LIVRE HDITIËME. U
m4me constitutioii prise dans son sens naturel. Aussi, lorsque le Régent et son minisU-e, l'abbé Dubois voulurent se blre un mérite de cett« nouvelle acceptaliou auprès du pape Clément XI, le pontife non-seulement ne lui en sut aucun gré, mais en fut si mécontent que, quelques instances qu'on lui fît en faveur de l'abbé Dubois, tant de la part du roi que de la part d'autres potentats dont l'abbé aroit mendié ou acbeté la recommandation, jamais il ne voulut entendre à le faire cardinal.
Innocent ÎIII, qui étoH plus prince que pape, ne se montra pas si difficile-, car, soit pour gagner l'abbé et le Régent son protecteur, soit dans la crainte que ces deux hommes, qui étoient les maitres du royaume et qui passcùent pour n'avoir pas grande religion, ne rompissent ouvertement avec la religion s'ils étoienl refusés, il fit dans le troisième mois de son exaltation cardinal l'abbé Dubois. La nouvelle Èminence ne manquoit de volonté de payer sa promotion par quelque service éetatanl ; mais le moment n'étant pas favorable, il n'osa frapper de grands coups, de peur de causer un soulèvement, tant étoit grande l'aversion des peuples pour la constitution, k Paris principalement ! Tout ce qu'il put faire de mieux fut de dire sérieusement au cardinal de Noailles, . et de lui faire dire par le Régent, qu'il eût à prendre des mesures pour faire sa paix avec le pape. Innocent XIII tendoil les bras au cardinal moins en père qu'en prince, exigeant qu'il fit de tout le passé, pour être reçu à pardon, une satisfaction entière. Le cardinal n'y étoit nullement disposé. Fier du crédit de sa famille, lier de l'appui du parlement et de la prévention des peuples, il avoit peine à x'bumilier. Innocent XIIT ne vit point la fin de la négociation, parce que son pontificat fiit courl. Ce fut une
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inerte; habile, sage et ferme, comme étoitce p étoit pour faire de grandes choses s'il eàt régné longtemps. En deux ans et quelques niois, il avoit su se &îre aimer et se faire oraindre de ses sujets, et s'attirer, par ses talents autaat,que par ses vertus, l'efitime et la vénération de tous les princes de l'Europe.
.(1724 et années suivanteE.) Les puces <t les punaises lui donnèrent pour successeur un religieux dominicain, doyen du sacré collège, qui prit le nom de Benoit Xlll. On n'avoit point songé à lui, et si les cardinaux se réunirent tout à coup pour mettre sur sa télé le pontificat en dép6t, c'est parce que, à quelque prix que ce îùl, ils voulurent sortir du conclave où ib étoient mangés de puces et de punaises. C'est ainsi qu'en parloient le cardinal de Rohan et le cardinal de Bissy, qui avoient été de ce conclave. Le nouveau pontife, appelé François-Tincent-Marie des Ursios', étoit un homme de qualité quj devoit à sa naissance et aux alliances de sa bmille le chapeau de cardinal et l'archevôchéde Béncvâit, qu'il garda jusqu'à la mort. Du reste, c'étoit un pauvre homme, à ce que j'ai oui dire i gens qui l'ont fort connu pape et prélat, qui se laissoit gouverner et gounnander par ses valets. Coscia *, son valet de chambre, ai^ourd'huî cardinal, le U-aitoit quelquefois le plus ùidigoement du monde. Le nouveau pape étoit si engoué de son habit de jacobin*, qu'il no cessa de le porta*, depuis même qu'il fut parvenu au souverain pontificat. Un de ses ra-
* SeiprénonM éliient Pierre-FrançoU ; il prit ceux de Fnicmt-Kfrie CD entniDl dint l'ordre des dMnlnieiJns de Venii«.
* Coacù (Nicol»), né i Bénévenl, en 1683. mari i Ifipla en 1755.
* Jeeoàm du àominieain, c'est tout un. Nom ifoni déjà dit que In dMiinicaini éUicDl ippelét >ac0MiM, pirc«que leur premier tauanlit Parii fut Utidtm I* me Sainl-JKquea.
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goAts Moit dfl manger la portion au réfectoire de la Ht nerre et de k mettre & table h son rang de réception; une autre fbiUesse étoit de s'y prosterner aux pieds de son généra) pour avoir sa bénédiélion. Ce général, honteux de la lui avoir donnée une première et seconde Fois, lui défendit absolument de la lui demander davanta^, et lui ordonna de vivre en pape. Le pontife s'y trouvoit fort embarraseé, et ne savoit comment s'y prendre ni en particulier, encore moins quand il falloit représenter.
Le cardinal de Noailles eut une grande joie de l'exaltation de Benoit; ils s'étoienl vus à un conclave; d'ailleurs que ne pas espérer pour lui d'un pontife dominicain I Si les dominicains ne parient pas comme les jansénistes, ils pensent à peu près comme eux d'un pontife qui nevoyoitque par les yeux d'un Père Graveson, agent du cardinal à Rome. Ce dominicain Graveson, bomme de mérite d'ailleurs, mais passionné pour le plus rigoureux thomiste ', s'étoit si fort «nparé du pape dès l'entrée de son pontificat, qu'il n'avoit confiance qu'en lui. Ces avantages relevèrent tellement les espérances du cardinal que, sans attendre qu' on le pressât de faire sa paix avec Rome, il se fit fort d'y réussir sans le secours ni du tninislre ni du Régent. Ni l'un ni l'autre ne virent l'effet de cette tentative : le ministre, je veux dire le cardinal Dubois, survécut à peine deux mois à l'exallation de Benoît, et le Régent mourut quatre mois après son mi-
La mort de deux hommes aussi importants, qui, depuis Louis XIV, avoient gouverné l'État, changea la face de la cour. M. le duc (Louis-Henri, duc de Bourbou-
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Condé), qui auparavant n'y faisoit pas grande figure, m tH tout i coup le gouTemail en main, et H. de Flenry, ancien évdque de Fréjus, qui jusque-là n'arcHt eu nulle part aux afTaires, fut ministre d'Ëtat en second. Les politiquea te blftmèrent de ne s'être pas Tait premier ministre et d'avoir concouru it l'étération du duc, qui se lassa bientAt d'aroir un contrdleur et un espion h ses cAtéa. C'est foiblesse, disoit-oo, de n'être hardi qu'à demi, lorsqu'à l'être tout à fait on est comme sûr deparvenir aux plus grandes choses. Le jeune roi avoit toute confiance au prélat, et n'en avoit qu'en lui.
Le nouveau ministre agréa qne H. de Noailles négociât lai-même sa réconciliation avec le pape. Le cardinal lui écrivit une lettre de soumission qui charma si fort le pontife, qne celui-ci, après l'avoir lue, courut à son oratoire, et, transporté de joie, y entonna le Te Deitin en actions de. grâces de voir revenir au bercail une ouaiUe qui lui était u chère. « Che tolete di pat (que peut-oa exigM* de plus?) dit-il dans son enthousiasme aux cardinaux et aux prélats qu'il avoit mandés au palais peur leur communiquer la lettre. Le dominicain Graveson lui avoit rqirésenté le cardinal de Noailles comme très-soomis au saint-siége, et comme un juste persécuté injustement par les jésuites, parce qu'il s'opposoit à leur morale relâchée et qu'il soulenoit contre eux la doctrine de saint Thomas. On fut effrayé à Rome et en France de la prévention du pape; on craignit qu'il n'allàttrop viteet que, séduit par ses désirs et par les sollicitations des principaux dominicains, il ne nt en faveur du cardinal de Noailles quelque chose qui ne convînt pas à la dignilé du saint-siége. On eut peine à arrêter sa trop grande fadlilé, et, si on ne lui eût fait sentir les mites
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