LIVRE HUlTlfiHE
troubles recommencèrent, la congrégation Tut en combustion autant que jamais, de sorte que sa destruction paroissoit comme Inévitable si la cour n'y eût mis la main.
J'entendis les religieux l*un après l'autre, puis je les rassemblai autant de fois qu'il le fallut pour constater en leur présence contradictoireroent ce qu'ib avoient articulé dans leurs dépositions : c'est bien assurément In meilleure méthode ou plutdt la seule d'éclaircir la vérité et d'en être pleinement instruit. Que ne souffrit point dans ces assemblées le Père qui, étant en place, avoit commandé à la baguette? Avec quelle vivacité les religieux luireprocHèrent-ils, lesuns son orgueiUeus gouvernement, les autres sa faim canine pour l'argent I Quelque chose de plus grave : il fut accusé d'avoirplus d'une fois détourné le fonds des captifs et'de l'avoir, à son profit, donné k gros intérêts à des gens d'affaires qu'il confessoit. Il se défendit mal, de sorte que, persuadé comme je le fus qn'il étoit plus ou moins en faute, je le disposai i prévenir nn jugement et k s'exécuter hii-méme. Il prît ce parti et, sons le pieux préte:f te de se donner h Dieu plus particulièrement et de se débarrasser des soins du gouvernement, il renonça par acte à la voix active et
Cet ostracisme remit le calme dans la congr^tion. Les règlements que je dressai y rétablirent heureusement non-seulement la discipline, mais encore l'éronomie la plus exacte dans l'administration du bien des captifs. Lps aumânes que font les fidèles pour racheter les chrétiens qiii sont esclaves en Barbarie, objet principal de la rcli-
< Ccat-l-dire 1 la ficnlti it'^ire oa d'MrcJla.
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5M MÉMOIRES DE L'ABBfi LE GENDRE,
gion de la Merci, sont un dépM sacré auquel, selon les règles de l'ordre, on ne sauroil toucher sans se rendre infiniment coupable. Par l'arrêt du conseil d'en haut, donné confomiément à mon nvissur celte grande afEaire, ayant été nommé, pour veiller à l'exécution, convnis- Bsire de la part du roi dans cette congrégation, j'ai eu la consolation, depuis huit ans que je le suis, d'y voir régner la paix et d'y voir le bien des captifs si sagement administré qne le public, qui le sait et qui en est content, nous a fourni suffisamment de quoi faire, en 1 729, une rédemption honorable de près de cinquante esclaves', et, en i 751 , d'en entreprendre une seconde pour rachder plus de cent François qui sont dans les fers à Maroc.
A cette commission en succéda une autre où je fns associé avec l'abbé Bignon ', aujourd'hui doyen du Conseil, pour travailler sous les yeux de M. le garde des sceaux d'Armenonville *, qui faisoit alors les fonctions de chancelier, à séculariser la célèbre abbaye de Saint-Victor de Marseille. Ces messieurs étoient deux hommes de grand mérite, qui avoient une belle Ame et un bon esprit, esprit juste, pénétrant, aisé, tous deux grands juges sans avoir hanté le barreau et sans être jurisconsultes ; ils
' ( Lundi 18 [juillet 1139), marill et mercredi, il j i ea dins loui l«i (|uartien de Paria une bineuee procession de< reliicieui de ti Verei, avec le* ciptih qu'iU ont ncbel^ et ramené* d'Alger. Ua étiûent ta dobibra de quaranle^ii, et (parmi) il j aïoit im capiuiue de nineKi «i un religieui de la Kerci, Ils n'unt pas lalud que du Taira bien de l'arfrent danila tour de la proeeation. > (Jeunal de l'itocat Barbier.)
* Bignon (Jean-Paul), né en 1662, nurt eo 1743. Il fut abbi de Stiol- Quentin-en-1'lle, dojen de l'fgliae royale et collégiale de Saint-Gennain l'Auzerraii, conaeiller d'Ëlal ordinaire et doyen duConMil, bibliothécaire duroi, l'un dea quarante de rAcadinùe rnuigtin et membre hoDonite de l'Académie dei leiences et de celle dei bellet-leUra). Pelil-rili de l'avocat général JérAme Bignon.
' Armeponnlle (JoaepWetn-Baptiile Flaorian (ï), mort en IIM.
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