‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 100 sur 184 · LIVRE QINytJIÈMt · texte numérisé non relu

LIVRE QINytJIÈMt

moires épuisés. Il y a de l'art el du bon sens dans ce iracas préliminaire, parce qu'on donne à un ouvrage une célébrité qui prépare à le bien recevoir, de sorte que quand il paroît, le monde, prévenu en sa faveur, le lit avec avidité, et souvent croit y voir, tant la prévention a de force, bien des beautés qui disparoissent quand on l'examine de près'.

Je ne m'efirayai point de ces fastueux préparatifs, et loin d'annoncer mon dessein, je le tins caclic, de peur que par jalousie les jésuites ne s'avisassent d'en traverser .l'exécution et qu'ils n'employassent secrùtement leur crédit et leur industrie pour faire tomber mou histoire quand elle paroitroit. En cela j'ai éti'^ trompé, cardes qu'elle parut, et toujours depuis, ils en ont dit du bien entre eux et à leurs amis, et quoique dans leur compagnie il soit d'usage et de devoir, sous peine d'être regardé comme coupable de lèse-socicté, d'applaudir plus ou moins à tout ouvrage qui en sort^ ils ne se sont nullement récriés sur l'histoire du Père Daniel et n'en parlent encore aujourd'hui que modestement. Sans donc m'épouvanter et sans trop faire attention sur le bon ou mauvais succès que pouvoil avoir mon dessein, je me mis

' Ij première édition de la NouielU lUUotre de France du Père Dj- QÎel, Irolt volumea ui-tolio. parut en 1713. Saiut-Sitnon, qui roit pirluul In miin deii ennemis, c'esl-i-dirc des princes légitiinéi, a do bonnei nùoiia de croire que iei in-lblia du Pvre Daaiel ne sont qu'un punpbicl déguisé, un pamiÀlcl soumé par H. du Haini;. t Tout l'ouvrage, di(-i1, parut très-^vidrmmenl conposé pour persuader, nxil l'air naïr d'un homme qui écarte les préjugés aiee digcememenl et qui m cherche que la ïérité, que U pluiiart des rois de lu preinièrc race, plusieurs de la icconde, quelques-an) niènie de la Iroisièrae ont canslnmmcnt élè lidtanL<, trè^-souTeIlt adultérins el doublenieni adullérint. que ce défaut u'avoït pai exclu du lr4ne, el ii';r "*"■' ]■■""'« &^ coiisidûrû comme ayant rien qui en dût ni pùl éloigner, le dii iïi criliiieni ce que la plus Une déli-

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•li'i HI-'HOIKGS DE TABBË LE GBMIUË.

[MHir l'exécuter a lire exactement no8 historiens conleni- (lui-airiti. C'est un travail immense, maisje ne m'en repens [)oiiit; car entre qu'on ne sait l'histoire qu'autant que l'on va aux sources, c'est que de là j'ai eu occasion de l'aire au |Hil>lic un présent qui lui a fait plaisir en lui donnant uei Jugement des différenU auteurs tmit françois qu'étrangers qui ont écrit de notre histoire; traité neuf et singulier où je représente le génie de ces historiens, leurs dispositions, leurs talents tels qu'ils paroisscnt dans leurs écrits. Le Père Lelong, de l'Oratoire, dans sa Bibliothèque des historiens fraiiçois, lue cile en beaucoup d'endroits, et en grand nombre il m'a copié sans me citer.

Celte application, toute sérieuse qu'elleétoit, ne m'occupoit pas tellement qu'il ne m'échappât de temps en teiD|)s de petites pièces détachées, soit en latin, soit en l'raiiçois, et que je ue fusse attentif à ce qui se passoit. Le monde commençoit à être tranquille parce que la ^'uerre tii-oit à salin; mais le monde ecdésiastique, en Kraoce principalement, étoit au contraire dans une si grande agitation qu'il n'éloit pas possible que bientôt on n'en vint aux armes. Ce n'est qu'à coups de langue et de plume que combattent les erclésinstiques lorsqu'il y a guerre entre eux sur le dogme on sur la morale, mais b guerre n'eu est pas moins vive, et elle est d'autant plus funeste que le peuple, en fait de religion, ne sait plus on il en est lorsqu'il voit les ecclésiastiques, qui sont ses guides et ses oracles, non-seulement ne point s'accorder Kur ce qu'il faut croire et pratiquer )M»ur être sauvé, mais s'injurier les uns les autres et se traiter réciproquement d'hérétiques, de schématiques, de séducteurs et de faux prophètes.

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LIVHK ClIfgUIÈNE. 9ï5

Sous M. de Harlay, soit crainte, soit reit{ieet, perswinv ii'HToit osé remuer, non |>as même les jansénistes, tout bouillaiils qu'ils sont. Leur feu n'étoit point éteint, il lie faisoit que couver sous la cendre; plus ils s etoient Fait violence, plus ils étoicnt disposés à éclater quand ils crurent lu pouvoir faire sans en craindre de suites fâcheuses. Ils furent au comble de leur joie de voir M. de Noailles archevêque de Paris : il avoit été de leurs amis étant évéque de Châlons, et, à force de l'encenser, il le devint si fort à Parts, qu'ils se OattirenI que, par sou crédit et sous sa protection, qui étoit alors toute-puissante, ilsauroient pleine liberté de faire etdireinipunément tout ce qu'ils jugeroient à propoi pour exécuter leurs desseins.

Quels étoient ces desseins? Éloit-os d'abolir le culte catholique pour établir sur ses ruines le rite calviniste pur ou du moins un calvinisme mitigé? Étoit-ce au dogme que les jansénistes en voulolent ou seulement à la discipline? Il y a du trop ctde l'outré dans ceque leurs ennemis en ont dit; cependant je ne puis m'empécher de croire qu'il n'y eût du plus ou du moins, après ce quej'aî ouï dire dans ces commencements et ce que j'ai vu faire dans la suite à six ou sept de nos confrères des plus échauffés du parti, entre autres à un H. Lenoir, homme sans lettres et sans esprit, qui avoit été assez longtemps frère au chapeau à Port-Royal. Moins les hommes ont de lumières, plus ils sont indiscrets quand ils s'abandonnent Ji leur zèle. Ce M. Lenoir nous dit, bêtement ou à dessein, en plein chapitre : « Voici les jours de salut, voici le temps favorable de ramener la religion àson ancleiiuv pureté; retranchons donc ce qu'il y a de superstitieux dans notre Kglise, dans notie uflîce, dans nus cérénio-

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3S4 UÉMOlRbS DE L'ABBË LE GËNDltE.

nies. » Et comme si lui et quelques autres eussent eu pour cela une mission particulière, ils se mirent à changer en tout, Jusque-là qu'ils eurent ta témérité d'enlever en plein joui' ignominieusement, à la vue de tout le monde, une petite image de la Vierge qui étoit derrière le chœur et devant laquelle les bonnes gens se faisoient dire de^ évangiles et brùloient de petites bougies. Nous eâmes beau nous récrier deux ou trois que nous étions bien Intentionnés; le prêtre, diseur d'évangiles, eut be.iu faire des plaintes amères contre les ravisseurs de l'image qui avait été son gagne-pain, il n'en Tut autre chose, parce que H. l'archevêque approuva ce qu'ils avoient fait et que les premiers du chapitre, dont quelques-uns étoieiit gâtés, n'eurent point le courage et peut-être la volonté de réprimer ces nouveautés.

Il y a longtemps que l'on accuse les jansénistes d'en vouloir au culte des saints, et surtout au culte de la sainte Vierge. Ce culte, disent-ils, est inutile à la Vierge et à la plupart des hommes : à elle, parce qu'elle n'en rc^rc point de gloire , à la plupart des hommes, parce qu'elle ne prie que pour les élus. C'est ainsi que s'en explique un des athlètes du parti dans son livre de la Dévotion à la Vierge où, sous prétexte de réformer ce qu'il y a d'excessif dans ce cuhe, il le sape par le fondement. Cet athlète est M. Baillet, homme d'une lecture immense, plus compilateur qu'écrivain, écrivain peu poli, critique plus prévenu qu'exact '.

■ fiûllet (Ailrien), né en 1640, mari en 170t!. Au sujet de son prindpilo vra^c. le; ingemfnti de» tav<aiU, il eut maille à partir itoc VénigG. qui lança conirR lui VAnti-Baiilel. Le titre de rouvrage dont il eapil ici est ; De la dévotion à latsinleVUrge et 4u culte qai laittt i/ii.-tOiU.

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