LIVRE DEUXIÈME. T
reproches des plus injurJeui et des plus sensibles pour un pape qui pissoJt pour honune de bien.
(Ï687.) Le patriarche des qiiiétistes étoit un prêtre aragonois, nommé Michel Molinos, homme de quelque mérite, qui s'ctoit établi à Rome depuis environ vingt ans. Il y avoit si fort enchanté les dévots et dévotes par un air composé et par une méthode particulière de faire oraison, qu'on l'y regardoit comme un saint. A la longue, le charme cessa, et, lorsque indiscrètement il se fut expliqué, dans les conversations et dans ses réponses à des lettres, avec |dus de netteté et moins de précaution qu'il n'avoit Tait dans ses écrits, les écailles tombèrent des yeux, et l'on fut bientôt persuadé que cette fausse mysticité menoit au Ubertinage, et que le prêtre qui la conseilloit ne pouvoit être qu'un méchant homme, qui cachoit ses déréglemenis sous un masque de piélé. Son système étoît qu'on renonçant à sa volonté, et y renonçant publiquement pour ne suivre que l'impression de Dieu, on parvenoit, en fort peu de temps, sans faire aucunes bonnes œuvres, à la plus haute perfection; que tout devient indifférent au véritable contemplatif qui y est enfin parvenu ; jusque-ià qu'il ne craint plus l'enfer ni ne désire plus le paradis, et que, quelques crimes qu'il commette, adultères, incestes, homicides, ils ne peuvent lui être imputés, parce que son àme est absorbée en Dieu et n'est plus censée avoir Av. part à toutes les !>ouillui'cs du coips; il êtes table doctrine qui sape toutes les vcilus et autorise toutes les vices.
Lorsque cet hypocrite eut été enfin dcmasquc, le Conseil du roi se saisit de cette occasion )>our mortilicr le pape, en l'obligeant, bon fp-é, mal gré, de faire faire le
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procès à cet imposteur. Ce fut H. l'archevêque et te Père de La Chaise qui, à ce qu'on dît, en inspirèrent le dessein, irrités de ce que le pape ne cesaoit de les Taligucr par des reproches et des menaces, et de ce qu'en toute rencontre il affectoît de protéger leurs ennemis les plus déclarés, le cardinal d'Estrées, de l'ordre exprès de la cour, dénonça Molinos au pape et à l'inquisition, et demanda qu'il fût arrêté. Le pape, rétif de son naturel, d'ailleurs outré de celte d^nande, dont l'affront retomboit sur lui, et aimant toujours l'accusé, ne voulait nullement y entendre. Ce ne fut qu'avec des peines infinies que ses principaux cunBdents vainquirent enfm sa résistance, à force de lui représenter de quelle conséquence il étoit à Sa Sainteté qu'elle parût favoriser ini homme presque convaincu d'enseigner et de pratiquer da. dogmes impies. Le procès fnt bientôt instruit; le criminel avoua tout, même plus qu'on n'en soupçoiinoit. Les larmes et les prières de ses amis lui sauvèrent l'horreur du supplice ; il ne fut condamné qu'à passer le reste de ses jours dans les prisons du saintofTice, après que solennellement il aurait fait abjuration, la torche au poing et en habit de pénitent. Ce sj>ectacle ne fit pitié qu'à ses pénitents et dévotes ; encore y en avoit-il plusieurs qui parurent moins touchés du sort de leur directeur que de voir condamner une spiritualité aussi commode que ta sienne, avec laquelle, pourvu que l'âme s'unisse intimement à Dieu, il n'y a pas de péché à se rassasier de plaisirs.
Quelque chagrin qu'eût le pape de la funeste catastrophe d'un homme qu'il avoit aimé et que peut-être il regardoit encore comme un juste |)ersécuté, il se contint et n'eut garde d'en rien témoigner, de peur qu'on
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ne s'imagioàt que c'étoit à regret qu'il avait mis ce se* ilucleur entre les mains de la justice. Mais plus il s'étoit Tait de TÏoleDce à cet égard, plus il éclata contre le plaidoyer de H. Talon ; il s'en plaignit amèrement au sacré Collège, à r&npereur, au roi d'Espagne et à toutes les cours catholiques, comme d'un libelle difTamaloire qui n'avoit d'autre fondement que l'envie de lui faire insulte.
Il parut une réponse au plaidoyer, réponse piquante et bien écrite où personne n'éloit épargné. Ce n'étoil pas l'ouvrage d'un seul, plusieurs y avoient mis la main, entre autres l'évéque de Vaison. Ce fut à lui grande im> prudence de s'en vanter. Si son zèle lui attira des louanges de la cour de Rome, il le rendit si odieux à lu cour de France que, peu de temps après qu'on se lut saisi du Comtat, c«t évëque fut enlevé dans sa ville épiscopale et de là mené ignominieusement sur un âne dans un village du Vivarais, où il eut te temps d'y ronger son frein, jusqu'à ce que Alexandre VllI le réclama comme sou sujet et lui obtint la permission de retourner à son cvéché. Je lis une lettre pour combattre cette réponse; la lettre fut applaudie; deux autres que je fis ne le furent pas moins : l'une sur la postulaUon du cardinal de Furstemberg à l'archevêché de Cologne, l'autre sur le refus que Gt le pape d'admettre cette postulation. Ces lettres me firent un grand mérite auprès de H. de ' Paris, qui en lut quelque chose au roi, mais non auprès du public, qui ne conaoissoit point l'auteur. Elles coururent manuscrites et n'ont pointcté imprimées.
Si le pape, jusque-là, n'avoit exhalé sa colère qu'en plaintes, reproches et menaces, c'étoit que les conjonctures ne lui avoient pas encore permis de se satisfaire autrement. Aussi, pour se dédommager, ne garda-t-il
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