LIVRE PREHIEK
plus au long de celle aventure dans ta siiîte de ces Mémoires.
M. Chéron ne savoit pas écrire; il lui échappoït dans ses écritures, aussi bien que dans la conversation, des quolibets et des expressions populaires, M. l'archeTéque, qui étoit un fort bel esprit, avoit trouvé de mauvais goût les mémoires de l'oflicial dre^és en style de sergent ' ; il préféra tes miens, d'an style net et concis, oà je lui dévetoppois toutes les faces d'une affaire et les moyens de la finir, soit par accommodement, si elle en étoit susceptible, soit par jugement, si elle ne se pouvoit accommoder. Je m'aperçus bientôt que le prélat étoit content, car il me fit continuer ces travaux, et peu après il dit à M. Cbéron de ne plus se donner la peine de tàfe des extraits. Cette dispense fâcha si fort l'ofRctal que, s'en prenante moi qui le remptacois, il ne cessa de me rendre dans l'occasion de mauvais offices.
Il n'étoit pas le seul qui me traversât. Plus j'étois en eommerce avec M. l'arcbevéque, plus les personnes qui avoient {)art à sa confiance en étoicnl inquiètes. Ce c«Hnmerce étoit fréquent, et les suisses recevoient souvent paquets et lettres de ma part. M. de Paris ne m'employoit pas seulement à lui faire des extraits, mais encore à lui rendre compte, et presque toujours par écrit, soit
< Strfeat ou Imiuitr, lous l'iDcien rjgime, c'êliil tout un, ht* exéculeura des ordrea de U jualice n'cUienl cannas mlreroi* que kiu* Ip nom de urgente. Mm qui tient de Ëtreùnt, par corraption teriijetiU, Mrtan((,'il> aonteD e(Tet les nimùlrea,le>serMiit« delà jartice — le nom A'Imiuieri fut dann£ 1 ceui det «ergent» qui jtiient chirgéï dn garder l'Iatiê ou porte du Iribunnl, pendant 1i dC-libûralion de« juges; et comme c'^it 11 un olGce bononble, loua \e> aergenis imbilionnèrent el tiairenl par prendre le titre Shuitliert. On donna dis Ion au> buitaien durgva du aerrice de l'audience k litre à'tiHiuîen andietuifrt, pour les diatinguer des ititrea.
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SS HËHOinES DE l'ABBË LK GENDRE,
des actions publiques qui se faisoient au parlement, aux collèges, à l'Académie, soit de ce que j'avois ap|>ris de curieux et d'intéressant. Je distribuois si bien mon temps que je sudîsois à tout. Je travaillois tout le matin, et les après-dinées j'allois alternalivement endiiTérentes assemblées où se Irouvoicnt des gen» àc lettres, des gens de cour, d'épée, de robe, tous gens de distinction et fort bien instruits. Je ne sais s'il y a un plus délicieux passe-temps que de voltiger ainsi de compagnie en compagnie, pourvu qu'elle soit triée, et d'apprendre exactement à cette source les anecdotes de son temps.
M. de Paris ayant une attention particulière à ce qui se passoit au parlement, je ne manquois guère de me trouver aux harangues, aux mercuriales', aux causes qui faisoient du bruit. Le Palais étoît florissant, et il y avoit alors des gens d'un fort grand mérite dans la grande et la petite robe. J'appelle la |>etite robe les avocats et procureurs qui, dans leurs fonctions, sont subordonnés aui magistrats.
On couroit entendre Pajot plaider une cause d'apparat comme on couroit à Roipc entendre plaider Cicéron. Vaultier, l'avocat le plus décbirant* qui ait peut-être paru au Palais, y attiroit un monde infini, quand prin-
< Uercuriale», ci'r^monïeiquiavaJcDl lieu, dans \e» court touvenlneB. le premier mercredi — de 11 leur noiii — après l'auverlure des ludieufn de la Sainl-HeKin et de Piques, où le préaidenl exhortait tes coiw teillers i rendre scrupuleutemeul li justice, louiit ou bllmaît les luUtï) Dienibres subalternes de la migislrsture, selon qu'il» avaient bien ou mal rempli leurs lanctians. Les mercuriales avaient éU établies par les édita des rois Cbarlei VIII, Louii XII el Henri III.
* C'e>l-l-dire le f\Miatirigue. L'abbf Le Gendre Tait dire 1 Boileaa (dans la coaTerulion d'Anleuil qu'on lira plus loin), f Perse et JuTéoil qui ont été les homme; les plui tf^ArroM* de leurlemi». >
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cipalement it plaidoit une cause grave. Vaillant s'y distingiiort autant par sa hardiesse que par son érudition. Érar<i s'y faisoit estimer par sa retenue et par nn heureax tour qu'il savoit donner à ses causes. On admira longtemps la noble véhémence de Nivelle; c'étoit d'ailleurs un homme des plus négligés dans sa manière de vivre, aimant les plaisirs par inclination et les haïssant par épargne, Duniont, au contraire, ne cherclioit à gagnerqlie pour s'en rassasier; aussi dit-on qu'il se char> geoit indilTéremmentde toutes sortes d'affaires; lenombrc ne l'embarrassoit point, ayant tant de facilité et laiitd'habitude à parler que, quoique le plus souvent il n'eût fait qu'efDeurer les pièces, il plaîdott une cause aussi heureusement que s'il l-'eât étudiée à fond. Sa trop grande dépense fît qu'il ne laissa point de biens. Le célèbre Patni ' en avoit encore moins laissé ; il n*avoit subsisté, les dernières années de sa vie, que des emprunts périodiques qu'il faisoit altemalivement à sept ou huit de ses amis. Il mettoil tant de temps à arrondir ses périodes et à cliàtier ses expressions qu'il ne put être beaucoup employé; il étoit grammairien autant qu'avocat. J'ai ouï dire au Père IJouhours, cet agréable épluctieur de phrases et de mots, qui a tant contrilmé à perrcctionuer notre langue, que l'homme qui la savôit le mieu.\ éloit son amiPatni.
Certains procureurs ne valoient guère moins que les plus célèbres légistes. Il n'y avoit guère d'avocat qui plaidât plus souvent et plus agréablement que le procureur Duplessis, Les juges prcnoicnt un si grand plaisir à
■ Patni (OIUier),Décn lOOt.mort en 16MI. Si célrbtilf d« dépasu gutre le >iècle où il Técut. Piroii diuit déjà ea 175B :
Satfron, m'iae «ujourd'hiii, l'omparle sur P»lru.
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