LIVRE DEUXIÈME. 5S
avoir la gloire d'être le législateur d'une si nombreuse compagnie, qui n'en veut reconnoitre aucun, eut quelque envie de la régler et de lui imposer des lois; mais, outre la difficulté qu'il y aurait eu à les faire exécuter, pareille tentative auroit fait jeter les hauts cris à un nombre infini de gens qui se croient, comme docteurs, tout à fait indépendants. Au lieu de leur donner des lois dont le nom les eût révoltés, M. de Harlay, en habile homme, sut les réduire peu à peu à ne faire que ce qu'il jugeoit de raisonnable ; mais cette servitude le rendoit si odieux à la compagnie, qu'elle l'accusoit de tout ce qui lui arrtvoit de désagréable.
Jamais édit qui regardât la Faculté n'y avoit été publié de la manière que le fut celui qui autorisoit la déclaration du clergé. Par arrêt du parlement, M. le premier président, six conseillers et le procureur général avec le greffier se transportèrent en Sorbonne et l'y firent lire en leur présence ; quoique cette nouveauté semblât faire honneur aux docteurs, ils en furent alarmés ; ils le furent bien davantage quand, venant à examiner les dispositions de l'édit, ils trouvèrent qu'on y ordoimoit aux bacheliers de soutenir et aux professeurs d'enseigner les proposition» du clergé, enjoignant à ceux-ci de représenter leurs cahiers autant de fois qu'ils en seroieni requis par le procureur général. Cette clause, et bien d'autres qui marquoient que l'on se défioit d'eux, leur firent d'autant plus de peine qu'il n'appartient point aux laïques d'être juges de la doctrine; de sorte qu'au prima mensig^ quand on lut ce qui s'étoit fait en présence des magis-
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Si HÊHOIRES DE L'ABBË LE GENDRE.
rat8, bien loin de le ratifier, la Faculté nomma qnatorze députés pour concerter entre eus les moyens de se dispenser de l'exécution de l'édit, conduite qui déplut si fort qu'il y eut le lendemain un arrêt, qui ordonnoit que la Faculté s'assembleroitextraordinairement dans dix jours pour l'enregistrement de l'édit.
Celte assemblée n'ayant rien résolu dans ce délai, il y eut un second arrêt par lequel défense fut faite aux docteurs de se réunir avant qu'on leur eût prescrit l'ordre et la forme qu'ils auroient k observer dans les assemblées qu'on leur permettrait de tenir. Ce fut alors qu'ils crurent plus fortement que jamais que c'étoit M. de Paris qui, sous le nom du parlement, vouloit leur donner des lois, et ce fut la peur qu'ils en eurent qui leur fit présenter précipitamment une requête, par laquelle ils offroient d'enregistrer l'édit, poumi qu'on leur rendit la liberté de s'assembler à l'ordinaire. Ils en obtinrent la permission, mais peu de temps après ils retombèrent dans un embarras qui donna lieu d'exiler deux des plus célèbres d'entre eux.
(Juillet 1632). L'archevêque de Strigonie' ayant condamné les quatre articles du clergé et avancé dans sa censure qu'il n'appartient qu'au pape déjuger les choses de foi, le parlement, a qui cette proposition avoit été déférée parle procureur général, ne voulut rien statuer qu'elle n'eût été examinée par la Faculté de théologie. Les docteurs, nation timide et soupçonneuse, prirent cela moins pour un honneur que pour un piège qu'on leur tendoit pour les faire expliquer sur les articles du clergé. En effet, deux d'entre eux, l'un nommé Boucher, curé
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