LITRE SIXIÈME
(1713 et années suivantes.) On revint donc à ta manière dont on avoit reçu lu bulle d'Innocent X et d'A- 'eiandre VII, c'est-à-dire à prendre l'avis des évéqucs avant que delà publier. 11 se trouva vingt-neuf prélats â la première assemblée ; M. de Noailles y présida comme le plus ancien cardinal, et y nomma pouresaminateurs de b bulle ceux que le roi avoit déiji){nés, qui furent le cardinal de Rohan ', MM. de Bezons *, archevêque de Bordeaux, Desmaretz^, archevêque d'Auch, de Bissy ', L'vcque de Meaux, de Sillery ', évéque de Soissons et de Bertier*, évèque de Blois. Rohan et Bissy avoieut le mot de la cour, c'étoient les vrais commissaires ; les autres n'étoient que pour la montre et pour faire nombre. Un septième commissaire, que le cardinal de Noailles n'auroit eu garde de nommer et qui lu fut plus qu'un autre, ctoit le Père Le Tellier.
Ce fut lui qui, du moins au commencement, dirigea la commission. I) ne s'y passa rien qu'on ne l'eût consulté
> Rohm (Anninil-(;a>Lon de), né en 1674, iiiorlen1740.
> BeuMu (Armand Uaiin ie], niort en llîl, i soixBDle-sîi uu.
•' Frère de DesnmreU )e ininislrc, Touduiit Torchevéque d'Aucli, Siint-SimDn raconte l'aoeololG invraisemblable qui suit ; o II |ja!soit M vie i Psrii ni hMd garni et en nAe de chambre, aana ntir penonne iii ouvrir ancuiie lettre qu'il rcgHt, qu'il laiswll ^'amasser eu nuinccaui, A la iin la roi eu las^a, et dit a Dc^nureti |le n>mi«lre| de le renvojer à ton jgliw. L'embirrai Tut d'iiulint plus grand d'entreprendre le ta|ag«. qu'il en étoil depuia aaici longtempa aui emprunta pour riire et aux expfdienta. RefuNl purtoiit uù il t'nilri^!!!*, et pressé sans relûchv, pob secrétaire s'avisa de lui pro|in«er d'allo'iuer cette montagne de lettres et de papiera fermée paur roir i'il ne t'y Irouveroit point quelques lettres de change. Faute de res^urces. il j canteiilil. Le eecrûtairc se mil en besogne, et trouva puur cent cinquante mille livres de lettres de cbanr;r de toute* sortes dedJles. dans I ignorance desquelles il nwuroil de faûn. [1 s'en alla donc, et ne Tut plus en peine de payer ta d<!pciisc. >
* Bisii Henri de Thlard. Fa.dinal de), vi en 1007. mort en 1737. ■ Sillerf [Fablo Brulurt de), tid en 1055, mort en 17t4.
* Beiiier (David-Nicolas de), mort en 1710, 1 soiianle-sept ans.
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303 MÉMOIRES DE L'ABBË LEtiENDRK.
et qu'il n'en eût communiqué à son conseil; nous l'tvons déjà dit, le principal tenant du conseil du Père Le Tellier éloit le Père Doucin. Un autre jésuite, nommé Clavier, quoiqu'il ne méritât pas d'en être, tant il éloit bon homme, y étoit appelé; le Père Le Tellier l'avoit Tait provincial après lui pour continuer à réfi^nter la société sous le nom de son successeur. M. Toumely ' et M. Targuy éloient aussi de ce conseil ; c'éloient deux hommes de mérite, docteurs de Paris; l'un savoit plus de scolasliqne et l'autre plus de positif; l'un avoit du brillant et l'autre plus de solide ; le premier parloit aisément latin et françois, le second pensoit mieux qu'il ne s'expliquoit et moins en btin qu'en françois; Toumely aroit toujours été dans les bons sentiments ; Targuy étoit un néophyte avide et adroit, et qui mettoit son abjuration à un bien haut prix. J'étois aussi de ce conseil, et comme le Père Le Tellier m'estînioit assez bon critique, il m'enlendoit avec plaisir agiter le pour et le contre, et lui développer toutes les faces de raffaire.
La commission traîna près de quatre mois. Ce fut un malheur: si, uu bout de sept ou huitjoiu^ d'examen, les commissaires eussent conclu à recevoir la bulle et à s'en rapporter aux archevêques et évèques du mandement qu'ils avoienl à faire pour la publier, on eût peut-être prévenu les clameurs et le déchaînement dont noue avons été témoins. Ce fracas ignominieux venoit moins de l'aversion du peuple que des cris artilicieus des jansénistes. Je ne sais s'il n'y eut point de la faute du cardinal de Bohan, et si, sans y penser, il ne contribua pas à cet injurieux vacarme, disant au commencement, même de-
■ Tournelf (Hunorê). n£ en 1BS8, morl en 173». H étoit regirilj comme un Au docleun lei plu* habilu de ton lempi.
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LtVHE SIMÊHE. 503
vant lesdamee : m Jesuis entièrement impartial, je pèserai le pour et le eonlre au poids du sanctuaire, je veux rendre juslice; loin de refuser des éclaircissenients,j'en recevrai avec plaisir autant qu'on m'en donnera. » Il oe fut pas à se repentir de discours si peu mesurés i|ui don* nèrent peut-être occasion à un nombre inHui d'ccriU, tendant tous à faire voir que la bulle Unigenitus étoit si répréhensible, que le pape, pour l'avoir donnée, méritoit d'être déposé, parce qu'elle renverse, disoient-ils, le dogme, la morale et la discipline.
Cette bulle n'étoit point née sous une heureuse étoile, et il est étonnant comment on ne prévit pas à Rome, avant de la lâcher pour satisfaire les jésuites, non-seulement qu'elle ne seroit point re^ue avec acclamation, mais qu'infailliblement clic exciteroit de si grands troubles en France et en Flandre qu'on regrettcroil de l'avoir donnée. Les jésuites en avoient été les principaux ou plutôt les uniques solliciteurs; aussi étoîent-ils les seuls à qui la bulle pût être utile, en ce qu'elle senibloil les relever des diiTérentes condamnations qu'ils avoient essuyées depuis quatre-vingts ans sur la morale et sur la discipline. Ne pouvant produire de bien, pouvant au contraire causer Itien du mal, il eût été à souhaiter que jamais elle n'eût paru. Le pape y condauuie cent une propositions, et quoique ces propositions semblent la plupart être tirées dvrËcrilure et des Pères, et que dans leur sens naturel elles ne présentent que des pensées pieuses et chrétieniies, il les condamne comme impies, comme fausses, comme blasphén>atoires, comme séditieuses, comme hé^ rétiques. Qui n'eu eût été eilTrayé? Il y » bien des gens à qui il vnit en pensée que l'on avoit surpris la religion de Sa Sainteté, d'autant plus qu'elle ne marque point en
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504 HÉMOIRES DE L'ABBË LE GENDRE,
quel sens ces propositions tiont mauvaises, et que, n'en qualifiant aucune, elle semble ne rien décider. Cee cent une propositions n'étant point qualifiées chacune en particulier, de quelle utilité la constitution peut-elle être au fidèle le plus soumis pour fixer sa créance sur les contestalions présentes? Comment peut-il former un acte de foi sur l'héréticité de ces propositions, dès qu'il ne peut discerner celles qui sont hérétiques d'avec celles qui ne le sont pas?
(17i4.) Ces réflesions déterminèrent les commissaires, et, quoique le Père ie Tellier insistât toujours pour que la constitution fût reçue purement et simplement, ils arrêtèrent entre eux qu'on dresseroit un mandement ou instruction contenant des eiplications pour adoucir, autant qu'on le pourrait, ce qu'il y avoit d'amer et de trop choquant dans la bulle ; sort bien triste pour une constitution de ne pouvoir être reçue qu'à la faveur d'un commentaire. Cette précaution des commissaires étoit sage et nécessaire, afin de prévenir les esprits contre les libelles séduisants qu'on répandoit de tout cdtc pour faire illusion aux foibles. Plusieurs personnes travaillèrent à cette instruction, entre autrp M. de Targuy et un autre docteur de Paris, dont je ne me rappelle plus le nom, qui étoituttaché à l'archevêque d'Auch. HM. Vivant et Tournely ne firent que la revoir. Le l'ère Le Tellier se la lit lire en ma présence par deux de ses confrères dont la réputation comiiiençoit à poindre. Ces deux jésuites étoientles Pêrea Lallemandet Germond. L'un et l'autre xaluient beaucoup; ou ne pourroil mieux que ces deui théologiens faire I analysé et la critique de la pièce. Quand elles furent finies à peu de chose près, les évâques furent convoqués douze â douze chez le cardinal de Rohan pour
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