‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 143 sur 184 · LIVRE SEPTIËUK. S · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIËUK. S

deux choses : la première, que leo légitimes dévoient avoir la préférenoe ; la seconde, que les légitimés étoient appelés à la couronne après les princes légitimes.

Lothaire, roi de France occidentale, fils de Louis IV, dit d'Outremer, laissa deux fils : un légitime qui fut Louis V. dernier roi de la seconde race, et un bâtard nommé Amoul. Louis mort sans enfants, Amoul,son frère naturel ne se porta point pour héritier, mais laissa au duc de Lorraine, leur oncle paternel et prince du sang légiUme, le soin et la peine de disputer la succession, et, bien loin de le traverser dans ses prétentions, il risqua inutilement sa vie et sa Uberté pour lui procurer la couronne. Quoique, depuis la troisième race, le cas unique où les bâtards sembleroient avoir droit de succéder à la couronne, n« soit point encore arrivé, ils n'ont pas laissé de temps en temps d'en être reconnus capablas. Suger et tligord en sont de bons témoins ; on peut en croire ces deux hommes, aussi irréprochables et aussi bien instruits des coutumes et mœurs de leur temps. Suger, pariant de Louis le Gros et de ses frères naturels, fils de Philippe!" et de Bertrade de Montfort, troisième femme du comte d'Anjou, dit que, • si Louis fût venu à manquer, un de ses frères lui eût succédé. » Rigord, histonen de Philippe Auguste, dit que ce prince eut deux fils : l'un légitime, qui fut Louis VIII, et un bâtard nommé Philippe, qui fut légitimé par Innocent III et déclaré habile à h^ riter du roi son père, déclaration contre laquelle les ondes et les cousins du roi et même la nation entière se seroienl sans doute élevés si l'usage n'edt été alors aussi favorable aux bâtards que la prévention leur a été contraire dans les derniers temps.

Qu'a fait Louis \IV pour ses deux fils légitimés? Les

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334 HËMOtRES l)E L'ABBÉ LE GENURK.

ayant «Toués pour être de son sang et sachant que selon l'usage et l'esprit de la nation, U!>age qui n'a été ni révoqué par les états ni détruit par un autre usage, les fils du roi légitimés ponrroient Tcnir à la couronne, il y a appelé les siens après les princes légitimes. En quoi at-il en cela excédé son pouvoir? Si ce qu'il a Fait a paru eilraordinairc, c'est que le grog du monde, peu instosit do ce qui s'est passé dans les dilTéreuts temps de la monarchie, s'est accoutumé peu à peu à croire qu'il en devoît être de la succession des rois comme de celle des particuliers, et à conclure conséquemment que, puisque selon la loi les bâtards des particuliers sont privés de toute espérance de succéder à leurs parents, ceux des rois le doivent être aussi. S'il est du bien de l'Ëtat que les bâtards des particuliers ne puissent hériter de leurs pères qui, sans cela, ne se marieroient point, ne peut-on pas dire au contraire que ce seroit un bien pour l'État que les (ils naturels des rois pussent succéder à la couronne, après les princes légitimes, pour prévenir les guerres cruelles qu'exciteroicnt dans le royaume la jalousie des grands et le schisme de la nation, si elle vc- Doit à ne se point accorder sur l'élection d'un nouveau roiî

Plein de ce sujet, je dressai un mémoire et, pour en faire usage, j'écrivis un billet à M. le duc du Maine, qui me donna au lendemain. Ce prince fut agréablement surpris de voir un homme de lettres, qui ne tenoît à lui par aucun endroit, venir, sans vue d'intérêt, de si bonne grflce à son secours. 11 en avoit besoin, parce que sa cause jusque-là n'avoit été défendue que par des exceptions et des fins de non-recevoir, moyens de Palais où souvent la forme décide, mais qui ne sont guère du goût

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du public, et d'aucune considération en des causes majeures, lesquelles ne se jujjenl ordinairement que par le mérite du fond. Le Régent avoit dit qu'avant de décider on prendroit l'avÎH des notables de tous les ordres du royaume.

X cette première entrevue avec M. le duc du Maine, il me paria de beaucoup de choses et peu de son afTaire, car il ne s'en mètoil que pour la solliciter, se reposant de tout le reste sur ta duchesse son épouse. C'étoit elle qui présidoit aux écritures, du moins sa passion étoit qu'on le crût. Cette princesse avoit de l'esprit et croyoit en avoir beaucoup plus que toutes les femmes et bien autant que tous les hommes. Ne pouvant régner à la cour, où son genre d'esprit n'étoit point goùlé, elle s'étoit fait un petit royaume chez elle; die y vivoit en reine, nageant dans le bien qu'elle prodiguoît volontiers ; ayant un peuple de domestiques, et le duc son mari pour premier sujet; ayant tous les jours à la ville ou à la campagne, alternativement, comédie, musique ou concerts; ayant un entourage de femmes et d hommes d'élite; donnant à sa petite cour tous les jours de nouveaux plaisirs, et au public de temps en temps des fêtes d'une dépense énorme, bals, spectacles, illuminations. Celte vie délicieuse dura jusqu'au procès. Avec le procès vinrent les alarmes, les chagrins, les inqui^udes, de manière que la duchesse ne fut plus occupée que de son procès. Celte affaire ne la regardoit que par rapport à sou mari, et aux deux princes leurs enfants ; elle personnellement n'y avoit aucun intérêt, étant née princesse légitime du sang Bourbon-Condé.

La première fois que j'eus l'honneur de lui rendre mes respects, elle s'écria : a Quel bonheur qu'un honnête

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356 MÉNOIRES DE L'ABBË LE GENDRE,

homme comme vous, que nous ne connoissions point, vienne de lui-même nous aider à défendre une si bonne cause! Votre écril fait bien voir que vous savez à fond l'histoire de France, et ces messieurs avouent qu'ils ne la savent pas i beaucoup près aussi exactement que vous. > Elle avott alors avec elle ses trois ministres, je veux dire ses trois confidents : M. le cardinal de Polignac, M. de Malézieu *, chancelier de Dombes % et un M. d'Anisar, avocat général au parlement de Toulouse. Celui-ci savoit son palais et rien davantage. Halézieu savoit en Gascon, c'est-à-dire qu'il savoit peu et vouloitparoitre tout savoir. Pour le cardinal de Polignac, de qui n'esl-il pas connu? Il a extrêmement d'esprit. Faute d'avoir autant de flegme, il n'a pas réussi dans ses négociations. C'est un bel esprit plus qu'un bon esprit, esprit de ruelles plus que d'affaires, esprit cultivé : il sait les plus beaux uidroits des portes et des orateurs, et pour briller, il les cite volontiers. Cette démangeaison lui attira, à Gertruydenberg, un sarcasme piquant de la part des plénipotentiaires de UoUande : a Ah! ah! s'écrièrent-ils, que FOUS avez de belles humanités I Comment ne seriez-vous pas un grand politique, possédant aussi bien Lucrèce et Horace? d

Quand je lus mon écrit en présence de ces aristarques, il fut épilogue en cinq ou six endroits où il ne méritoit point de l'être. La duchesse et eux se récrièrent contre mon système, qui consistoit à dire, en ce qui regarde la succession à la couronne : « N'y ayant point de loi écrite,

• Hiléiieu(Hicolis<le).néenie50, morl en 1737. Il tut ile l'indémie [nmçitsc et de l'Acid^mie des Bciencea,

■ Le dutaeeUer de Domba i\ûi le chef de li juiliœ (bu la ^naàpiulé louveraiiie de Dombes, qui npptneatil alon tu duc du liiine.

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