‹ Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-DameChapitre 37 sur 184 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

bmille qu'environ six mille livres de rente, et de son évéché que vingt-quatre à vîn|tt-cinq mille, il laissa en argent comptant cent mille livres à son église pour y làire un grand autel, et huit à neuf foiii autant an plus igé de ses neveux.

Ses frères, sur un avis prompt et secret qu'ils eurent de sa promotion, coururent à Versailles et trouvèrent le moment de le faire agréer au roi. Heureusement pour eux, ni M. l'archevêque ni le Père de La Chaise n'y étoient point; s'ils y avoient été ou qu'ils y fussent arrivés à temps, il y a bien de l'apparence qu'ils eussent fait donner ordre à ce nouveau cardinal ou de sortir du rovHume ou de renvoyer la barrette. Tout ce qu'ils purent obtenir fut qu'on lui défendit de jamais paroitre à la cour. Il s'en consola par le plaisir d'être cardinal. Plus la cour parut fâchée qu'il le fût, plus le pape s'applaudissoit de l'avoir fait, ne cherchant qu'à la chagriner et n'attendant que le moment de lui faire de plus grandes peines. Ce moment ne fut pas longtemps à venir. L'affaire des franchises du quartier des ambassadeurs et celle de Cologne lui donnèrent bientôt occasion de porter son ressentiment plus loin qu'il ne convennit au père commun des fidèles et au bien de la religion.

(1687.) On doit respecter la maison des ambassadeurs, parce que c'est moins la leur que celle des princes qu'ils représentent ; de là vient que, selon le droit des gens, ces maisons sont inviolables. Comme les ambassadeurs des couronnes ont ordinairement à Rome une grande suite, leurs palais étant trop petits, ils logeoient de leurs domestiques dans les maisons des environs, qui alors étoient regardées, à cause de la sauvegarde, comme faisant partie de l'hôtel des ambassadeurs. Par là, insensi-

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li HËHOIRES DR l'ABBË LK GENDRE.

Mement, ces quartiers devinrent un asile inviolable pour les débiteurs et même pour les plus grands scélérats qui s'y régiment. Les papes, pour rt-médier à ce désordre, avoient fait en différents temps des ordonnances assez sévères ; mais aucune n'ayant été exécutée, du moins bien ciactement, les ministres des souverains avoient joui paisiblement de la franchise de leur quartier jusqu'au règne d'Innocent XI, qui résolut, dès qu'il fut pape, de n'admettre à son audience aucun nouvel ambassadeur que sa cour ne renonçât à ce droit. La Pologne, l'Espagne etl'Angletorre' consentirent. L'empereur subit la même loi : il n'y eut que le roi qui ne voulut rien relâcher de sa prétention. Et pourquoi ne le voulut-il point? Parce qu'il étoit alors aussi aigri contre le pape que le pape l'étoit contre lui. Tant il est vrai que dans les différends que nous eûmes avec Rome, sous ce pontificat, il y eut peut-être plus de pique que de véritaUe intérêt.

Le duc d'Estrées, ambassadeur de France à Rome, y nvoit joui paisiblement de la franchise de son quartier sans y être troublé par le pape, parce qu'il en étoit en possession avant qu'Innocent XI fât élevé au ponti6cat. Le duc mort, en vain ce pontife fit-il l*s plus vives instances pour faire consentir le roi à supprimer cette Eranchise; le roi y eut si peu d'égard qu'il lit partir incontinent, pour succéder au duc, le marquis de Lavardin, avec ordre de maintenir l'immunité de son palais et celle des rues et maisons qui se trouvoient avoir été sous la sauvegarde de son prédécesseur. Je lis à cette occasion des dialogues françois, où je lâchai de recueillir ce qu'on

* U roi d'Anglelerre. qui élail alors Jicqucs II. proTeMant U reii|!tiin arbolique, hnitnn iiiiib««»ideur i Home.

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peut dire de plus apécieui sur ce sujet'. Combi^i n'eston point gêné dans ces ouvrages de cominande où il faut s'ajuster aux mes et aux pr^enlions de ceux qui tous mettwt enoeuvrel QuotqueM. l'archevêque n'eât aucun intérêt personnel dans la franchise du quartier, te désir de faire sa' cour le rendoit aussi vif sur cette désagréable affaire que si c'eût été la sienne.

Si le roi fut ferme, le pape ne le fut pas moins, disposé à tout hasarder plutàt «pie de souffrir dans Rome d'aussi pernicieux asiles; et, commejusqu'alorsiisn'avoientété défeoduB que sous quelque peine temporelle, le pape, qui avoit à cœur de les supprimer tout à fait, ajouta aux anciennes peines l'eicommunicaUon majeure' contre ams indistinctement qui s'y réfugieroient ou qui leur y donneroient retraite. Il parut étrange même à beaucoup de cardinaux, qu'en chose purement civile, le pontife se fût servi de l'aulorité spirituelle. Aucun de ses prédécesseurs n' avoit cru le devoir faire; mais ce que vouloit Innocent XI, il le vouloit plus fortement qu'un autre, et faisoit peu d'attention au choix des moyens qu'il eniployoit pour réussir ou aux suites bonnes ou mauvaises des desseins qu'il avoit en tête. Ces menaces n'efCrayèrent ni le roi ni l'ambassadeur. Le marquis de Lavardin entra dans Rome comme en triomphe, escorté de huit à neuf cents officiers ou gardes de marine, tous gens de main et

< Ces DialagHtM de l'nbbf Le Gendre «ur li frinchisp des ambissndconi nome ns se trouieot point parmi mi onvragea iinprini6<.

* Il y e deux sortes d'excommuntoilions : l'une majeure el l'aulrc mneure. Li majeure est celle qui prive un Tiilcle ilu droit (|u'il avait tur )e* bien* comm uni de l'Kgliw. pour le punir d'avoir déwîiâi 1 l'fjgiita en matit^re gnve. La mineure eet celle qui fnppc le lidèle ayant eu des rapporta arec un eicoi>inianl6 de la preiniôre surte. L'eicommunication mineure ne prive celui qui l'a enioiinic que du droit de recevoir Im ncmiMnti et d'être pourra d'un bdnéfice.

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70 UËHOIHES DE L'AHBË LE GENURE.

en nombre sufâsant pour le dérendre .iTec vigueur si l'on Bongeoit à l'insulter. On y songea si peu qu'on lui laissa tranquillement prendre possession du palais qui avoit été occupé par le duc son prédécesseur et de quelques rues du voisinage qui avoient formé sou quartier. Cette apparente sécurité n'empêcha pas le marquis de se tenir sur seo gardes; son palais ressembloit à une petite citadelle ; on y Taisoit rondes et patrouilles ; il y avoit dans les dehors des troupes sur tes avenues et si bien retranchées, que les sbires, milices et archers n'eussent assurément osé entreprendre de les forcer. Cette précaution étoit sage mais inutile ; le pape étoit résolu de laisser le marquis se morfondre dans son palais, et de l'obliger par là à sortir de Rome bientôt avec autant d'ignominie qu'il avoit témoigné d'audace et de bravade en y entrant. En vain le marquis fit-il demander audience. Eh I comment l'auroit-il eue, étant regardé à Rome comme escommunié, et si fort, qu'ayant assisté à un office solennel et fait ses dévotions dans l'église de Saint-Louis, paroisse des François, elle fut interdite aussitôt? Il y eut bien des cardinaux, même des créatures du pape, rjui n'ai^rouvèrent pas qu'il eât été aussi vite, craignant^ comme il arriva, qu'il n'eût lieu de s'en repentir. En effet, il lui en coûta cher, car, outre que, par représailles, le parlement déclara nuls le décret contre les franchises et l'intei'dit lancé contre l'église de Saint- Louis, l'avocat général (c'étoit encore M. Talon) reprocha publiquement an pape qu'il protégcoit les jansénistes, qu'il les combloit de grâces et d'honneurs, et que, bien loin de donner ses soins à étouffer le ijuiélisme, Eccte des plus pernicieuses, il seuibloit la favoriser eu honorant de son estime le prêtre qui en étoit l'auteur;

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