant.
Tout étoit médiocre dans le Père Gaillard ', ses amis mêmes en convenoient ; néanmoins il n'y a guère eu d'homme qui ait plus prêché à la cour. C'éloicnt MM. de Bouillon, le duc et le cardinal, qui l'y avoient produit; il avoit été préfet du fils aîné de la maison. Un air insinuant, des manières libres et aisées, une respectueuse hardiesse, de fréquentes visites aux dames, aux grands, aux ministres, une humeur gaie et complaisante, une grande attention à ne dire du mal de personne, à ne paroitre jésuite que de bonne sorte, Greiil goôtei- le Père Gaillard. Si ses prédications n'ctoîenl pas beaucoup estimées, du moins on les supportoit parce qu'on aimoit l'auteur. Le crédit de \a cour lui procura de temps en temps les premières diaires de la ville ; par là on s'accoutuma à le considérer comme un homme de premier ordre. Le gros du monde ne juge ordinairement du mérite des prédicatcui*» que par la dignité des lieux où ils ont prêché.
De l'aveu unanime des gens qui ont lu ou entendu les
■ Ce n'nl ^u ïav'a it midanie de Sévigné : < Le Père Gaill*rd Tail (les lucrieille! à Sainl-Gemiain l'Auierroi^, • dil-rllo dans sa leltro du 38ni*fslUg9. LePèreGoillird, charné de prononcer l'orakon fuo6bnjde I. de Hirlay, etcamtia l'éloge du défunl : de là l'aniipalliie du secr£- Uire de H. de Haria; cnnirc le pr&licalcur. Giilknl (Honoré], n£ rn mi, mourut en 1731.
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39 HËHOIKES DE l'ABBÉ LE GENURE.
senHons du Père Cheminais, il éloîl pour aller de pair avec le Père Bourdaloue ; peut-être même l'eilt-îl surpassé s'il n'eût été enlevé à la fleur de l'âge. Ce fut nne grande perte. Les sermons que l'on a de lui sont ni pleins de choses excellentes, tout y cet dans un si bel ordre qu'on ne peut assez regretter qu'il n'ait pas eu le temps d'enrichir le public d'autres œuvres *.
Mais c'est assez pader des différents prédicateurs qu'on suivoit le plus à Paris dans le temps que je commençai à tenir ma place parmi eui.
Quoique la prédication fût alors mon plus grand objet, je ne laissois pas de m'eiercer à écrire selon l'occasion, soit en françois, soit en latin, sachant bien que plus on vaut, plus on peut faire fortune auprès des grands qui en sont la source; effectivement ce ne furent point mes prédications, mais quelques-uns de mes écrits qui me frayeront le chemin è devenir ce ipie j'ai été.
Un père théatin ', nommé Alexis Dubuc, l'un des meilleurs cœurs d'homme qui aient jamais été, et qui étoit de mes amis depuis que j'avois prêché une fois ou deux dans son église, voyoit tontes les semaines M. de Hariay, archevêque de Paris. Il étoit un des surveillants que ce prélat avoit dans tous les (juarliers de la ville pour savoir ce qui s'y passoit. Ce Père causant avec lui sur l'assemblée du clergé de 1682, le prélat lui dit qu'il n'étoit point content des traductions qui avoient pani du fameux bref* d'Inuo-
> • On ippeUit Cliemiiuis le Itadae des iirédicateur». et Bounlalaue 1p Corneille. > (VoIUirr, SUcle de Ijouii XIV .] — Clieminait âe HouUign (Timoli^), nJé leS jaDviiT 1053, mourut Ir l.') sept'inbrc loS.l.
* TIlAltin*, ordre de clenx qui lirent leur nom de l'évéque de Théair, depuis ppi- Kiui le nam de Piul IV, un dea rnnditeunde l'ordre (1ââ4|. Ce fui le urdinal lliiirin qui appela les Ihéitins i Paris (lOti).
' Lea brefi apotloUqite* »Hit drx InltrM que le («pe enmie aui prin-
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