LIVRE SIXIÈME
étoient point les auteurs. A quoi petisoit le Père Le Tcliier d'avoir mia une ai belle pièce sous le nom de gens si pea propres à fnire croire qu'elle filt d'eux ? Voiiloit-il laisser entrevoir qu'elle venoil de lui ou de quelqu'un de ses confrères? Je doute fort qu'il fût Tâché qu'on le crut. Un jour, m'ayant demandé s'il étoit bien vrai qu'on la lui attribuât, comme je lui dis en badinant que les conuoisseurs l'est imoient digne d'être de lui, il se mit à rire, ce qui ne lui arrivort guère, et sans s'expliquer davantage : « On ne sauroit, me répondit-il, enqiécber le monde de parler. »
Ce ne fut point à la Rocholle, quoique le titre le porte, mais à Paris que l'on imprima V hislructioH. Elle ne parut à la Rochelle ni à Luçon que loii<:temp après le fracas qu'elle fit ici. Peut-être n'y avoil il point dans l'une nî dans l'autre de ces villes un exemplaire ou deux du livre du Père Quesnel, ni peut-être dix ou douze gens qui en eussent entendu parler. L'Inslmclion imprimée, les neveux des deux prélats en firent les honneurs. Ces neveux étoient à Pans au séminaire de Saint-Sulpice ; ils en distribuèrent des exemplaires largement et la firent annoncer par plus de quinze cents afliches. Elles formoient comme un titre autour de notre église tant il y en avoil; on en compta jusqu'à vingt, tant aux portes de l'archevêché que dans l'avant-cour, Anichcrà Paris une ordonnance qui condamnoit comme hérétique un livre estimé de M. le cardinal et qu'il avoit orné d'une magnifique approbation, c' étoit faire une injure et un très-grand tort à ce prélat. Phtcardcr à sa porte des affiches de celte ordonnance, en tapisser l'avanl-cour et les avenues de son palais, c'éloit une insulte des plus marquées. Aussi cette insolence fut-elle blâmée de tout le monde, même de»
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gène qiii n'aimoient pas le cardinal. Il ne pouvoit Kmihsiter une réparalion plus lionorable pour lui que rette indignation publique. S'il s'en fût contenté, cela Ini eut Tait linnneur, «l si, par christianisme ou par grandeur d'âme, il eût pu mépriser l'aiTronl qu'on lui avoit fait, tout n> qu'il y a d'Iionnétes gens se fussent déclarés pour lui.
Il ne fut point le maitre de son ressentiment. Ne pouvant frapper sur les oncles, il se jeta sur les neveux : il les fit chasser sur-le-champ du séminaire de Saint-Sulpice. N'éloit-il point contre la gravité d'un arclievéquede Paris d'éclater contre deus écoliers qui n'étoient coupables d'autre chose que d'avoir bien exécuté les ordres qu'ils avoient reçus? Sans le dérangement qui arriva quelques mois après l'un ot l'autre eussent él« grassement payés par le Père Le Tcllier d'avoir été les victimes de la cotère du cardinal. Au moment qu'ils eurent leur congé, ils coururent à leur oncle, qui leur dit en les consolant : H Pour avoir encouru la disgrâce de M. le cardinal, vous n'avez pas cneouni la disgrâce du roi,» comme si ce qui s'éloit fait à l'égard de M. le cardinal l'eût été par l'ordre du roi, ou du moins avec sa permission. Ces paroles montrent combien le Père Le Tellier croyoit être le maitre de l'esprit du roi et combien il prenoit de part Ji ce qui ragardoit les évèques. Il n'y eut pas jusqu'aux jésuites qui ne blâmèrent cette ostentation. Pour moi,jc croirois volontiers que ce fut moins par ostentation que ces paroles tut échappèrent que parce qu'étant né revêchc et impétueux, il avoit peine à retenir ses premiers mouvements.
(1711.} L'aventure des neveux fit crier les oncles et cner bien haut, comme si le cardinal edt violé le droit des gens. On disoit qu'il n' avoit agi ainsi que pour intimider
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les arcbevâqiiPH ot évéqirrs, et les empêcher dit condamner, comme nvniont fait les deux prélats, le livre des Réflexions. Les deux prêtais écrivirent an roi pour lui demander justice et protection, justice pour eux cl leurs neveux, protection pour les évèques, afin que, n'ayant rien à cmindrc de la colère du cardinal, ils pnssent d'antant plus librement censurer les ouvrages où ils hxiuveroient des licrésies. Dans leur lettre, ils dénoiiçoîent ou< vertement le cardinal comme un fauteur de jansénisme, et après une déclamation des plus vives, ila suppUoient le roi de défendre le débit et la réimpression du livre des Réflexions. Il y avoil dans cette lettre un feu et une ùcretp que jamab n'eurent M. Lescure, évéque de Luçou, ni M. de ChamQeur, évéque de la Bochctlc : aussi ne cniton pas qu'elle fût d'eux, mais bien du Père Le Tellier wi de quelque autre jésuite qui l'avoit faile sous leur nom. Une attaque si vive fit peur à l'archevéclié. Comment la repousser? Le cardinal et son conseil s'y trouvoient fort embarrassés. Ce conseil u'étoit ])lus ce qu'il avoit été ; le maréchal de Noailleset la duchesse leur mère n'étoicnt plus au monde. C'ctoil une grande perte pour le cardinal. Ayant sur lui un grand ascendant, ds l'auroient sans doute empêché de pousser tes choses aussi loin. M. Le Tellier, aixlievèque de Reims, et M. des Marais, évéque de Chartres, éloient morts avant cet orage. Quoique M. des Marais fût le fléau des jansénistes, le cardinal de Noaillcs ne laissoit pas, à cause de madame de Maintcnon, d'avoir pour lui de grands égards et de déférer en bien des choses à ses avis. Il suivoit volontiers ceux de M. de Reims, son ancien métropolitain et son ami de tous 1rs temps. Ce dernier, quoi qu'on en ait dit, n'étoît janséniste que de boime sorte, nullement par les mœurs,
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médiocrement pour la doctrine, mais par haine contre les jésuites. H ne cessoit de les Uarceler. De leur c6lé, ceux-ci se vengcoient de lui par des écrits ^ussi ingénieiiiî que piquants, adressés à lui-même sous le titre de Retnonlrancea. Cet archevêque avoit les manières rustres et l'abord affreux ; du reste, c'étoit une bonne léte, génie d'affaires qui savoit de tout et qui aimoit l'ordre et la règle en ceux qui lui étoient soumis. Il fit grand tort à sa mémoire en laissant tout son bien, qui se montoit à plus de deux millions, à la marquise de Crcqui La marquise étoit sa nièce, et depuis un assez long temps il avoit témoigné pour elle plus de considération que jamais îl n'en avoit eu pour le reste de la famille. Quelles pauvretés ne dirent point à cette occasion ses neveux et ses autres nièces, de colère et de dépit d'avoir été déshérités I
Par la mort de ces deux prélats, gens de nom et qui imposoient, il ne resta que des subalternes, je veux dire des personnes du second ordre dans le conseil de l'archevêché. Deux de ces subalternes étoient morts avant la querelle, savoir, les sieurs de Beaufort et Aoannet, qui étoient des gens de paix. Les autres membres de ce conseil, bien loin de la désirer, ne s'appUquoient qu'à l'éloigner ou par des vue^ particulières, ou pour flatter le cardinal qui sembloit ne la pas vouloir. Le Père de La Tour, général de l'Oratoire, étoit trop politique pour la conseiller, ne fùl-ee que pour ne se pas brouiller avec sa congrégation, qui, depuis un long temps, étoit presque toute janséniste, MM. Tiberge et Rrisacier, chefs des Missions étrangères, quoique jamais ils n'eussent passe pour être du parti, n'en étoient pas moins disposés à allumer le feu plutôt que de l'éteindre, par aversion pour les jésuites, avec qui ils étoient à couteaux tirés pour les
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