‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 112 sur 184 · LIVRE CINQDIÈHE · texte numérisé non relu

LIVRE CINQDIÈHE

aytint existé de tout temps et o'ayant rien de mauTsif en soi, c'étoit une grande témérité de vouloir, de gaieté de cœur et sans aucune aéceseité, le changer ou le supprimer : aussi, quoique nos novateurs le regardassent en quelque sorte comme une idolâtrie, ils n'osèrent édater d'abord et ils ne prirent d'autre précaution pour ne point, disoientils, fléchir le genou devant fiaal, que de sortir du cbceur quand la relique approchoit. Dans la suite, devenus plus audacieux, ib y demeurèrent assis, morguant la relique qui passoit ; enfin, ne pouvant plus se contenir, ils demandèrent que le chapitre fût assemblé par convocation générale pour statuer sur cet usage.

Le doyen, c'étoit H. de Bougueret, au Ueu de s'y opposer avec fermeté, y donna lâchement les mains pour ne point s'exposer aux insultes des criallleurs, et principalement pour ne point aigrir le prélat, ie haranguai pour empêcher cette assemblée, et pour qu'on ne d^ibéràt point sur une proposition qui ne pouvoit que scandaliser. La bngue étoît faite, la partie liée, les chefs gagnés, M. de Paris sollicitoit. Je ne fus point appuyé ilc mes deux seconds : ces différentes circonstances firent que, malgré mes remontrances, il passa qu'on s'assembleroit extraordinairement, et que sans aucune discussion ni examen préliminaire, sur<|uoi j'uvois insisté, la question seroît décidée à la pluralité des voix. Nous étions trois chanoines bien intentionnés ; mes deux confrères avoient de la pitié, je ne puis trop les louer de ce côté-là ; mais parce que ce n'étoient pas gens ni à fendre la glace, ni à soutenir le choc, et que d'ailleurs ils n'avoient point le talent de se faire écouter, je fus seul le tenant de la bonne cause, non-seulement dans cette dispute, mais encore dans toutes les autres qui arrivèrent

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348 VfiHOIRES DE L'ABBË LE GENUR£.

dans la suite, à l'ooGasion des Douveautés tiue le parti ¥ouloit introduire. M. l'archevêque avoît celle-ci si fort à cœur que le leademain de cette séance, jour d'une fête solennelle, lorsque nous nous habiUions pour la messe pontificale qu'il devoit célébrer, et où j'allois faire l'office de sous-diacre, il me tira à part et me dit : « Jesai^ ce qui se passe; on a de bonnes intentions; vous faites mal de vous y opposer; du reste, prenez garde & ne rien dire dont vous puissiez vous repentir. • Je répondis avec respect que je tâcherois d'être exact, et que si on lui rapportoit lid^ment ce que je dirais, j'étois sûr qu'il l'approuveroit.

Le jour de l'assemblée, que n'y dit-on point contre les reliques, contre l'abus qu'on en peut faire, cmitre l'abus qu'on en a fait en des temps de crédulité et de soperslition? 11 faut dire la vérité, il y a eu de grands abus à cet égard; on faisoit trafic de reliques; on les vendoit plus ou moins cher, selon que l'on présumoit qu'elles pourroient plus ou moins atlirer ta dévotion. Une rdique de roiom étoit une source de tous biens : source de biens pour l'église, où elle étoit gardée par la surabondance d'oflrandes, de messes, de fondations que la relique y procuroit ; source de biens pour le pays, par la dépense qu'y faisoit un nombre infini de gens qui y venoient en pèlerinage. Une r^ique commençoit-elle à être en vogue, on bâtissait à force autour de l'église où elle étoit pour héberger les pèlerins qui accouroient de toutes parts; c'est de là que se sont formés quantités de bourgs et de petites villes autour des abbayes où il s'est trouvé des reliques.

De nos confrères les échauffés, plusieurs ne firent que criailler : c'étoient de ces bonnes gens qui parient beau-

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