‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 27 sur 184 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

de Saint-Nicolas du Chardonnet, et l'autre, appelé ChatniUart', supérieur du séminaire du même nom, ayant parié en Faculté contre ces quatre articles, avec moins de ménagement que peut-être il ne convenoit, furent exilés Incontinent. On les plaignit parce qu'ils étoient fort es> timé», principalement par leurs vertus. Il n'y eut que les jansénistes qui témoignèrent de ta joie de ne les plus voir à Paris, parce que ces deux docteurs étoient des plus atl«ntifs à les veiller de près. Il faut dire, à la louange du séminaire de Sainl-Nicolas et de celui de Saint-Sulpicc, qu'à quelque tentation qu'ils se soient trouvés exposés depuis cinquante ou soixante ans qu<t l'on dispute sur les matière» de la grâce, ces maisons se sont conservées dans la bonne doctrine et qu'aucun des ecclésiastiques qui en sont et qui en ont été ne s'est non plus démenti.

(1683.) Ces deux exîles n'étoient pas seuls de leur avis, et si beaucoup d'autres qui le partageoient n'osèrent parier si fortement qu'eus, ce futia crainte qui tes retint. Rien ne faisoit mieux voir la répugnance qu'ils avoient à tlétrir la proposition que le temps qu'ils prirent h s'y décider. Après quarante-cinq séances, chacune de plus de trois heures, à peine la Faculté put-elle former son jugement. Cependant la pro|}Osiliun étoit si claire et si nette qu'elle ne paroissoil pas susceptible de différents sens, car comment peut-on dire qu'il n'y a que le pape à qui il appartienne de juger des choses de foi, puisque les évéques, de tout temps, en ont jugé dans les conciles, soit généraux, soit provinciaux, et qu'en particulier ils en jugent dans leurs diocèses quand il s'y élève des erreurs'? Bien entendu que ces jugements particuliers iiitulû : De conina,

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56 HÉHOIRES DE L*ADBË LE GEHDKE.

n'étant que provisionnels sont sujets à révision. H. l'archevêque me fit faire une lettre dans le style des Provinciales, sur ta lenteur mystérieuse de la Faculté. La lettre courut sans nom d'aut«ur.

Si la disgrâce des deux docteurs eicila de nouvelles plaintes contre M. l'archevêque, il eut lieu de s'en consoler, puisque, sans y penser, elle lui donna l'occasion d'acquérir une gloire immortelle. Ce qu'il fit alors (1682- 1683) est le plus bel endroit de sa vie ; après plus de quarante ans, ses «uiemis et ses jaloux n'en parlent encore aujourd'hui qu'avec admiration. Les conférences que le curé de Saint-Nicolas et le supérieur du séminaire y faisoient toutes les semaines sur des matières de morale ayant cessé parleur absence, M. l'archevêque, auteur de ces conférences, résolut de les tenir lui-màne, et pour leur donner plus d'éclat, il les fit tenir à l'archevêché, accompagné de docteurs choisis, 11 affecta pour se rapatrier avec la Faculté de ne prendre que des docteurs qui eu fussent, ce qui excita la jalousie ou le mécontentement d'autres hommes de mérite, du clergé séculier ou régulier', qui auroienl tous ligure honorablement dans ces conférences. Elles se tinrent dans la salle de l'archevêché qui, après celle du Palais, est la plus grande de Paris. Toute vaste qu'elle est, elle étoit trop petite pour le monde qui y accouroit. Quoique les conférences s'ouvrissent à trois heures après midi, la salle étoit si remplie dès les neuf heures du matin, qu'il n'y avoit plus de place que celles qui étoient gardées pour les personnes du premier rang. M. l'archevêque, pour être vu et entendu plus commodément, étoit sur un amphlthéfttre,

■ le pritre régulier est celui qui a eftibrtné une règle; le prUrt léaiHtr tA celui qui n'nt ni religieux ni cluouine régulier.

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