LIVRE DEOXifiSE
que, Borne étant un pays où l'on pointillé davantage sur le cérémonial, on pourrait s'y formaliser s'il n'envoyott im homme exprès pour remercier le pape d'avoir agréé la nomination et pour le prier très-humblement de vouloir la remplir bientôt. On fait à Rome un si grand caa de lad^ité de cardinal, qu'on s'en rend en quelque aorteindigne en ne témoignant point d'empressement à y parvenir. Hes représentations ne firent point d'impression snr M . l'archevêque ; son froid et son indifférence dans une occasion oii il est d'usage et même de la bienséance de marquer une grande ardeur me firent croire dès ce temps-là que, prévoyant les difficultés qu'il y auroità son égard, il nes'attendoit pointa cire jamais cardinal.
L'idée d'aller à Rome agent d'un archevêque de si grande réputation cl nommé au cardinalat me flattoit d'autant plus, que, pendant le séjour que j'y aurais fait, j'eusse pu prendre des mesures pour m'y établir et pour me faire avocat consistorial '. L'envie m'en étoil venue il y avoit longtemps ; parlant le latin aussi aisément que le françois, étant d'ailleurs prapre aux affaires et né pour haranguer, j'espérois me faire un nom dans la ville capitale du monde chrétien. Cette tentation m'avoit repris plusd'une Ibis depuis même que j'avois l'honneur de voir M. l'archevêque, et elle fut si forte peu après sa nomination au chapeau, que je pensai y succomber.
L'évéque de Beauvais, nouvellement fait cardinal, se préparant d'aller à Rome pour y fbire, pendant quelques années, les fonctions d'ambassadeur, des gens deconsi-
* Avocat cmiûtùritt, • oFBcier de 1* cour de Rome, crM pour * plijder lar ka oppogilioni qu'on forme lux proviiioni Je* béaéfiee*. qui étowDkrort eommunes du tempo det électkxH. lliMiat dii en nombre.! (OtcfwwMùv 4e Trévoux).
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dération me proposèrent plus d'une fois de prendre parti avec lui et d'être ub de ses secrétaires, m' assurant c|tie je le serois nioîos de lui que de l'ambassade. Le nouveau cardinal étoit en réputation de faire cas des gens de mérite et de faire valoir leurs services. M. do Harlay n'en usoit pas de même, il se faisoit hoEineur de tout et passoit pour beaucoup promettre et pour tenir peu. Dans l'embnrras oîi me metloit l'examen du pour et du contre, je m'avisai un matin do lui (lire l'offre qu'on me bisoit ; sur-le-champ il me répondit : « Je puis faire beaucoup plus pour vous que le cardinal de Janson, j'en ai envie ; je n'en mancpierai point l'occasion, reposez-vous sur moi ; je ne suis pas maître de faire vaquer les bcnéGces ; en tout eas je vous ferai donner une pension considérable par l'assemblée du clergé qui doit se tenir dans deux mois. »
Ces bonnes paroles ne me rassurèrent pas telleuieiil que je ne fusse encore incertain. Ce furent deux de uies amis qui me déterminèrent à ne point quitter Paris, me disant qu'à aller ù Rome je perdois tout le fruit do mon attachement à M. de Harlay, et que, quoiqu'il fût en habitude de donner presque tout à la recommandation, il n'y avoit nulle apparence, après ce qu'il in'avoit dit, qu'il n'eût un désir sincère de me placer dans l'occasion. Elle se présenta plus tfrt que nous ne le crovions. Cinq jtwra après je fus fait chanoine de Paris ' à la place de l'abbé Parfait, qui mourut subitement à quatre-vingt-deux ans d'une médecine de précaution ordonnée fort mal à f»«pos. A cette nouvelle, M. de Paris fit sur-lc-cliamp ex-
■ Clunoitte, celui qui pouMc une prflieiHJe dam uae ùgliw mlhcdnlu iHi mllvgialo, c'cnl-i-ilire une ciTlniue porliou du rerenu ■(Tevlâ i ctui i|ui y doireni Tnire le »erTico dioia.
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IIVRE DEUXIÈME. 95
pédier mea provisions et m'enToya chercher. Un premier laquais ne m'ayanl pas trouvé chez moi, un second y laissa un billet, par lequel j'étoJs invité fie me rendre inceseamment à l'archevêché. V étant arrivé, je Tus surpris agréablement de voir M. de Paris venir tout joyeux à moi et s'écrier en m'embrassent : « EnBn je suis parvenu à faire une fois en ma vie un chanoine de mon église sans autre recommandation que celle de mon amitié et de mon estime I Vous l'êtes, voilà vos provisions, mettes les vite dans votre poche. Je vous aime beaucoup mieux là qu'à Saint-Honoré dont avant-hier j'avois envie de vous faire chanoine, n Saint-Honoré est une collégiale ' dont les prébendes valent trois ou quatre mille livres. Le duc de Chartres d'alors, qui est mort régent du royaume, étant venu demander pour son précepteur celle qui vaquoil dans cette église, M. l'archevêque n'avoit pu la lui refuser. Ce précepteur étoit l'abbé Dubois, qui estdevenn dans la suite cardinal et premier ministie. Pour n'être ]M>int exposé à pareille aventure, H. de Paris ferma sa porte en attendant que j'arrivasse, et, par une honte singulière, il voulut lui-même me mettre mes provisions entre les mains avant d'ouvrir des billets qu'il avoit reçus dans l'entre-lemps. Il en lut quatre en ma présence sans dire mot ; au cinquième il s'écria : « Celui-ci m'auroit fait trembler. » Je ne croîs pas qu'il y ait jamais eu un homme qui ait su mieux faire des grftces que M. de Har]ay;ille8as3aisonnoitde tant d'honnêtetés, que, si on étoit bien aise d'obtenir ce qu'on désiroît, on étoit
' CoU/ffiale, éi^lire dira bquellB il n'jr ■ poinl de lUgs f [Hsoopd, ii la différence de* éfi'uei eathédratet i|ui tirent leur iknii du liéRc ^piwopal uu chaire île l'érâjuc. Toulcn 1^ deux, collégiale et othédnie'i mal Hesaeriiet f«r dei chanoines séculien ou r^gulierr,
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H HËMOIRKS DE L'ABBË LE GENDRE,
charmé de sa manière de donner. Je ne me souviens jamais de toutes les marques de bonté qu'il me donna en cette occasion, que je ne me sente une nouvelle ardeur de témoigner publiquement ma reconnoissaace, mon zèle et mon respect pour lui.
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