LIVRE DEUXlÈHi
seiix, — lui-mime le diBoil, — il n'avoit pas laissé de bien étudier; c'étoit en chaire un froid et désagréable orateur; néanmoins lorsque l'bonneur ou l'intérêt l'obligeoit de parler en chapitre ou en Faculté, il no manquolt ni d'éloquence ni devivacité^de sorte qu'il y atoit plaisir à l'entendre. Quand avec le temps il eut acquis un certain degré de réputation il redevint si paresseux que, quoiqu'il ait été censeur de livres plus de trente ans, on disoit qu'il n'en avoit pas lu une douzaine entièrement ; il les donnoit à lire à qu^que jeune docteur, ou bien il les mettoit sur le manteau de sa cheminée, et quand ils étoient restés là plus ou moins de temps en parade, \h étoient censés approuvés et Courcier donnoit son vu.
Pirol avoit vieilli sur les livres et professé longtemps ; c'étoit un fort bon homme, grand adulateur des puissances et très-Ocxîblc dans ses sentiments.
Robert avoit des talents autant pour le monde que pour saprofession. Il étoitsavant et enseignoitalors la théologie; j'aurai peut-être occasion de reparW de ces deux hommes. Sacbot étoit un bel esprit et qui paroissoit tout savoir. On disoit en riant qu'on ne devinoit pas où il avoit tant appris, car il aimoit si peu les livres qu'on n'en trouva pas chez lui pour quatre cents francs lorsqu'il mourut. Son principal talent étoil de calmer les consciences alarmées et de disposer à bien mourir, talent rare qui lut attiroit une infinité de dévotes. Elles avoient un si grand soin de sa santé que, pour peu qu'il fût incommodé, les principales lui faisoicnt faire dn bouillon chez elles ; de sorte que, pour les contenter et ne point donner de jalousie, il étoit obligé de prendre une cuillerée ou deui d'une douzaine de bouillons pour en composer nn treizième. J'ai cm que c'ctoit un conte> mais je l'ai ouï
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60 HÉHOIRES Di: L'ABBË LE GENDRE,
dire coiTtnie un fait à de vieux prêtres de Saint-Gervais qui en parloient pour l'avoir vu. Ce grand consolateur des âmes en'rajées avoit toujours dans sa poche le traité d'Ërasme, De arte bene moriendi.
Gobilton avait été élève boursier dans un collège et en garda longtemps les manières; c'étoït, du reste, un homme de hon sens, qui avoit beaucoup travaillé, bon Bcolastique, excellent casuiste.
C'est grand dommage que de ces fameuses conférences il ne soit rien rc^té que la renommée. Un voyage indispensable m'ayant fait manquer les premières qui furent, à ce que j'ai ouï dire, les plus doctes et les plus brillantes, je demandai à mon retour aux docteurs qui y avoicnt parlé et à M. de Paris lui-même les discours qu'ils y avoient faits. Je voulois leiu- en faire honneur et en composer une histoire; M. l'archevêque n'en approuva point te dessein, appréhendant que ces discours, qui avoient charmé dans sa bouche, n'eussent pas le même succès quand ils seroient sur le papier. U pensoit juste. J'ai de lui des sermons qui avoient charmé quand il les avoit prononcés, et qui réellement ne m'ont paru, en tes lisant, que des pièces assez ordinaires. Ces conférences, toutes gbrieuses qu'elles étoient, ne laissoient pas de lui être à charge, parce qu'il faltoit s'y préparer. D'ailleurs le prélat, y ayant acquis toute la renommée qu'il auroit pu en espérer, ne fut point fâché que l'extinction du calvinisme qu'on avoit alors fort à cœur lui donnât l'occasion ou le prétexte de ies rompre.
Fut-ce un bien pour l'Église et pour l'État d'interdire aux. huguenots l'exercice de leur religion et de bannir ceux des ministres qui ne vouloieat pas en changer? Des politiques ont dit que c'est un problème, parce que,
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