‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 36 sur 184 · LIVRE DEUXIËHE · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIËHE

n'exprimoil une pensée phis noblement que l'abbé ; mats, fante de méditer assez les choses, souvent il ne faisoit que les elSeurer. Le docteur, au contraire, les creusant plus profondément, épuisoit toute une matière. L'abbé sa?oit beaucoup et le docteur n'ignoroit rien. L'un et l'antre n'avoient peut-être que trop de feu, c'est ce qui domino dans leurs écrits. Il règne principalement dans leurs ouvrages polémiques une bîlc, une banteur, une ficreté bien éloignées de la doneenr et de l'humilité si recommandées par le Sauveur : Aiiprenes de moi que je luis doux et htm^le de cœur. Quelque mérite qu'eussent ces deux hommes, f ai ouï dire qu'Innocent Xi ne songea nullement à eus pour faire l'un ou l'autre cardinal. Je tiens cette aneclode de l'abbé Huvet, qui étoit alors secrétaire de l'ambassade de France à Rome. Cet abbé étoit un homme obscur, mais d'une grande sagacité, excellent fureteur. C'est hii que MM. d'Estrées, le duc et le cardinal, envoyoient à la découverte; il en a fait souvent d'heureuses par les habitudes qu'il avoit avec de petits officiers du palais, gens qui, pour n'être point d'une grande considération, n'en étoîent pas moins bien mstruits de ce qui s'y passoit et s'y disoit de plus secret. Il y avoit longtemps que les chartreux ' de Rome, chez qui le pape alloit souvent, te soUîciloient vivement en faveur de M. Le Camus, évéque de Grenoble, excilés qu'ils y àtoicnt par leur général, ami intime de l' évéque. Ces religieui, nommément le prieur cl le procureur,

' Ordre de reli^ieax in»lilué ]tn uiat Bruno en 1086. II e«l rem«ripuble iMr l'iualérilf de la rffld : Ica chirlreui Mnl obligée i une coli- Lude perpéluelle , i rabBlincnce de la viande, mima en cas de maladie et dingcr de morl. et au tilence absolu, ciceptf en ceriiins temps

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T3 UËMOinES DE L'ABBË LE GENURE.

qu'Innocent XI goûtoit Tort, ne cessoient de Ini repré»enler la vie pénitente du prélat, sa charité envws les pauvres, ses grandes qualités, son dévouement pour le aaint-Biége, son dédain pour la cour de France, dont il désapprouvoit ta conduite. Lt!s frères Genest* nppuyoienl dans l'occasion le témoî^age de ces Pères. Mif. Genest étoient trois frères, gens d'esprit et de grande intrifpie. L'un étoit évéque de Vaison, l'autre étoit attaché au pape, le troisième demeuroit avec l'évéque de Grenoble et étoit un de ses grands vicaires. On ne doute point que ce troisième ne soit le véritable auteur de la Théologie morale vulgairement dite de Grenoble. L'évéque, de son cAté, étoit fort attentif à seconder adroitement les bons offices de ses amis, témoignant en toute rencontre une vénération particulière pour le pape, lui faisant de petits présents, le Consultant sur sa conduite et quelquefois sur des points de droit, fussent-ils forgés à plaisir : respectueuse finesse qui flattoit d'autant plus le pape qu'il n'étoit ni habile ni en réputation de l'être. Cette manœuvre réussit, peut^tre plus que toute autre chose, à faire nommer l'évéque cardinal. Bien des gens murmurèrent de ce qu'on le préféroit à ses concurrents, qui valoient, disoit-on, beaucoup mieux que lui. Il parut homme si commun, en deux conclaves oiïil alla, que les Italiens so demandoient les uns aux autres : a Est-ce donc \k cet homme si rare créé cardinal par mérite? h Hors sa vie pénitente, qui consistoît à ne manger que des légumes^il n'y avoit rien en lui qui le distinguât. A l'égard de ses chantés, elles ne pouvoient être, disoit-on, que fort modérées; la suite le prouva. Quoiqu'il n'cAi de

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