‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 4 sur 184 · LIVRE PREMIER. S · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. S

sans laquelle on ne peut eavoir exaclcmenl le dogme, enfin celle du droit canonique, de la langue et des belle»leltres, autant pour éloigner le dégoût et la fatigue par la variélé du travail que pour bien connollre tout ce que doit savoir un etxlésiastique estimable. Je réfléchissois en lisant, et je mettois mes réflexions sur le papier. Je m'en suis bien trouvé, et J'en connus l'utilité lorsque je vins à composer.

J'a[^ris par cœur les quatre Évangiles qui sont la base de la foi ; je lus el relus les Actes des apôtres, où l'on voit comment l'Eglise s'est formée, quelques épîtres de saint Paul, celle de saint Jacques, qui est si instructive, et quelques autres des plus beaux endroits du Nouveau Testament. Parmi les livres de l'Ancien, je m'appliquai particulièrement au Deutéronome, afm de savoir les lois des Juifs; au Lévitique, pour être instruit à fond de ce qui regarde leur religion; aux Proveriies, à l'EcclésiasIe, à la Sagesse, livres admirables aussi propres à former un homme sage selon le monde que selon Dieu.

Je parcourus les divers ouvrages des Pères, et comme je me destinais à la prédication, je lus plus attentivement ceux des Pères qui ont prêché, surtout saint Jean Chrysostome ; ses Homélies me cbarmoient parce qu'on y trouve du pathétique, du suc et de l'onction. Je ne sais si parmi les Pères il y en a jamais eu qui ait été plus prédicateur. Saint Bernard ne l'est pas tant. Cependant, pour le devenir, les ouvrages de ce dernier sont d'un grand secours, entre autres les discours qu'il fait à ses moines. Saint Bernard est un bel esprit qui, sans avoir beaucoup lu, a trouvé dans son propre fonds une source intarissable de pensées aussi ingénieuses que chrétiennes. Quoique, scion l'ordre du temps, il soit le dernier

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de ces bonimes vénérables que l'on appelle par excellence les Pères de l'Ëgllse, peut-être n'en est-il aucun que, selon l'ordre du mérite, on doive mettre avant lui. Un aussi grand saint et un aussi beau f;énie (chose rare parmi les saints) fait autant d'honneur à la France (|ue saint Augustin à l'Afrique, et saint Chrysostome à la Grèce.

Les livres ne me manquoient point; je tes avois commodément de la nombreuse bibliothèque du vieil ecclésiastique à qui ma mère se confessoit. Depuis quarante à cinquante ans que cet ecclésiastique mangeoit les péchés du peuple, il avoit tous les ans mis h part plus ou moins d'argent pour acheter des livres. Pourvu qu'ils fiissent bien reliés et de la plus belle édition, rien ne lui coâtoit pour les acquérir. Du reste, n'ayant ni le temps ni l'inclination de lire, il s'en rapportott pour le choix à un libraire janséniste qui les lui faisoit payer très-cher. Ce rusé marchand avoit mis, sur le dos de la plupart, des écriteaux ou éliquetles selon le goât de l'acheteur, pour l'aider à en porter un jugement. Il y avoit pour éliquetle sur la Théologie de Grenoble ' : livre exceli-ekt ; sur l'Escobar: livhe a bhcler ; et sur la Somme de Bauny* : UTBE ABOIIIKABI.E. A forcc de hanter les Pères de l'Oratoire, les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur et les Chanoines réguliers de celle de Sainte-Gencvièvo, le bon ecclésiastique haissoit si fort les jésuites, qu'il crioitsnns cesse contre eux et leur reprochoit leur morale, que, sur la [larole d'autrui, il crovoit être corrompue.

* La Théologie murale [Talgiirement dile lie Grenoble], ptr l'ibW Genesl.

* Ia Somme du pichet, dont parle PskiI dans la IV* Ijtttre i un

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C'est en quoi coiwîstoit le jansénisme du bonhomme, c8r, à l'égard du dogme, il n'y entendoit rien. Quand une rois ou dfflix je voulus lui en découvrir le venin, il reçut mal ce que je lui dis et se mit si fort, en colère que je n'osai plus lui en parler, de peur que par ressentiment il ne me prêtât plus de livres ou que, croyant faire une bonne œuvre, il ne me mit mal avec ma mère. J'aimois si tendrement ma mère que pour cbose au mon^e je n'eusse voulu la chagriner. Je ne sais si dans le zèle que cet ecclésiastique témoignoit pour le jansénisme il n'entroit point d'intérêt, car la réputation qu'il avoit d'être du parti lui avoit attiré de Irès-succulentes pratiques. Tout abondoit chez lui et, s'il eAt eu besoin d'argent, il auroit trouvé aisément une somme considérable dans la txHireede ses pénitentes.

. Quand je vins à Paris, j'avois beaucoup de pièces ^ites, néanmoins j'élois résolu non-seulement d'y retoucher, mais de les refaire entièrement quand j'aurois entendu c«ux des prédicateurs qui avoient le plus de réputation. Apres y avoir réfléchi, j'eus honte de cette pensée, regardant comme une bassesse de ne pas suivre son génie et de ne faire que copier les autres. Les gens d'une bonne trempe, en fouillant dans leut propre fonds, y trouveront toujours du neuf et quelque chose de particulier qui leur fera plus d'honneur que de se parer des plumes d'autnii. Je me mis donc à prêcher, etbienlél je me fis un nom. Certains panégyriques où accourent les connoisseurs, des vëtures, des professions', me mirent

' U vimre ou priu ilKtbU eil l'acle par lequel on ài lint l'babil du mon»tére oA il n Stre idini ' La proftman est l'ada p«r lequel un novice I, Li profeMioa m fait pir l'i

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8 UËMOIRES DE L'ABBÂ LB GENDRE,

en vogue de bonne heure; je prêcbai d'abord «le petits avents, puis de petits carêmes, après quoi je fus retenu pour en prêcher un f^and en trois paroisses considét^bles. Rien n'étoit si flatteur qu'un si prompt succès, et il Die paroissoit qu'il n'y avoit point de présomption à en espérer un plus grand, quand je considérois que, sans avoir ni cabale pour m'annoncer, ni famille qui s'intèressAt à me ménager des auditeurs, ni parti pour m'en attirer, j'avois été assez heureux pour me faire distinguer parmi tant de prédicateurs qu'il y avoit alors dans le clergé séculier et dans les ordres religieux.

La cour et la ville retentissoient encore des acclamations que l'une et l'autre avoient données à l'abbé de Franentières ' . J'ai ouï dire par les uns qu'il y avoit dans ses sennons autant d'élévation que de sdidité, et par d'autres, qu'il y avoit plus de mois brillants que de choses. Comme je ne l'ai point entendu et rien lu de lui, je ne parl^ai ni de sa personne ni de ses talents. Cependant, comme il parvint à l'épiscopat sans brigue ni cabale, on ne doit équitablement attribuer cette bonne fortune, si c'en est une d'être évéque, qu'au mérite de ses prédications.

Celles de l'abbé Fléchier ' avoîent été fort applaudies dès qu'il parut. Il n'avoit point un extérieur à enchanter ses auditeurs; sa mine, son geste, sa voix, sa prononciation n'avoient rien de majestueux. Ce qui charmoit son auditoire et enlevait le succès, c'étoit la justesse, l'élé-

* Fromenlières (lenn-t.auis1, jtéque d'Aire, ii<^ «n I63Î, mort m IGSt. — Il fui chirgé en 107i de hannguer la duchesse de La Vollière, lorsqu'elle prit le Toile lui Carméliles. < Dans celte circonslance d^icate, dit nn biographe, Fromentïères eut ménager toutei les bienséances, inits Inliir la tiiéntë de ion mlniilère. >

* Fléchier (Eipril), né le 10 juin 1632, mort le 16 Tëvrier 1710.

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