LIVRE HUITIÈME
Hm lUiMDt »h lo> mnlmaui da Kailly, de Biuy et deFIenrj. — (««wilasldliMMtitae. -- le »iiisBniplo)ii en pliuieurs ilbim pur ordre du loi. — ConimbiiontdB la Victoire pcèi deljenlitide l'HMel-Dieu de Pari) ; de It Hsrci; d> Stint-Victor de Ntrscille; d» Corilelier». — Né||iKiiiiiDn pour le i^conei- Uation du cardipil de Noiilieï iveD Le pape. — Caractère d'Iimoceat XII], —
cardiDBl. — Blorl du n^genl et du cerdinnl Dubois. — Le ftrdinal de Noaill» tombe en enrgice et iMurl. — Ce qu'il ttoU de bon. — Soo peu de nt^iu.
La mort de M. de Hailly me donna occasion de lier plus élroitemenl avec M. le cardinal de Bissy et avec M. de Fleury, ancien évëque de Fréjus, alors précepteur du rot, aujourd'hui cardinal et premier ministre. L'un et l'autre méritoient l'attachement d'un honnête bomiqe. Esl-il un meilleur seigneur que le cardinal de Bissy, plus gracii^ux et, plus obligeant, mieux réglé dans ses mœurs et dans sa conduite, vivant honorablement, sans faste et sans dettes, sans diminuer de ses aumftnes, toujours au-dessus de ses affaires quelijue dépense qu'il fasse? Prélat savant et laborieux , combien a-t-îl écrit contre le jansénisme et pour ta constitution! Le public rend moins de justice à ses écrits qu'à sa vert»; ses écrits cependant n'ont pas laissé de lui aider à faire son chemin, et quel chemin I D'être devenu cardinal et abbé de Saint-Germain des Prés. Je ne puis assez louer les grandes qualités de M. le cardinal de Fleury. J'en par-
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lerai ailleurs eii plus d'un endroit; aujourd'hni même qu'à toute heure il esl assiégé d'importuns, il n'en est pas moins accueillant qu'il ne l'étoil avant son élcvatioa.
L'un et l'autre m'honoroient de leur amitié ; j'étois de leur goût, et ils auroient été bien aises que j'eusse été employé dans le conseil ecclésiastique. Ce conseil étoitcomposédu roi, qui s'y ennuyoit, duRégent, qui y présidoit, du cardinal de Roban, du cardinal de Bissy, du cardinal de Gesvres, qui s'y est trouvé quatre ou cinq fois et depuis n'y a plus été, de M. de Fleury, ancien évéquc de Fréjus,etdeH. de Tressan', alors évéque de Nantes, aujourd'hui archevêque de Rouen ; il étoil premier aumônier du Régent et de tout temps son confident. H ne manquoit à ce conseil ipi'un homme rompu dans les aflaires, qui les y rapportât après les avoir éclaircies. J'eusse fort souhaité être cet homme; l'emploi étoit très-désirable; MM. de Bissy et de Heruy m'y croyoient propre. Ce projet échoua par l'oiTre que ht M. de Tressan de se charger de ce travail. Le Régent, pour lui en épargner ta peine, r^la que chaque prélat qui avoit entrée au conseil y rendroit c(Mnpte des affaires qu'on lui auroit mises entre les mains. Je ne laissai pas cependant d'être employé par le conseil à diverses commissions, comme on va voir.
Depuis la régence, c'étoiti ce conseil qu'on portoit les grandes affaires du clergé, soit séculier, soit régulier ; affaires épineuses et d'une discussion le plus souvent » difficile, que ceux qui nagent dans le plaisir, comme font les riches prélats, ont de la répugnance à y donner leur
< Quinil l'abbé Dubobeut obtenu l'archecfiché de Cambnj, ce fui H. de TrEOtn, nlonéT^o de Nantea. qui donna i Dnboii le HHiA-diKDiat. le diMonil et la prélriie. Il lui donni toua ce> onkea ■ dans la miae mcae basse, qu'il c^l^bri «x/ra lempara. > {Siiot-bimon.} II fui liauafeoÊi de it amiiilaisance par l'arcbaTédil de Houcd.
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temps. Aussi, dansles commissions d'éclat, outre les chefs de la coinmisHion, qui sont ordinairement des personnes de rang et de nom, il y a toujours un commissaire de second ordre qui débrouille la beso^^ne et a toute la peine.
Quand ce commissaire travailleur est homme sage el éclairé, il seroit à souhaiter qu'il fût seul, les alTaires en iroient bien mieux ; les commissaires d'honneur ne servent souvent qu'à les gftl£r, soit que par Taoité ils veuillent y mettre la main, soît que par jalousie, ce qui arrive presque toujours, ils s'attachent à Tatiguer le commissaire travailleur en choses qui intéressent peu le public ou qu'il est à propos de terminer à petit bruit. On ne nomme ordinairement qu'un commissaire du second ordre. Que n'en use-t-on de même à l'égard des affaires plus importantes?
J'allai seul à Senlis, par ordre du roi, seconder (es bonnes intentions de l'évâque. C'étoit alors M. Trudaine, prélat de mérite et galant homine. Il avoit demandé des secours pour réduire, s'il éloit possible, les religieux de la Victoire, abbaye magnifique, du moins pour l'église, à une demi-ti<!ue de Seiilis. Ces religieux, soi-disant chanoines réguliers, u'étoient religieux en rien; ils eussent eu honte de le paroîlre, et le plus grand chagrin qu'on eût pu leur faire eût été de les appeler Pères. C'étoient des mondains qui ne songeoient qu'à se divertir. L'ofBce avoit cessé; ils ne chantoient ni messe ni vêpres; il n'y Dvoit parmi eux quasi point de subordination, nulle observance ; chacun vivoil à sa manière, et la règle de cette maison étoitde n'y en point avoir. LesévêquesdeSenlis, qui en sont les supérieurs, avoient en vain plus d'une fois tenté d'y remettre l'ordre. Je ne m'eiïrayai point de ce qu'on m'en disoit et de ce que je voyois. Je trouvai les au-
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ùens ancrés dan^ la mollesse et dans le relâchement, et les jeunes fort déterminés à suivre l'exemple des anciens. Je neme rebutai point, et, sachant par expérience qu'avec de bonnes manières on vient â bout des bien de dioses, je comblai d'honnêtetés les uns et les autres. Quelquesuns y furent sensibles et sembloient disposés à entendre raison ; d fut un temps que j'espérai ; je me trompois. Quand je vins a leur proposer des statuts que j'avois dressés, statuts tempérés et qui n'avoient rien de gênant, tous se cabrèrent, et, voyant que c'étoit tout de bon qu'on vouloit les assujettir à mener une vie réglée, ils intéressèrent leursfamilles à les affranchir de ce joug. Les familles sont bien aises qu'il y ait de ces sortes de maisons où les fils qu'ils y mettent, vivant sans gène et sans contrainte, se consolent plus aiséinentde ce qu'on les a faits moines. Il n'y avoit point de gens de nom à la Victoire : c'étoit bourgeoisie, mais bonne bourgeoisie, la .plupart étant parents ou alliés de gens en place ou en crédit. Ils trouvèrent de la protection, de sorte qu'à force de promettre que d'eoï-mémes ils se porteroient au bien, sans qu'on leur imposât de règles, ils parvinrent enfin à faire suspendre la commission. Ce fut un grand mal, et qui a si fort augmente depuis que, n'y ayant plus de remède, on a été contraintdeles disperser et de penser sérieusement à changer l'état de cette maison. C'est bien dommage qu'une si belle église, qui éloit autrefois un sanctuaire et un lieu de dévotion où on vcnoit de toutes parts, soit aujourd'hui déserte, par la prévention que l'on a toujours du peu de vertu des religieux qui la desservent. Si un jour elle est desservie par un clergé qui édifie, il y a lieu d'espérer qu'elle recouvrera son ancienne splendeur. (1724 et années suivantes.) Tandis que j'étois à réfor-
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irivr cette maison, à quoi je ne réussis point, c viens de le dire, je Tus nommé par le coiist'il pour eoiinoitre, de la part du roi,desdilTcrends qu'il yavoitentre les n'Iigictiscd de l'Ilôtel-Dieu de Paris; dilTérends que l'on regardoit comme une alTaire capitale, en ce que ces leligieuses, lout occupées de leurs querelles, négligeoiciit si fort le service, que les malades y mouroient en l'oule faule d'être soignés. Celle commission ne scmbloît guère convenir à un chanoine de Notre-Dame, et moins à moi <|u'à tout autre. Le dinpitrc, qui a sur ces S\\vs toute juridiction depuis leur établissement, voyoit avec douleur pour la première fois que le roi se mêlât de ce qui les regarde. Les troubles qui étoient parmi ces religieuses ne venolent que des changements que trois ou quatre chanoines du chapitre avoient mal à propos introduits dans cette maison. Ces cliangemenls et leurs auteurs étoient autorises par M. le cardinal de Noaillcs et par des premiers, magistrats. Comment, dans ces conjonctures, accepter une commission qui me mettoit aux prises avec mon archevêque, avec ma compagnie, avec ceux de nos conrrères qui m' étoient les plus opposés, enliii avec les premiers mafçislrats".'
Je fis ce (jue je pus pour n'être pas chargé de cette commission, mais on n'eut point d'égard à mes représentations, i) falhit obéir, et je fus si peu écouté que, lorsque je pi-oposai de faire une honaêleté au cardinal et au chapitre avant d'ouvrir la commission, j'eus ordre de m'en abstenir. Oh vouloit les mortifier : le chapitre, parce qu'il s'éloil trop dévoué aux volontés du cardinal; le cardinal, parce que, loin de se rapprocher et d'entrer dans les voies de conciliation, comme depuis ruccuiiiinudement il y avoit lieu de l'espérer, il afrectoit de plus en
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plus de paroitre n'être changé en rien. Il fut vivenieul piqué de voir, sous st's yeux, établir à sa porte, et saii-s lui eu avoir parlé, une comrnistiion qui lui êtoit désagréable et de la voir exécuter par un chanoine qu'il n'aimoit pas. Cette bravade, c'est ainsi qu'il s'en expliquoit. lui tenoit tellement à cœur qu'il s'en plai^it publiquemt^nt et que, lorsque, trois ans après, devenu plus docile, il commença à écouter les bouiics raisons qui l'cngai^eotent à recevoir la bulle sans restriclion ni relation, il demanda, avant toutes choses, qu'on révoquât ma commission.
Tant que les religieuses de l'HAtel-Dieu, qui sont plus Marthes que Madeleines, car étant hospitalières, leur dévotion est une dévotion pratique, tant que ces religieuses n'ontdonnéleur temps etieurs soins qu'à être exactes daus leurs devoirs, elles ont été en paix, s'aimant, s' estimant, se soulageant les unes les autres, ne s' occupant qu a bien remplir leursobservanceset qu'à bien servir les ma1adi%. Cette concorde a duré longtemps, et n'a malheureusement cessé que depuis que les jeunes principalement et quelques-unes des anciennes, qui se ptquoJent de bel esprit, se sont coirrées des nouveautés. Il y avoit longtemps que le parti aspiroit à s'emparer de l'Hôlel-Dieu ; il ne pou* voit faire une plus importante conquête, puisqu'en imbibant de ses dogmes et de ses maximes les religieuses qui le desservent, les ecclésiastiques qui y administrent les sacrements et trois à quatre mille malades qu il y a ordinairement, c'étoit une occasion de faire sans bruit et sans peine une infinité de prosélytes. Le parti inutilement avoit tente cette conquête sousies derniers potilificats ; il étoit résené à M. de Nouilles que ce fât sous le sien. Ce sont les beaui JDUi-s du |>arti que ceux où cette conquête se fit. U: cha-
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pitre de Paris, supérieur spirituel de cette luaisuu, y concourut par complaisance en ne réprimant point le fauj iièle et la hardiesse de cinq du sis chanoines qui y dog- Niatisuient, ot <{iit impunément y répandoicnt à pleines mains les ouvrages des jansénistes, des vaudevilles-satires (!t même des chansons contre la bulle Uiiigenitus .
Les jeunes rehgicuses, [lar amour pour la nouveauté, et d'autres qui se piquoient d'esprit pour se donner un air de savantes, se livrèrent indiscrètement à ces nouveaux évangélistes, avec d'autant moins de peine que, quoiqu'ils ne paHent que de réformes et de saintes rigueurs des premiers siècles de l'Église, ils ne manquent point de tempérer et d'humaniser leur morale, selon qu'il convient de le faire pour attirer tes gens à eux : nous en verrons bientôt des preuves. Ces nouveautés mirent le trouble parmi les religieuses de celte maison. Le plus grand nombre ne donnant point dans les nouveautés, le trouble en augmenta, parce que les religieuses bel esprit, orgueilleuses du mérite qu'elles croyoient avoir et du crédit de leurs oracles, traitoienl les autres religieuses qui n'ctoient point de leur cabale, même les plus vénérables par leur àgc et par leur vertu, avec un fort grand mépris. Une autre occasion de trouble, c'est que les précieuses, j'entends celles qui se piquoient de bc) esprit, occupées qu'elles étoient à écrire des lettres et à recevoir des visites, négligeant beaucoup le service, les autres sœurs se trouvoienl surchargées d'ouvrage. Celles-ci eurent beau se plaindre, elles ne furent écoutées ni au chapitre de Paris, qui étoit alors dominé par les chanoines dogmatiseurs , ni à l'arcbevéclié, qui étoit prévenu contre elles. Elles eureut lunglecnps à aoulTrir, elles se continrent nëan-
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moins pour le bien de la paix, et elles ne perdireiil patience que lorsqu'on leur présenta de nou\cl!es couslilutions.
Cette nouvelle règle s' étant faite à leur insu cl ayant été approuvée par le chapitre de Paris sans qu'elles eussent élé sur cela ni appelées ni entendues, l'indignaliun qu'elles en conçurent les fil enlîn revenir de ta léthargie où elles étoient, de sorte qu'ayant repris courage et n'espérant plus du ctiapitre ni grâce ni justice, elles firent mettre entre les mains de M. le cardinal deBissy, pour la rapporter au Conseil, une requête signée de cinquante qui supplioient Sa Majesté de vouloir leur donner un commissaire pour les enlemlre. Dans le moment qu'où ■ne remit cette enquête, je lus frappé en voyant que les signatures étoîeiit toutes de la luénie niuin ; M. de Bissy en fut surpris et indigné quand je te lui lis remarquer. Il n'y avoit pas pris garde. Nous convînmes de tenir la chose secrète, cependant qu'il feroît une vive réprimande au docteur Gaillaud, qui de ta part des religieuses lui avoit présenté la requête. Ce docteur s'est fait un nom à bon marché, par un zèle brûlant pour la buHe Viiigenitus, beaucoupplus que par sa capacité. Il est, du matin au soir, par voies el par chemins, pour fureter et pour ramasser, par lui et par ses espions, tout ce qui se dît cl tout ce qui se fait sur les choses du temps, il n'a rien perdu à se faire colporteur de la conslitutiun ; par là, il a vn les entrées chcK les ministres, chez les prélats, et de plus, cela lui a valu deux bous bénéfices eu Bretagne que le nonce lui a fait doiuier dans les mois du pape'.
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Il nous protesta (|u'il n'avoit eu aucune part à la fausseté des signatures, et il en rejeta toute la faute sur la Mère de r Ange-Gardien, fille hardie et intrigante qui, profitant des conjonctures, songeoit à devenir supérieure de cette maison par raulorlté de la cour. Je l'euipéchai d'aller plus loin, estimant que cette lille étoit plus propre à mettre le feu que la paix. Elle ne s'effraya point du reproche qu'on hii fit, et dit naturellement : a 11 est vrai, sur la parole de nos sœurs, j'ai signé pour elles; mais je ne crains point qu'elles me dédisent. ■ En effet, elle m'envoya,deux jours après, la requête nouvellement transcrite et véritablement signée de plus de cinquante religieuses.
Muni de cette pièce, j'allai à l'Hdtel-Dieu recevoir la déposition des religieuses professes au sujet de leurs divisions; c'est à quoi ma commission étoit bornée. Je les entendis toutes, au nombre de quatre-vingt-treize, chacune en particulier selon son rang de réception. Je les écoutois sans mot dire, et si de fois à autre je les interrogeois, c' étoit sobrement, et jamais sur quoi que ce soit qui fût étranger à la commission. Je ne pouvois trop m'ohserver avec des filles alarmées. A mesure qu'elles se présentoîent : « Ma soeur, disois-je, écrivez vous-même votre déposition, d El comme elles voulurent toutes que ce fût moi qui l'écrivisse, j'avois la précaution de la leur faire lire avant qu'elles la signassent, afin qu'on ne [lût'pas dire ni que j'y eusse rien ajouté ni que j'en eusse rien retranché. Mon impartialité et le bon accueil que je faisois aux unes comme aux antres les pré-
n'ét*î»nl pM soumôes *u coiiconlit, Idles que U BreUgne, U
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vint, dès le premi(>r jour, si favorablemenl, que, sans distinction de parti, elles prirent confinnce en moi. Une (les précicuces, nommée la sœur Théodore, qui paitsoil |)our la plus mutine, me dit le second jour en me reconduisant : « On nous avoil bien dit que vous étiez un hiimme intègre ; on voit que vous y allez de bonne Toi tA que vous n'avez d'autre dessein que de Taire le bien. »
Selon soixante-deux filles, le trouble qui étoit panni elles venoit originairement de ce que quatre ou cinq chanoines, sans ordre, sans permission, s'étoienl d'euxmêmes cantonnés depuis quelque temps à } Hdld-Dicu. Cliacun de ces messieurs s'y étoit fait un petit troupeau qu'il conduisoit à sa manière ; chacun y tenoit les assises; ils y ctoient d'autant plus les maitres que ce sont de ces gens qui ne doutent de rien, et à qui l'esprit du parti dont ils étoient grands zélateurs donnoil la hardiesse de tout oser, et que d'ailleurs ils étoient avoués par M. l'archevêque, premier administrateur- né de la maison, et par M. Joly de Fleury, procureur général, qui se mêloit volontiers du spirituel de l'Hôtel-Dieu autant que du temporel. Les visiteurs, ipielque chagrin qu'iU eussent de voir faire leurs fonctions sous leurs yeux, à leur barbe, à toute heure, à tout moment, par ers missionnaires sans mission, n'eussent eu garde de s'y opposer, tant pour ne se point commettre avec des hommes pélulaui^, impétueux et accrédités, que dans la crainte de déplaire aux pui^ssances qui les soulenoient. On appelle visiteurs trois de messieurs du chapitre qui ont, en son nom, la direction de l'Uôtel-Dieu en ee qui regarde le spirituel.
M. de Gontaul, doyen de Parts et en cette qualité le premier visiteur-né, osoit moins se plaindre qu'un
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autre, parce qu'on l'accusoit d'avoir eu des galanterifs avec une jeune religieuse et d'avoir pris assez souvent des libertés avec bien d'autres ; dos preuves, il n'y en avoil point ; pour le bruit, il étoit si grand et le soupçon sï violent que vingt-neuf religieuses, jalouses de leur honneur et de celui de leur maison, me requirent espressémeot qu'il lui fût ordonné de ne plus y mettre le pied. Autre chose qui augmenta la division est que M. de Gontaut, avec plus de hauteur que de prudence, avoit nommé pour supérieure une religieuse de ses amies, qui n'avnit eu que quinze voix, au préjudice d'une rivale qui en avoit eu soiiante-dix . Ce coup d'autorité retomba sur lui et acheva de l'atterrer. Les religieuses, les ecclésiastiques, les administrateurs crièrent tous à l'injustice. M. de Gontaut soutenoit n'en avoir point Tait; Il eut beau dire pour sa défense que les constitutions donnent pouvoir aux visiteurs de choisir entre les professes, sans avoir égard à la pluralité des voix, celles qu'ils croient le plus convenir à être prieure et sousprieure, il fut blâmé de bien du monde, et ce qu'il alléguoit servit moins à le justitier qu'à suggérer au précieuses la malheureuse idée de toucher aux constilutions'. Les gens qui étoient au guet pour tout changer à l'Hôtel-Dieu, j'entends les chanoines qui s'en étoient rendus les maîtres, excités par ces filles et par la démangeaison qu'ils avoient pour les nouveautés, se saisirent de cette occasion pour décrier publiquement les anciennes constitutions et pour en faire de nouvelles. Le chapitre, esclave des volontés d'autrui, quelque suite lîcheuse que dût avoir cette entreprise, ne laissa pas
< Aui TéfilMnenti de la coiDmuiuuU.
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il'y applaudir, et M. Joly de Fleury, procureur général, qui y étoit entré pour beaucoup, se chargea avec plaisir de faire homologuer ce nouveau code au parlement.
C'est l'époque des plus grands trouhlos qui agitèrent rUftlel-Dieu et qui étoient prêts d'éclater lorsque, par ordre du roi, j'allai entendre les religieu^^es. Douze me déclarèrent qu'elles ne prenoîenl point de parti ; qu'elles recevroient avec respect telles constitutions qu'il plairoit au roi leur donner; qu'elles honoroient les anciennes et ne blâmoient point les nouvelles. Soixante des plus vénérables, entre antres la prieure et la sousprieure, abhorroient, le mot n'est pas trop fort, les nouvelles constitutions et redemandoient les anciennes avec une vivacité que je ne sanrois exprimer, disant que, si on ne les leur rendoit, il n'y auroit jamais parmi elles ni union ni repos. Vingt autres, au contraire, partie jeunes, partie âgées, témoignolent un si grand mépris pour les anciennes constitutions et tant de passion pour les nouvelles, qu'il me semliloit conjmc impossible de faire revenir ces filles de l'antipathie qu'elles avoient pour les premières. J'envoyai sur cela un mémoire au Conseil, et comme en général les constitutions, soit anciennes, soit nouvelles, étoient la pièce de scandale, le Régent décida que j'eiaminerois les unes et les autres, afin que, sut mon avis, on vit plus aisément ce qui! y auroit de miens à fairi' pour remettre le calme et la paix dans celle maison.
Ce n'étoit pas chose aisée que d'éplucher exactement et que de comparer deux manuscrits in-folio, chacun de cinq à six cents pages. Aussi, à la lin, je me trouvai si rebuté que je fus obligé de prendre haleine un jour ou deux, pour en mieux dresser mon mémoire sur ce qui rè-
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