‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 25 sur 184 · LIVRE DEUSIKHE · texte numérisé non relu

LIVRE DEUSIKHE

qu'un brouillon et un étourdi. Il arrive quelquefois aux hommes les ]>lua attentifs d'agir sans réflexion eu choses de peu d'importance; mais en affaires aussi sérieuses qu'étoient les dirtérends de Rome, c'est ce qu'on ne pensera d'un homme aussi avisé qu'étoit M. de Harlay. On l'accusoit aussi d'exciter ces troubles et de les entretenir dans l'espérance coupable de se faire patriarche en France si, selon ses désirs, on en venoit enfin k lever le masque tout à fait. Je ne crois point que cette vision lui ait jamais passé par la tête, ni que la cour y ait jamais donné. L'intérêt du royaume n'est point d'y avoir un patriarche qui, devenant ou chef ou complice d'une cabale, embarrasseroit bien plus la cour qu'un grand nombre d'autres conjurés. Je doute même qu'elle eflt assez d'autorité pour contraindre les prélats à re- Gonnoltrc le tribunal de l'archevêque de Paris. Elle ne fut pas à se repentir, pendant les guerres civiles de la minorité de Louis XIV, d'avoir donné, trente ans devant, un trop grand relief à ce siège.

M. de Harlay, pendant les contestations avec Rome, tint une conduite si singulière que l'on a peine à y rien comprendre. En toute occasion, il se faisoit un plaisir

qai u> charge de l'oraison funèbre àa mort.'On prétend qu'il n'j » que doii petite* bagilellei qui reoilenlcel ouvrage dîttid le, c'eit Uii««t II moK. • (Loltre du 12 loùt 1095.1— Nous cileroni |ilus lird Soinl-Sinion ■or la mort de )l. de Harlay ; il n'avait paa meilleure ogûnioD des mœun du prfisl. Voltaire, — il e»l presque coaleniporain. il a rrciieïlli le* «leroier» écboe du grand liécle, — Voltaire dit i son tour : • Toulea lea atniea de nitdaoïe Gujrnn ic plalgnirenl hautement que l'archevjque de Hirlay, connu pour aimer irop Jes feuimea, peraécuiit une femme qui ne parlai! que de l'amour de Lieu. ■ {SUcle4te !mû* XIV, ch. iiiTiu.. — L'abM Le Gendre savait cela comme ses coolemporains, mais In reconnaisunce lui dicte ici une proleitalion timide, et qu'il le garde bien d'ailleurs de moliTcr.

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50 MËHOIRES DE L'ABBÊ LE GENDRE.

d'accommiMler les difîéreads, et il sembloit en celle-ci ne s'être appliqué qu'à les aigrir. Du noble désir qu'il avoil eu plus d'une fois étoil d'être cardinal, et il se conduisoit a ne jamais ie devenir. Un moyen sûr de le devenir, et qui lui eût fait honneur, c'eût été de se ménager et de se rendre médiateur entre le pape et le rai. Peut-être cela ne fut-il pas en son pouvoir ; le roi étoit fort défiant, je l'ai ouï dire à l'archevêque bien des fois; des gens malintentionnés ne cessoient d'insinuer au roi que l'archevêque le trompoit et qu'il s'entendoit avec Rome. Dans ces circonstances, si M. de Harlay, qui étott averti de ce qu'on disoit de lui au roi, n'avoit témoigné un grand zèle, il seroît devenu suspect et auroit couru risque non-seulement de n'être [loint écouté, mais de perdre lu confiance que Louis \IV avoit en lui. Cette crainte de perdre son crédit, qu'il estimoit plus que la pourpre, fut peut-être ce qui le détermina à ue point garder de mesure, a fournir à ses ennemis, aux critiques et aux jansénistes, l'occasion de se déchaîner contre lui.

Le plus acharné de ceux-ci, et qui l'étoit effrontément jusqu'à en faire vanité, ctoït un nommé Lenoir, autrefois tliéologal ■ de Séez, iionune qui ne roanquoit ni d'esprit ni de capacité, mais d'un caractère emporté jusqu'à la fureur, et ata Uchant jamais prise quand il avoit commencé à mordre. Cet homme, sans cervelle et sans jugement, fut pendant quelques années le Ûéau de M. de Harlay, tant à Rouen qu'à Paris. L'oDicial de Rouen n'ayant pas eu autant d'égard que Lenoîr l' auroit voulu aux plaintes qu'il lui avoit portées contre l'oflicial

* Thfoloçal, nom qu'on dannail dins l«< utbédrilei pl dmB quelque» coiri^iilcs I un lliAilogicn prébendû — c'csl-i-dirp na\é — pour ytC-' diLT i cOTULiMJounel faire dc< leiwDsdc Ihfulugietui jeunei derca.

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, LIVRE DEUXIÈME. . bl

de Séet et contre l'évéque lui-même (c'étoit M. île Hédavi, à qui Lenoir reprocboit de ne pas savoir son catéchisme), ce fou s'en prit à M. de Harlay, alors archevêque (le Rouen, et ne cessa depuis de l'insulter, jusijue-là qu'après la nomination de M. de Harlay à l'archevêché de Paris, Lenoir fil faire à Rome une opposition en fonne à ses bulles; il Gt encore signifiera l'assemblée du clergé, en 1682, qu'il protestoit de nullité de tout ce qui s'y feroit si M. de Harlay en éloit élu président, n l'accusoit, dans ses libelles, tantôt d'bérésie, tantôt de dérèglement, tantAt de trahir le roi, et tantftt de jouer le pape. 11 poussa si loin l'insolence qu'ayant été arrêta, il fut condamné à faire amende honorable devant l'église de Paris, nu en chemise, la corde au cou, la torche au poing. En vain M. de Harlay demanda grâce pour le coupable, le roi voulut que le jugement fût exécuté.

Ces satires continuelles désoloient H. de Harlay. D'y répondre, ce n'eût jamais été fait; pour le consoler, je fis sou panégyrique dans le goût de celui de Pline. Il fut charmé et lut la pièce quatre ou cinq fois ; mais, soit modestie, soit politique, après m'en avoir remercié, il me fit promettre de ne la faire voir à personne. Je lui tins parole, et ce ne fut qu'un an après sa mort que, voulant une seconde fois jeter des Heurs sur son tombeau, je fis imprimer ce panégyrique, dont je donnai des cxem- |)laires à tout Paris.

Si des gens comme Lenoir crioient avec violence contre M. de Harlay, il y en avoit d'autres, comme les docteurs en théologie de la Faculté de Paris, qui, avec plus de i-elenue, se plaignoient aussi de lui. Ces docteurs disoient qu'il opprimoit leur liberté jusque-là qu'il no

hi U&HOIRES DE L'ADBË LE GENDRE,

leur lassoit pas le choix de leurs officiers. Il y avoit du vrai dnns cea plaintes, car, selon les lois et l'usage de la Facullé, le syndic, qui en est le principal officier, doit être élu tous les deux ans à la pluralité des voix, alternativement entre les docteurs vbiqutstes, c'est-à-dire ceux qui ne sont d'aucune maison, et les docteurs qui sont ou de la maison de Sorbonne ou de la maison du Navarre, et le docteur Pirot ', non du gré de la Facullé, mais par la volonté de M. l'archevêque, fut syndic plus de vingt ans de suite. Ce docteur avoil son mérite et sa considéraUon ; mais il ne faisoit que lire au lieu de haranguer; il ne parlait latin ni purement ai aisément; son principal talent étoit d'être souple, rampant et prêt à tout faire pour plaire aux puissances. C'étoit â ces conditions que M. l'archevêque, tant de sa propre autorité que de celle du roi, l'avoit fait maintenir syndic. Cela s'appeloit parmi les docteurs exercer sur eux une sorte de tyrannie; mais à l'archevêché on disoit qu'en user ainsi c'étoit une sage précaution pour introduire l'ordre dans une compagnie où il n'y en avoit quasi jamais eu. Ce corps a toujours été tumultueux, et les docteurs avouent eux-mêmes que c'est quelquefois pitié que leurs assemblées; on s'y échauffe pour peu de chose, et quand on est échauiïé on s'y dit en mauvais latin les injures les plus grossières. Il ne sauroit guère en être autrement d'une assemblée de deux cents personnes qui ont vécu et vieilli dans les disputes de l'école. Difficilement se défait-on de l'esprit quei-elleur que l'on ï contracte.

M. de Harlay, par zèle pour la discipline ou pour

• Pirol (EJnic), Dclc 12 laai ISSl.morlIc 4iodl 1713.

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