LIVRE CINOUIÈIIE
très personnes de marque; rarement plusieurs a la Tois, le plus souvent l'un après l'autre. On dit, et il est Trai, qu'un grand nombre de médecins nuit plus qu'il ne contribue à la f^érison du malade ; pourquoi ne pas dire de même que la multitude d'avis aide moins qu'elle n'embarrasse à clilùsir le meilleur parti et à rejeter le mauvais?
A l'égard des aiTaires courantes et ordinaires, le prélat en pai'loit dans ces commencements au sieur de Beaufort, son confesseur, qu'on soupçonnoit de quiétisme, aux sieurs Roannet et Lagneau, docteurs sans expérience, à l'avocat Lcmerrc ' à qui il avoil donné un appartement dans lavant-cour de son palais, et à un prêtre nommé Boileau *, homme docte sans être docteur, qui savait son saint Augustin etqui,croyant y voirla doctrine de Jansénius, éloit tellement imbu et pétri de celte doctrine, que, pour toute cliose au mond«, il ne l'auroit pas abjurée ; c'étoif une belle plume ; c'est lui qui pendant sept ans a été le fabricateur des mandements, lettres, ordonnances et autres pièces qui ont passé sous le nom de M. de Noailles.
' l«merre (Pierre), «ïocit du clergé, profeweur roynL en droit cinon ■u Mllé^ de France, né en IBU. mort en 1728.
1 11 t'a^il ivi de Boileau (Jeaii-J aequo), diMaîne de Sainl-Hanori-, Ttiurl en 1135, à qualru-vingt-iii ans. On l'aiipcliiL Boileau de Carchenické. Il 1 Tait, entre autres ourragei, de> lettre» iur différenu ouvrxtge' de morale et de ptûé, puUU&eB après» mort; tarit, 1737 et 1743.
(lustre fioiJfiu Tigurent dans les Himoirea de l'abbi Le Gendre, si-
1> Boileau-Despiùiui ;
!■ Boileau (Jicqueij, chmoine de U Sainte-Chapelle, auteur de> •
Flagellanli, Trère du Bslirlquci 3* Boileau (Charlet), abbé de Bemlieu, prfdioiieur, membre de
l'Académie frinçaite ; f BcitMu()eui-Jaeqaai), ou Boileau lie l'arebevicM.
Do,l,.cdtyGoOglc
91H MIÎH01RFS DE L-ABItl> LE GENttRE.
La haute faveur oà étoit le nouveau prélat, Taisant qu'on le reganloil comme le canal des grâces où le clergé peut aspirer, des amis me conseilleront de m'attacher à lui pour obtenir, par son crédit, de quoi arrondir ma fortune. Nos places sont plus honorables que riches, et l'on y est à l'étroit si d'ailleurs on n'a des secours. Je n'avoiit qu'à me louer de H. de Noaillcs, il me faisoît bien des amitiés, et quoique je fusse créature de M. de Harlay, il ne laissoit pas d'avoir pour moi de bonnes manières; de sorte qu'avec le temps je pouvois espérer qu'il parleroil en ma faveur et qu'à l'occasion del'btstoire que j'avois faite du règne de Sa Majesté, il me procureroit une pension ou une abbaye. C'étoient là de puissants attraits; cependant bien des raisons ni'élnignoient de lui, entre autres son amour pour les nouveautés, ses inégalités, srs airs de hauteur envers ses hommes de lettres, et phi» encore que tout («la son acharnement à parler mal, mfime en public, de son illustre prédécesseur. Ce déchaînement, qui nevenoit que de jalousie contre un;^and homme qu'on regrettoît, fit tort à M. de Noaiilesj il n'y eut pas jusqu'à ses amis et sa famille qui ne l'en blâmèrent.
Etant donc résolu à ne point prendre d'engagement, à être tout à fait à moi, je songeai à m'occuper dans les heures que l'on a de vides quand on est quitte de son devoir. Me remettre à prêcher? Il n'y avoit point d'apparence de succès, tant parce que depuis longtemps j'en avois perdu l'habitude que parce que ma foiblc poitrine ne me permettoit pas de fournir à de grands carêmes. Me remettre aux affaires, à celles principalement qui concernent les ecclésiastiques et m'y donner entièrement? J'en fus fort tenté. Par là, devenant oracle et m'ntlirant
Do,l,.cdtyGoOglc
LIVRR CINQUIËHË. SI»
I» confiance et les lihéralités deR asseniblétis du cler^f , je me meUois en élat d'être pleinement à mon aise el de mener ime vie aussi honorable que douce. Mon amour pour les belles-lettres et le désir de survins dans la m^ moire des hommes par (|uelque ouvrage considérable l'emporta sur ces avantages. Je me déterminai pour occuper mon temps à écrire sur quelque sujet intéressant qui pût éterniser mon nom.
J avois lu étant jeune, pour apprendre l'histoire de France. Faiichet ' Belleforesl *, et j'avois été dégoûté de ces insipides histoires pleines de petits contes, écrites d'un style gothique, et où il n'y a le plus souvent ni ordre ni discernement. Je nétois guènc plus content do la séchei'cssc de Dupleix * et du slyle plat de Mézeray ; et dès lors j'avois souhaité d'avoir assez de talent, de courage, de capacité pour faire quelque chose de mieux ; mon zèle pour la gloire de la nation, laquelle a fait de si grandes choses et qui, depuis plus de mille ans, tient un si grand rang daits le monde, me faisoit regarder comme un désagrément ponr elle de n'avoir point encore produit d'historien assez estimable pour qu'on pût le comparer aux historiens grecs et latins. Une si noble ardeur, <|uelque téméraire qu'elle fût, bien loin de diminuer.
* Faucbct (Claude), luteur du AntiquUé» gauhùet, né en 1539, mort en IBOl.
* Belieromît [Pnnçois Je), ii4 en 1530, mort i*n 1583. Historien d'une d£f>lai'able Koondilé. Un bi(%ra|ihe porte le jugement qui Niii >ur loi Annale* ou llUtaire générale ir France de Belleroresl ; i Celle lijftoire, qoelquctoîs fiiliuleulc. touvcnl ineucte el loujours futidietiM', va juM^u'ea 1511. Elle t été continuée jusqu'à l'un 1S90 par Gibriel Cha-
^ Dapleii (Scipion). ai eu 1509, moK en 1661. CoDwiller d'ÉUt el hi»loriaBnipb<> de France. I.os M^miàrex des Gaulfi partent pour »ui meilleur «uvra^.
Do,l,.cdtyGoOglc
330 HÊHOIRES DE L'ABBfi LE GENDaE.
n'ayant fait au contraire que s'cnllammer avec le temps, je ne balançai point, quand je me vis débarrassé de tout attachement gênant et que j'eus résolu de donner mon temps à écrire , je ne balançai point d'entreprendre une nouvelle hi>loire de France qui se pAt lire avec plaisir et qui pût contenter des hommes de goùl ; entreprise d'autant plus hardie qu'un jésuite en réputation, qui avoit le même dessein, y Iravailloit depuis longtemps. Ce jésuite en réputation étoit le Père Daniel, homme de beaucoup d'esprit, de belles-lettres médiocrement, philosophe de toutes les sectes, scolastique plus que théologien, disputcurde profession, et qui, depuis plusieurs années, avoit eu la lance en arrêt pour soutenir les intérêts et l'honneur de sacompaguie. Dans la suite, las de batailler et de recevoir des coups aussi vifs que ceus qu'il portoit, il avoit enfin renoncé au métier de paladin el s'étolt laissé ^persuader par ses supérieurs de retoucher et de continuer l'ouvrage du Père Jourdan, autre jésuite de mérite, qui avoit déjà imprimé l'histoire de la première race. Dès que le Père Daniel eut commencé de travailler, ses confrères à l'envi avoient fort exalté la future histoire. Le Père, de son côte, pour seconder ces bons ofijces et pour s'assurer de bonne heure de l'acclamation et du sulTrage des gens d'étude, les avoit iaùtés par une lettre imprimée à vouloir lui communiquer ce qu'ils auroient de curieus; et quoique le Trésor des Chartes, les Archives de la chambre des comptes et autres monuments publics eussent été fouillés tant de fois qu'il n'y avoit gihis rien de neuf, du moins assez considérable pour en enrichir notre histoire, ce Père, pour ne rien négliger de tout ce qui peut faire éclat, avoit demandé permission de fouiller de nouveau dans ces Hé-
Do,l,.cdtyGoOglc