‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 17 sur 184 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

soil, le public devroit lui (trc obligé d'avoir entrepris et terminé un si grand travail.

L'auteur de ce dictionnaire était l'abbc Furetière', jadis procureur fiscal* de l'abbaye Saint-Germain deit Prés, avant que cette justice fût réunie au Châtelet. Cet abbé, homme de palais au moins autant qu'homme àa lettres, étoit plus propre, à ce qu'on disoit, quoiqu'il tùi de l'Académie, à faire une pièce d'écrilvres (c'est ainsi qu'on parle au Palais) ^, qu'à faire une pièce d'éloquence. J'ai toujours été persuadé que son second factum, qui en ce genre est un chef-d'œuvre, n'étoit pas de lui, quant à la fomie du moins. 11 est écrit avec une pureté, un jfoùl eL une élégance qu'on ne rencontre j>as dans ses autres écrits.

Le dictionnaire achevé, Furetière offrit à ses confrères de le faire paroître sous le nom de l'Académie. Rien n'eût été plus généreux si l'offre avoit été sincère. J'ai ouï dire à l'abbé de La Chambre' et à quelques autres qui le savoient de Furetière lui-même, que si on l'eiU pris au'mot, il n'étoit point embarrassé, en se faisant liniineur de ses ofTres, d'en éluder l'exécution. Aussi ses

■ Furelièn: (Ant.>ii>e). né à Piria en lUSO, mort on 1688.

' Le frocureiiT fiteat était un oflicier élJihU ytr le fcigneur Imul- JD^idrr, pour ilipuler sca intérêt* dini aa juiticc, el y Tiire toute» loi rooctioas ilu miniitère public. On i'nppeluit fiical porte que les icii;iieun hauL-jutticiera itaicnl le droit do use, c'o!t.<i-dire ilc conlifCiilion ■ leur profit, et que leur procureur veillait i h conterrilian de leur Gk et dotnaiDC.

' Cet ïinsi qu'on y parln encore niijourJ'tiui. Li procijJurc cîiilc d'I présent, calquée ou 1 peu prés «nr celle du ChlIeH, abonde en éerilura, telles que : acia iiKcuper, aeenin, reqiUUi grouot^tM, qualiUi, taulea choaes lemi-barlnTes dont le plaideur Ignore la iignificalion mais non te prix.

* La Chambre (Pierre Cureau de) , Ou a de lui ud recueil de panégyriques et oraiiont funèbres. Paria, t68S.

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U MËHOIRËS DE L'ABBÉ LE GENDKK.

confrères qui s'en douloient, bien loin d'mxeptw son ofl're, ta regardèrent comme un reproche qu'il faisoil à l'Académie de n'avoir pu venir à bout de faire, en corps, un dictionnaire, quoiqu'elle y travaillât depuis près de cinquante ans. Furetière cependant ayant surpris une permission de faire imprimer le sien, les ctioses s'aigrirent de part et d'autre à ne plus garder de mesure. Ceux de ses confrères qui lui étoicnt le plus opposés se pourvurent contre le privilège d'imprimer. Il s'en falloil de beaucoup que tous les acndémicieus fussent parties en ce procès ; les plus distingues par le rang ou par le iné rite n'y prcnoient part que pour en rire ; tels ètoient les prélats et autres personnes respectables qui, pour faire honneur à l'Académie, souffrent d'en être; tels étoienï Racine et Boilean qui, ayant un grand nom, n'eussent eu garde de se commettre. Les parties de Furetière étoient douze jetonitiers, c'est ainsi qu'on les avoit nommés parce qu'ils ne manquoient aucune séance pour participer aux jetons que le roi y fait distribuer, avec cet avantage )iour ceux qui s'y trouvent, de partager entre eux la part des absents'. Ce sobriquet de jetonniers est demeuré aux académiciens qui, par cabale ou par faveur, sont reçus en l'Académie. Dans l'ùge d'or de cette Com* pagnic personne n'y étoit admis sans avoir fait auparavant quelque ouvrage considérable et bien reçu du public. Les choses sont si fort changées qu'à l'iieure où j'écris, sauf MM. Fontenelle et La Motte, qui valent beaucoup, et l'avocat Saci, qui vaut quelque chose, peuléti'e n'y a-t-il pas trois académiciens capables d'écrire douze lignes.

' Gel UMge ewle fiiinre mijuunl'bui.

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