‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 13 sur 184 · LIVRE PREttlGR · texte numérisé non relu

LIVRE PREttlGR

Celle confiance imîvorsdlo, <)iii lui faisoit autant d'honitriir que <t(> plaisir, lut nltiroll cantinucllement des aiïairos de toutes sortes, et il avoit besoin de quelqu'un qni les débrouillât et en sût faire un extrait exact, clair, complet, pour que le prélat, sans se donner la peine de creuser une grande affaire, Tût cependant assez instruit pour la fmir à l'amiable, ce qui étoit son inclinatian, ou la juger à la rigueur. Sa maxime étoit de tourner les choses de manière qu'en donnant gain de cause à celui qui avoit raison, son adversaire eût cependant lieu, par quelques endroits, de se consoler d'être vaincu,

Jusques à moi, ç' avoit été M, Chéron qui étoit chargé de ce travail. H étoit officiai de Paris', du moins on l'appetoit ainsi parce qu'il en faisoit les fonctions. Du reste, il n'a jamais eu que des lettres de vice-gérant*. Ce monsieur l'onicial étoit un homme de belle humeur qui aimoit à faire de petits contes, et avoit moins de principes que d'usage et d'expérience. Sa science étoit une routine. Il ne manquoit pas d'esprit, mais d'un esprit borné qui faisoit vanité d'avoir six chevaux ù sou carrosse, un maître dhfttel, un aumônier et le reste d« l'assortiment d'une maison de prélat, ostentation mal entendue qui le faisoit d'autant moins estimer des personnes sages qu'on savoit bien qui il étoit. De porte-croix d'un archevêque de Tours, il étoit devenu, par le crédit de ce prélat, doyen de la catliédrale et officiai du dio-

' Officiai, ccclvsiiisli4ue <\a\ Gicrijail la juridiction conteotiruie d'un £TJi|ue. ibbé, «rchidincre lu c1iD|iitre.

* Uuirc Vofflàal, l'éiêque pouvait Qoir.mer. i l'elftl de rendre la juslice, un luLre ecclé«iB>lique comme vke-géranl ou lieulenint de l'offî-

Do,l,.cdtyGoOglc

96 MÉHOIREIS DE L'A.liDfi LE GENDRE.

cèse; c'est là qu'il avoit appris le train-train de l'of-

licialitc, si j'ose m'exprimer ainsi, qu'il pasaoit pour

si bien savoir que, quoiqu'il fût doyen de Bourges,

M. de Paris le prit pour son officiai. M. Chéron étoit

au moins septuagénaire quand je commençai à le con-

noitre.

Il se tenoit à Varcherécbé deux sortes de bureaux, l'un par extraordinaire et l'autre deux fois la semaine. Dans le premier, un maître des requêtes rapportoil devant M. de Paris qui étoit alors assisté de conseillers d'État ; dans le second, c'ctoit M. Chéron qui faisoit le rapport et M. de Paris n'y avoit pour associé que le Père confesseur du roi. On discutoit dans l'un les grandes afTaîres contentieuses qui y étotent renvoyées par arrêt du conseil d'en haut, et dans l'autre on esaminoit les affaires courantes qui regardoîent la religion, alin d'en rendre compte au roi.

Sur toutes les affaires, H. l'archevêque se faisoit donner un mémoire avant qu'on les rapportât, aiin de mieux en parler quand en venoit l'examen. Il aimoit à briller et se faisoit un plaisir d'effacer, quand il le pouvoit, les conseillers d'Ëtat qui passoient pour les plus habiles. Il n' avoit pas grande peine à eflacer le confesseur ; le Père de La Chaise n'était pas un homme supérieur. Le seul talent qu'on lui connût étoit ce qu'on appelle une conduite de cour. Par là il réussit mieux que s'il avoit eu plus d'esprit; je l'ai ouï dire ainsi à des gens de sa Compagnie. Je ne l'ai pas pratiqué et mal m'en a pris, car pour ne m'en être pas fait comioître, il m'en coûta une abbaye que le roi m'avoit destinée et dont le Père donna le brevet à un abbé Legendre qui est mort à Saint-Lizare, dans la maison de correction. Je parlerai

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