LIVRE PBEHIËIt
par notre mère. Je dois dire à sa gloire, aulaiit par justice que par reconnoissance de toutes ses bontés, que c'étoit une femme de mérite, pieuse, exacte dans ses devoirs, sérère à notre égard, quoiqu'elle nous aimât tendrement, femme de ressource et toujours égale dans les traverses que lui caussa le dérangement de son mari, qui s'étoit livré aux plaisirs.
Ce Alt un malheur pour lili de s'être établi à Rouen, Dij, parmi les négociants qui ne songent qu'à leurs alfaires, it y a bien des gens qui ne songent qu'à la joie. Lui et son père ctoient de la Ferté-Fresnel', bourg du pays d'Oucbe, pays abondant en mines de fer qui, à proportion, rapportent à ceux qui en ont et savent les faire valoir autant d'or et d'argent que celles du Pérou et du Potosi. Le pays d'Oucbe est un canton de Normandie entre l'évëché de Liaîeux et le comté d'Évreux.
Notre grand -père avoit été garde du corps bous Henri IV, ou, pour parier plus juste, il en avoit acheté le titre ; il jouissoit des privilèges que donnoit ce titre tout en faisant le commerce soue te nom de Vatcii. Il y avoit gagné de grands biens ; son fils les dissipa et en fut puni, car il fut obligé de passer dans la confusion les dernières années de sa vie dans le bourg où il étoit né, n'ayant pour y sub«8ter que cinquante ou soiianle écus que nous lui donnions, par aumftne, sur ce qui nous restoit de ce bien qu'il n'avoit pu manger.
De sept frères que nous étions, tous nés à Bouen, quatre y moururent avant d'avoir atteint l'Age de vingt ans : l'un de maladie ; un autre d'un coup d'épée en voulant séparer deux écoliers qui se battaient; le troisième
' AuJDunl'hui cbet-Ucu de cuiton du déptrlement de l'Orne.
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4 NÉHOIRES DE L'ABBË LE GENDRE,
se noya ; le quatrième eut un sort encore plus funeste : une charrette chargée lui ayant passé sur le ventre, il survécut six ou sept mois souffrant des douleurs que l'on nesauroit exprimer. Des trois qui vécurent âge d'homme, l'atné mourut à trente ans, n'étant, selon ses désirsj ni prêtre, ni moine, ni marié; il savoit parfaitement les belles-leltres,~ je lui ai l'obligation de m'en avoir inspiré le goût. C'est dommage qu'un si bel esprit ne put se déterminer à prendre une profession ; il n'en est aucune à laquelle il n'eât fait honneur. Le second se fit prêtre dès que l'âge lui permit de l'être et fut curé à la campagne.
Pour moi, qui étois le cadet des trois, mon inclination e&i été d'être jésuite ou avocat ; je ne fus point jésuite parce que ma mère, qui se confessoit à un vieux prêtre janséniste, ne pouvoit souffrir les jésuites. Je n'ai point été avocat, parce qu'un oncle dema mère vouloit que je fusse sous-diacre pour me résigner ensuite sa cure, qui étoit considérable. Cet oncle, extrêmement vieux, étant mort précipitamment avant que la résignation fût admise en cour de Rome, la cure tomba dans les parties casuelles de Saint-Ouen des moines de Rouen, qui la donnèrent à un autre. Je ne leur en veux point de mal, bien au contraire, je bénis Dieu de ce refus, puisque c'est ce qui me détermina d'aller risquer fortune ailleurs.
Je me mis résolument au travail ; j'étudiois neuf à dix heures par jour sans en être incommodé, grâce à l'heureux tempérament dont Dieu m'a doué et qui est le premier de tous les biens. A quoi servent ceux de la fortune, si on n'a pas assez de santé pour en jouir?
Je partageai mon temps entre l'étude de l'Écriture, celle des Pères et de l'histoire ; celle de la scotssUque,
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