LIVRE STXifiHE. SIS
sentit en bon italien et s'en souvint dans l'occasion.
Ni les brefs de Sa Sainteté, ni les représentations du nmiee ne firent un bon efTet. Le roi n'avoit pas besoin qu'on réveillât son zèle par de nouvelles exhortations ; jamais prince ne fui mieux intentionné. La réprimande faite aux quarante attiédit quelques-uns d'entre eux ; les menaces faites aux réfractaires n'en effrnyèrent aucun. A l'égard du Père Le Tellier, il ne se rebuta point de la querelle qu'on lui faisoit, et sans marquer d' empressement d'être revêtu de la pourpre, il borna ses désirs à en voir dépouiller le cardinal de Noailles et à voir publier la constitution à Paris. La primatie de Lyon étant reconnue à Paria, je dressai un mémoire pour montrer que la constitution pouvoit y être publiée de l'autorité du primat, après que l'on auroit fait à M. le cardinal les trois sommations préalables. Cette voie étoit canonique et selon nos moeurs. Le roi cependant ne voulut point qu'on s'en servit, de peur, qu'à cette occasion, on ne-v!t dans cette capitale élever autel contre autel et l'arcbevéqne et le primat se faire, par leurs mandements, une guerre peu édilïante aux dépens du repos public. On ne peut dire combien le roi étoit attentif à maintenir la tranquillité de Paris.
Encore bien que le mémoire eit été tenu fort secret, il ne laissa pas de transpirer. On en fut fort alarmé à l'archevêché, et comme on n'y douta plus que c'étoit tout de bon qu'on prenoit de» mesures pour poursuivre le cardinal, il s'y tint un conseil extraordinaire dont le résultat fut que le cardinal d'Estrées et le cardinal de Polignac, amis particuliers du cardinal de Noailles, de sa famille et du parti, oiTriroient leur médiation. Le roi l'accepta, étant bien aise, s'il se pouvoit, que l'affaire
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iinît sans en v«iir ans extrémités. L'intention du car^ dinal n'étoit nullement d'en finir, mais de gagner du temps. Il étoil si peu disposé à recevoir b constitution, qu'au lieu de proscrire et de flétrir les écrits faits posr la combattre, il les louoit mime publiquement et les auhmsoil. Quelles louanges ne donna-t-îl point au livre intitulé Témoignage de la vérUé, ouvrage pemiciaii qui tend à saper la religion par le fondement! Le but de ce libelle est de prouver que les évéques ne sont point les juges de la foi, et que c'est le peuple qui en décide ou par ses acclamations quand il approuve un dogme, ou par l'horreur qu'il en témoigne quand il le rejette : sy» tème fanatique qui a toujours été celui dee hérétiques. Au reste, de longtemps il n'avoit paru de libelle plus séduisant, tant il y a de vivacité et d'imagination ; aussi fut-il extraordinaireinent vanté, couru, applaudi par les gens qui se laissent éblouir au brillaet des expressions.
On l'attribua d'abord à M. Duguet, ci-devant prêtre de l'Oratoire, ensuite au Père Quesnel, puis au Père de La Borde, de la même congrégation, homme de beaucoup d'esprit, à ce que disent ses confrères, en dernier lieu i M. Couet, aujourd'hui chanoine de Paris, alors aspirant à l'être. Je ne puis croire que M. Duguet y ait eu part : on trouve en quantité d'ouvragea qui sont ceitainemeol de lui une pieté tendre, une onction, une douceur, une humilité dont îl n'y a aucune trace dans celui-ci. Les injures dont on y charge les constitulionnaircg sont assex du style du Père Quesnel, homme fougueux et outrageant, qui n'épargne ni papes ni rois, quand sa bile vient à s'enflammer. A l'égard du Père de La Borde, pas si célèbre à beaucoup près que ces deux autres oralo-